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Le marae Ta’ata sans sortir de chez soi (Hiro’a n°163 - Mai 2021)

Découvrir le Marae Ta΄ata, à Pā΄ea, comme si on y était, mais sans bouger de chez soi, c’est désormais possible grâce au programme de modélisation 3D des sites culturels classés...

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Découvrir le Marae Ta΄ata, à Pā΄ea, comme si on y était, mais sans bouger de chez soi, c’est désormais possible grâce au programme de modélisation 3D des sites culturels classés de la Polynésie française. Lancé par la Direction de la culture et du patrimoine, ce programme permet aux internautes des îles et du monde entier de se connecter avec notre patrimoine ainsi que nous l’expliquent Anatauarii Leal-Tamarii, en charge du projet à la DCP, et Olivier Saumet, créateur du site virtuel.

La DCP s’est lancée dans un programme innovant. De quoi s’agit-il ?

Anatauarii Leal-Tamarii : La DCP a entamé, en effet, un programme qui vise à modéliser en 3D des sites classés de la Polynésie française. Nous avons choisi comme site test le Marae Ta΄ata qui se trouve dans la commune de Pā΄ea. Nous travaillons avec Olivier Saumet, de Pacific Sud Survey, pour la modélisation.

Quelle est la genèse de ce projet ?

A.L.-T. : Ce projet, c’est d’abord une ré­ponse aux restrictions de déplacement que nous avons connues avec la crise sani­taire. Après le confinement du mois d’avril 2020, il a fallu réajuster notre offre cultu­relle de façon à correspondre aux nou­velles attentes et surtout aux nouvelles contraintes. Cette visite virtuelle est une alternative à la visite classique des sites archéologiques du Pays. C’est, pour nous, une nouvelle façon de les rendre acces­sibles au plus grand nombre.

Quelle est la technique utilisée ?

Olivier Saumet : On utilise la technologie lasergrammétrie qui permet d’envoyer des millions d’impulsions lumineuses sur un objet et de mesurer sa distance. Si on doit schématiser, il s’agit d’une photo­graphie tridimensionnelle à l’instant T d’un élément. On capture les couleurs à chaque point de mesure, ce qui permet au rendu 3D d’être immersif. Pour cela, nous avons utilisé un scanner robotisé. Avec la lasergrammétrie, nous avons des perspec­tives nouvelles. Si on se positionne, par exemple, au-dessus du marae, on va aussi pouvoir visualiser le dessous, et les murs seront des tranchées. Pour autant, cette technologie ne traverse pas la matière.

Concrètement, comment se déroule la visite virtuelle ?

A.L.-T.  : À l’instar du modèle de visite proposé par le service de navigation virtuelle Google street view, le visiteur a la possibilité de cheminer à l’intérieur du site grâce aux différents points clés. Ces points clés ont été placés de façon à ce que le visi­teur puisse apprécier le site sous tous ses angles. C’est une visite immersive. De plus, tous les panneaux informatifs installés sur site sont rendus accessibles au cours de la visite virtuelle et peuvent être imprimés et/ou téléchargés.

Vos échanges, tout au lond du projet, ont permis de rendre la visite ludique et dynamique ?

A.L.-T. : Oui, on a par exemple intégré le son du ΄ū΄upa (le pigeon vert de la Société), un oiseau endémique de Tahiti considéré dans l’ancienne société tahitienne comme étant l’une des émanations du dieu Ātea, et fidèle compagnon de la déesse Hina. Sur un site comme Taputapuātea, il pour­rait y avoir le son du ‘ōtaha (la frégate du Pacifique) par exemple.

O.S. : La visite est équipée d’un gyroscope donc, quand le visiteur va regarder ses pieds, le regard se porte vraiment vers les pieds. Cela permet de se promener dans le marae vraiment de façon interactive. Ceux qui ont la chance d’avoir des casques virtuels peuvent aussi vivre une expérience de réalité virtuelle.

Qui est le public visé ?

A.L.-T. : Nous voulions, dans un premier temps, nous adresser à un public local. L’idée, c’est de permettre à tous les habi­tants de la Polynésie française de découvrir les richesses de notre patrimoine tout en étant confortablement installés dans leur salon. Bien entendu, la priorité demeure également le public scolaire. Nous espé­rons que ces visites virtuelles seront consi­dérées comme de véritables outils péda­gogiques. Toute la partie informative de la visite virtuelle est donc en français et en tahitien. Le site est accessible bien sûr à l’international.

O.S. : Il y a un volet communication grand public, avec une utilisation simple et intui­tive, et un volet plus technique et scienti­fique avec des données exploitables.

Ce projet s’adresse donc aussi aux scientifiques ?

A.L.-T.  : Oui, bien qu’imaginé pour le grand public, ce programme vise également à fournir aux étudiants, professeurs d’école, archéologues et chercheurs un véritable outil de travail. L’une des rubriques offre la possibilité au visiteur d’accéder au modèle 3D du site. Ce relevé numérique apparait alors comme un instrument d’analyse permettant, entre autres, d’établir des me­sures d’angles, de surfaces ou encore de définir des profils sans même nécessiter de se rendre physiquement sur place. En d’autres termes, ce modèle 3D dématéria­lise considérablement l’approche archéo­logique des vestiges.

O.S. : Il y a également une dimension d’archives numériques. Cela signifie qu’en cas de dégradation naturelle ou volontaire du marae, nous serons capables de repo­sitionner chaque pierre au même endroit.

Comment accède-t-on au site ?

A.L.-T. : Les premières visites virtuelles seront disponibles gratuitement sur le site internet de la Direction de la culture et du patrimoine dans le courant du second semestre 2021. Mais pour l’heure, et dans l’attente de l’ouverture du nouveau site internet de la DCP, les internautes peuvent d’ores et déjà visiter le Marae Ta’ata en se rendant sur le site de Pacific Sud Survey*.

O.S. . : On est en train de développer une application mobile qui permet de décou­vrir le site virtuel même sans connexion internet.

D’autres sites feront-ils l’objet d’une numérisation ?

A.L.-T.  : Cette action s’inscrit au sein de la politique de transition numérique du Pays. Aussi, dans le prolongement – et l’accélé­ration – de cette démarche, la Direction de la culture et du patrimoine a identifié plusieurs sites qui doivent faire l’objet d’un développement des outils numé­riques : le marae Maha΄iātea à Papara, la grotte Vaipoiri de Teahupo΄o, le tahua marae Taputapuātea à Ra΄iātea et le me΄ ae΄I΄ipona, à Hiva Oa. À terme, l’ensemble de ces visites virtuelles seront disponibles.

Des évolutions sont-elles possibles, voire prévues ? l

O.S. : On peut ajouter de nombreuses choses comme des quiz, des vidéos, etc. On travaille également sur une traduction en plusieurs langues.

PRATIQUE

*Retrouvez la visite virtuelle à l’adresse suivante : https://www.pacificsudsurvey.com/Taata/index.htm

-  Le marae Ta’ata sans sortir de chez soi (Hiro’a n° 163 - Mai 2021) (à télécharger)