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La vallée de papenoo : une oeuvre naturelle et culturelle (Hiro’a n° 5 - Janvier 2008)



Rencontre avec Raymond Teeriierooiterai Graffe, assistant archéologue au Service de la Culture et du Patrimoine

La vallée de Papenoo : une œuvre naturelle et culturelle

Nous avons coutume de penser que les chefs d’œuvre sont exclusivement conservés dans les vitrines de musées. Pourtant, d’autres sont juste devant nos yeux… La vallée de Papenoo, avec ses cours d’eau ponctués d’immenses cascades et ses milliers de vestiges archéologiques est de ceux-là… Ce site, unique en Polynésie française, allie nature et culture pour former une œuvre exceptionnelle.

« La vallée de Papenoo est la plus grande des soixante-dix vallées que comprend Tahiti », explique Raymond T. Graffe. « Pendant plusieurs siècle, cette vallée a été un espace de vie permanent ou semi-permanent de grandes chefferies tahitiennes. C’est la raison pour laquelle on retrouve aujourd’hui autant de témoignages matériels et spirituels de la culture polynésienne ancestrale : maisons d’habitations, terrasses de cultures, mais également mara’e, sanctuaires, aires de jeux cérémoniels… »

Avec ses paysages grandioses et ses multiples vestiges archéologiques des temps anciens, cette vallée « est la plus riche dans tous les sens du terme », affirme Raymond T. Graffe. Pourquoi ? Véritable garde-manger, des berges des rivières jusqu’au sommet des montagnes s’étale une végétation luxuriante, de la forêt de bambou en passant par les goyaviers, manguiers et autres bananiers. Les cours d’eau et la flore exubérante sont le repère d’une faune toute aussi riche. Les forêts abritent cochons et chèvres sauvages, des dizaines de variétés d’oiseaux ; les rivières regorgent de chevrettes et d’anguilles…

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Fare Hape © SCP 2009 (photo CPSH 1988)

Au regard de son aspect reculé au cœur de l’île de Tahiti, la vallée a pu, jusqu’aujourd’hui, conserver de nombreux espaces naturels peu modifiés par l’homme, ainsi que son précieux patrimoine culturel. « La vallée des Rois », comme la surnomment certains, ou « vallée des Dieux », pour Raymond T. Graffe, a fait l’objet de recherches archéologiques importantes.

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Vaiotea © SCP 2009

D’immenses complexes archéologiques ont été redécouverts puis restaurés, tels Fare Hape, Anapua et Tahinu, permettant de ressentir à nouveau le Mana qui émane de cette vallée sacrée.

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Anapua © SCP 2009

« C’est aussi un lieu magique », dit Raymond T. Graffe. « En période de Matari’i i ni’a, lors de la nuit divine, les femmes stériles venaient sur Pona Roa, un rocher ithyphallique situé dans le lit de la rivière. Cette pierre était réputée pour avoir le pouvoir d’enfanter. Grâce à un rituel nocturne en présence de toute la communauté, on disait qu’à la future lune, ces femmes tomberaient enceintes… Je ne sais pas si cela s’est confirmé, mais moi, j’y crois ! »

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Pona roa © SCP 2008

De tous ces aspects, Raymond T. Graffe conclue que « cette vallée a une âme. Elle est comme un être humain, c’est pourquoi nous devons l’aimer et la respecter ».

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Pona roa © SCP 2009

- La vallée de Papenoo : une oeuvre aux multiples appellations
D’après Raymond T. Graffe

La rivière de la Papenoo s’appelait autrefois Vaituaru – et non Vaituoru comme on entend fréquemment – autrement dit, « le cours d’eau qui détruit tout sur son passage ».
La vallée quant à elle portait le nom de Ha’apai’ano’o, signifiant « le rassemblement de toutes les eaux ». On l’avait également baptisée Te Mano Rahi, « les 10 000 guerriers », en raison de son peuplement important.

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