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Quand l’art rencontre le sacré (Hiro’a n°165 - Juillet 2021)

Il aura fallu près d’un mois à l’artiste Jops pour réaliser la gigantesque fresque sur le site du marae Maha’iatea à Papara. Entre histoire et légende, elle rend compte de la sacralité et de l’importance de ce lieu.

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RENCONTRE AVEC JOPS, ARTISTE GRAFFEUR, ET JOANY CADOUSTEAU, DIRECTRICE DE LA DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE ET PHOTOS : SULIANE FAVENNEC

Elle longe le marae comme si elle l’accompagnait jusqu’à la mer. La fresque de l’artiste Jops se fond dans cet environnement sacré hébergeant le plus grand marae de Tahiti. Située à l’entrée du site, elle représente différents éléments de la culture. Une première partie avec du végétal et du tressage, cet artisanat polynésien symbole d’unité et de lien : le natiraa. Soutenue par la roche grise, elle mène à un motif polynésien, allégorie de la bienveillance des ancêtres. Rouge et jaune, les couleurs sont vives et royales. Au centre de la fresque, le marae Maha’iatea entouré de deux tiki, ses précieux gardiens.

Édifiée par Purea et Amo entre 1766 et 1768, cette structure centrale dans le triangle polynésien était à l’époque une énorme pyramide en pierre qui s’élevait à 17 mètres de hauteur. Le célèbre Tupaia, dont on retrouve le nom au pied de la fresque, en est l’architecte. L’artiste s’est d’ailleurs inspiré d’une de ses reproductions du marae. On y retrouve ces marches formées de rangées régulières de pierres de corail et de galets bleuâtres presque ronds. Derrière, on devine clairement les silhouettes des montagnes de Papara légèrement masquées par des cocotiers.

« Je me devais d’être en accord avec le mana »

Il aura fallu deux semaines de travail pour réaliser cette partie de l’œuvre et, pour y arriver, l’artiste a dû s’immerger dans l’histoire de ce lieu afin de ne pas le dénaturer. Le graffeur aux quinze ans d’expérience a été sollicité par la Direction de la culture et du patrimoine (DCP) pour réaliser la fresque.

Quatre autres artistes ont également apporté leur pierre à l’édifice - un graffeur et trois sculpteurs - et plusieurs réunions ont permis d’affiner les connaissances et les messages. Jops a travaillé jour et nuit pour mener à bien son projet qu’il a souhaité diviser en deux afin de séparer l’histoire de la légende.

« Je me devais d’être en accord avec le mana. Ce lieu est fort, ce n’est pas comme dans la rue, on est dans un lieu très spécial. J’étais empreint d’une attitude, je cherchais à ressentir ce que ça me donnait pour être en harmonie avec ce qu’il y avait autour de moi.  »

La première partie donc, avec le marae, le tressage et les tiki, puis une seconde plus spirituelle : la représentation de Ruāhatu, le dieu de la mer. Une divinité qui tient dans ses mains une pierre angulaire, la pierre de fondation du marae. La fresque qui commence avec la représentation du dieu se poursuit avec des éléments marins : perroquets, carangues, tortue, baleine et coraux. « Porté par ces animaux, le dieu a cassé la barrière de corail pour se frayer un passage. Les animaux suivent le dieu qui vient poser cette pierre façonnée à la main », raconte cet amoureux de la Polynésie connu pour ses graffitis de fleurs, de plantes ou encore de cascades.

« Je suis un fleuriste », s’amuse l’artiste, qui utilise son art pour parler aux jeunes. Un défi qu’il a relevé tout au long de sa carrière et de nouveau sur ce site ô combien important et sacré. Les jeunes pourront bientôt découvrir ce lieu où désormais l’art et le sacré ne font qu’un. ◆

Questions à Joany Cadousteau, directrice de la Direction de la culture et du patrimoine (DCP)

Pourquoi la direction de la culture et du patrimoine a-t-elle proposé à des graffeurs et des sculpteurs du fenua de réaliser une œuvre sur le thème de ce site hors du commun ?

L’art est une partie intégrante de notre culture. Il s’agissait là de laisser s’exprimer nos artistes locaux sur une thématique particulière : l’histoire de ce lieu sacré. Pour la partie fresque murale, trois thématiques ayant trait à Maha’iatea ont été repensées. La première en partant de la mer avec la représentation du dieu de la mer, Ruāhatu, qui pose la pierre de la fondation du marae de Maha’iatea.

La deuxième séquence évoque la réalisation de cette structure monumentale par son architecte, Tupaia.

La troisième séquence est celle des montagnes sacrées de la commune de Papara et notamment du mou’a Tamaiti.

Les récits anciens évoquent deux montagnes : le mou’a Tamaiti et la structure pyramidale de Maha’iatea. Mou’a Tamaiti fait aussi référence à Opuhara, dernier représentant de la tradition ancienne tombé lors de la bataille de Fei Pi en 1815.

Art et culture permettent de raconter au mieux l’histoire de ce site exceptionnel au travers de sa réhabilitation mais aussi de sa version imagée ou graffée, voire sculptée.

La DCP a aussi sollicité le concours de trois sculpteurs et un graffeur afin de représenter des figures marquantes du site : Ruāhatu sous ses différentes représentations.

Comment avez-vous préparé cette association ?

Plusieurs rencontres ont été engagées auprès de nos artistes locaux, avec des discussions portant notamment sur l’historique du site, ses personnages principaux, leur description.

Libre court a ensuite été laissé aux artistes afin de reproduire des œuvres correspondant aux faits marquants de Maha’iatea.

Il s’agissait aussi pour la DCP d’attirer un public plus jeune, de montrer une culture plus vivante et attractive.