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Les vallées de Fareatai se dévoilent doucement... (Hiro’a n°170 - Décembre 2021)

À la demande de la Direction de la culture et du patrimoine, l’archéologue Hinanui Cauchois a mené un travail de prospection et d’inventaire archéologiques dans les vallées de Fareatai à Raiatea. Située à proximité du marae de Taputapuātea, classé à l’Unesco, l’archéologue a relevé différentes structures qui pourraient déboucher sur plusieurs fouilles futures...

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Pourquoi avoir débuté des prospections sur ce site ?

« C’est une commande publique de la Direction de la culture et du patrimoine (DCP), en charge de la gestion de l’archéologie sur le territoire. La DCP a passé un appel d’offre pour la réalisation d’un travail de prospections archéologiques dans la vallée Fareatai. C’est une zone tampon autour du paysage naturel du marae de Taputapuātea, classé au patrimoine mondial de l’Unesco. La proximité avec un site Unesco oblige à inventorier cette zone. »

Quelle est la zone sur laquelle vous avez travaillé ?

« Cette zone tampon avec le marae de Taputapuātea se situe à l’extrême sud-est de Raiatea, entre le PK 35 et le PK 40. Elle comprend des bords de mer, mais également une grosse partie en montagne. La surface totale est d’environ 290 hectares. »

En quoi cette zone peut-elle être intéressante ?

« C’est la dernière zone à proximité du marae de Taputapuātea à n’avoir encore jamais fait l’objet d’un inventaire, de prospections programmées, à l’exception de quelques rares visites dans les années 1960 de K.P Emory et Yoshi Sinoto (Bishop
Museum) et Pierre Vérin. C’est une zone archéologiquement inconnue.

D’autres vallées à proximité, comme celles de Faarepa ou Aratao, ont déjà été inventoriées. Il serait intéressant de comparer ces nouvelles prospections avec les données relevées dans les sites de ces vallées. »

Comment avez-vous procédé pour prospecter ?

« Il y a toujours une phase administrative préalable. Elle consiste en différentes demandes d’autorisation auprès des propriétaires, d’autorisation de travaux...

Ensuite, nous avons organisé une réunion publique auprès de la population pour lui expliquer les objectifs. Les échanges ont été très cordiaux et intéressants.

Parallèlement à ces démarches, je prépare le terrain en étudiant la zone sur photo satellite de manière pragmatique. Je l’ai divisée en cinq grandes zones suivant le découpage des crêtes (paysage) et la toponymie.

Il correspond sur le terrain à des réalités sociales marquées par la distribution des structures et sites archéologiques, car on constate que les noms de terre sont regroupés par famille. Par ailleurs, je discute aussi avec les gens pour récolter quelques infos. »

Et sur le terrain ?

« On quadrille zone par zone, côté mer et côté montagne. C’est une prospection pédestre. Je cherche sur le terrain à l’œil nu les structures présentes. Une fois qu’elles sont repérées, j’applique un protocole classique ; géolocalisation avec un GPS et report sur photo satellite, léger nettoyage et photographie sous différents angles, description synthétique, mesures, etc.

On note aussi son orientation, c’est très important notamment pour les sites reli- gieux. Selon l’intérêt de la structure, on fait un relevé (plan) de la structure. »

Qu’est-ce qu’une structure archéologique ?

« C’est, par exemple, un alignement de pierres horticoles, un marae, une plate- forme d’habitat. Un site archéologique est le regroupement de plusieurs structures mais cela n’est pas systématique ; parfois, une structure exceptionnelle peut être, à elle seule, un site à part entière. »

Combien de temps avez-vous travaillé dessus ?

« Principalement durant les mois de juillet et août 2021. »

Ces prospections ont-elles été fructueuses ?

« On a trouvé beaucoup de choses. Toutefois, étant donné la grandeur de la zone, je m’attendais à découvrir davantage de structures. Toute une partie du paysage très escarpé en montagne explique certainement cela, car il n’est absolument pas propice à l’installation humaine. Autre facteur d’explication : il y a énormément de traces de coulées de boue et glissements de terrain qui ont forcément dû ensevelir des structures.

On a repéré de nombreux sites horticoles qui montrent une activité importante. On a également trouvé plusieurs marae côté mer, certains sont de très beaux sites. Il y en avait certainement côté montage, mais le terrain très dégradé ne permet plus de voir grand-chose. Toujours côté montagne, les endroits où le terrain n’est pas trop en pente et propice à l’activité humaine ont été optimisés.

On a également découvert une zone de refuge en hauteur, la toponymie nous le confirme d’ailleurs. Cette cohérence est très intéressante. Je travaille avec une spécialiste de la toponymie, Éliane Tevahitua. Il y a également dans la zone un endroit où le toponyme fait référence au lieu où a été créée la secte des ́arioi en lien avec le culte de ‘Oro apparu à la fin de la période pré-contact. On voit aussi l’impact du réchauffement climatique avec certains marae dégradés par la montée des eaux.

Et maintenant ?

« J’ai fait une réunion de restitution des prospections à la population en novembre. J’ai rédigé un rapport sur mes travaux comprenant des recommandations et des pistes à envisager pour cette zone. Je pense qu’il est possible, également, d’envisager des fouilles ciblées sur certaines structures intéressantes afin d’avoir un éclairage chronologique et comparatif avec les alentours du site de Taputapuātea. »

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