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Protégeons la pointe Tata’a (Hiro’a n° 6 - Février 2008)



Rencontre avec Jean-Daniel Devatine, doctorant en ethnologie, actuellement en CVD au Service de la Culture et du Patrimoine 


La pointe Tataa en trois questions

Où se trouve la pointe Tataa et que représente ce lieu dans la culture polynésienne ? La pointe Tataa est l’ensemble du promontoire orienté vers le nord-ouest séparant les communes de Faaa et Punaauia et sur lequel a été construit l’actuel Hôtel Intercontinental Beachcomber.

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La pointe Tata’a © SCP 2008

Concernant ce que représente la pointe Tataa dans la culture polynésienne, des écrits anciens comme contemporains nous permettent de dire que ce site culturel historique est relié à des conceptions polynésiennes anciennes de la mort, voir de la renaissance.

Deux pierres, une de vie et une de mort se trouveraient sur la pointe Tataa. Les âmes des défunts détachés de leur enveloppe corporelle se posaient sur l’une des deux pierres en question. Elles retournaient soit dans leur corps en se posant sur la pierre de vie, ou inversement, elles poursuivaient leur voyage en se posant sur la pierre de mort.

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Pierre de la pointe Tata’a © SCP 2007

Des informations d’autres îles de Polynésie française où d’ailleurs dans le Pacifique attestent que la pointe Tataa n’est pas une invention. Des sites remplissant des fonctions similaires se trouveraient dans de nombreuses îles invariablement orientés à l’ouest ou au nord-ouest. Cela donne du crédit au fait que la pointe Tataa est effectivement un site culturel remarquable.

Pourquoi est-elle en péril ?

La pointe Tataa, tout comme d’autres sites en Polynésie française, fait partie d’une catégorie d’espaces culturels difficiles à protéger. Ces espaces relèvent presque exclusivement du patrimoine culturel immatériel (voir Hiro’a n°3).
Contrairement à des sites sur lesquels sont présents des vestiges anciens, la pointe Tataa semble pauvre en patrimoine tangible. Or bien souvent, la reconnaissance de l’existence d’un site patrimonial remarquable est facilité par la présence sur ce dernier de traces visibles et palpables d’une histoire. Ces qualités lui donnent une aura aux yeux du public qui sera davantage bouleversé par la destruction d’un joyau architectural plutôt que par celle de sites « apparemment » vides de toute histoire.

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La pointe Tata’a © SCP 2007

Or, dans les cultures océaniennes du Pacifique, bon nombre de sites de grands intérêts semblent vides d’empreintes humaines mais ne le sont en réalité pas. Il se passe dans nos îles la chose inverse que dans les cultures des continents dans lesquels des sites remarquables peuvent se mesurer à la hauteur des édifices bâtit.
Il y a danger pour notre culture polynésienne à considérer le fait que seules les traces tangibles du patrimoine déterminent l’intérêt et la remarquabilité d’un site culturel. Cela pourrait mener à la disparition d’une partie de son patrimoine.
Il serait grave de nous mettre dans une situation où nous n’aurions rien à transmettre à nos enfants à propos de leur histoire et de leurs origines.

Comment eux respecteront-ils leurs îles qui sont la terre de leurs ancêtres si ils ne les connaissent pas ? En Polynésie, c’est la terre qui lient les hommes entre eux (fenu-a).
Les sites inoccupés se trouvent parfois sur des emplacements exceptionnels (ex : terrain avec vue splendide, etc.). Ces sites sont vulnérables et donc en péril si aucune prise de conscience ni actions de la part de la population tout d’abord n’intervient.

Que faudrait-il faire pour la protéger, la valoriser ?

Actuellement, le service de la culture et du patrimoine a entamé une procédure de classement de la pointe Tataa. En effet, la commission des sites et monuments naturels consulté le 04 avril 2007 à inscrit la pointe sur la liste des sites à classer. Ce classement permettra de protéger cette zone. Malheureusement, les nombreux changementx de gouvernement n’ont par permis d’avancer rapidement sur le dossier.
Avant de penser à des projets respectueux de la culture et du patrimoine pour valoriser la pointe Tataa, il serait bon d’imaginer qu’une consultation publique auprès des habitants de Faaa et de Punaauia soient mise en œuvre. 


- Que signifie « tataa » ?
Il y a plusieurs traductions possibles de Tataa. Parmi les plus courantes, se trouve : se séparer, séparer (dans une idée de durée et de permanence). Le mot Tataa véhicule aussi l’idée de quelque chose en gestation à l’image d’un bébé dans le ventre de sa mère qui se déplace, un mouvement cyclique : une histoire de vie, de mort, de recommencement ou de renaissance.

- Quelle est la légende associée à ce lieu ?
Deux grands guerriers de la mythologie polynésienne ont posé le pied sur la pointe Tataa.
Tafai cherchait à ramener à la vie sa femme Hina décédée durant son absence. Pai jetta sa lance sur l’île de Moorea afin d’empêcher Hiro et ses amis d’emporter à Raiatea le Mont Rotui. Dans sa trajectoire, la lance transperça la montagne de Moorea que l’on nomme aujourd’hui Moua puta.

- Protégeons la pointe Tata’a (à télécharger)