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Protéger et valoriser les sites historiques pour la postérité (Hiro’a n° 2 - Octobre 2007)



Rencontre avec Joany Hapaitahaa, historienne au Service de la Culture et du Patrimoine

Protéger et valoriser les sites historiques pour la postérité

La Polynésie dispose d’un patrimoine historique peu accessible et méconnu. Morceaux choisis avec trois sites majeurs construits au 19ème : la rhumerie d’Atimaono, l’hôpital Vaiami et la maison de la Reine Marau.

- LA RHUMERIE D ATIMAONO :

Quelle est l’histoire du site ?
« En 1862, la plantation d’Atimaono appelée aussi Terre Eugénie voit le jour. Pour pallier au manque de main d’œuvre, le Britannique William Stewart fait venir les premiers coolies chinois à partir de 1865. C’est le début de l’aventure du coton ! Mais celle-ci ne dure pas longtemps : la concurrence est rude. 10 ans plus tard, la société dépose le bilan. Elle est rachetée par une compagnie dont les principaux actionnaires sont Laharrague, Robin et Cardella. En 1880, Atimaono devient un domaine sucrier. On y fait construire une rhumerie qui sera cédée à des commerçants chinois à la fin de la première guerre mondiale. La production, qui durera une quarantaine d’années, sera exclusivement destinée au marché local. »

La rhumerie est elle bien conservée ? Peut-on la visiter ?
Il ne reste du bâtiment que la machinerie servant au broyage des cannes, qui plus est en très mauvais état. Comme le site est entièrement recouvert de végétation, il est impossible d’y accéder. C’est dommage car il illustre bien les prémices de l’agriculture en Polynésie, un domaine pouvant intéresser de nombreuses personnes. Il serait nécessaire de le nettoyer et de le valoriser en l’inscrivant, pourquoi pas, au sein d’un parcours historique-santé dans la vallée de Atimaono.

- L’HOPITAL VAIAMI :

A quand remonte la construction de l’hôpital Vaiami ?
En 1844, au moment où la guerre franco-tahitienne fait rage, cet hôpital est d’abord construit pour les militaires. Ce n’est qu’en 1884, suite au rajout de nouveaux bâtiments, qu’il pourra accueillir la totalité de la population, devenant hôpital colonial ou hôpital général de Papeete. En 1901, Paul Gauguin y fait un séjour pour tentative de suicide. En 1937, Paul Pétard, reconnu pour son étude sur la pharmacopée, est nommé pharmacien à Vaiami.

Et ensuite ?
En 1964, l’hôpital devient territorial. Il est remplacé en 1975 par l’hôpital de Mamao. Vaiami se spécialise alors dans les maladies neuro-psychiatriques. Mais en 1996, le gouvernement avec le soutien de la mairie de Papeete, souhaite rénover les bâtiments de l’hôpital pour lui donner une autre dimension. On parle notamment de centre culturel…

- LA MAISON DE LA REINE MARAU :

Quelle est la particularité de ce bâtiment ?
La maison de la reine Marau mérite que l’on s’y intéresse d’un point de vue historique car elle est le témoignage d’un passé que l’on pourrait qualifier de « colonial ».
En 1844, Ariitaimai et son époux Alexandre Salmon s’installent sur la terre dite « Papeete », donation faite par la reine Pomare IV à sa cousine. Une première maison y est construite. En 1899, elle est dans un tel état que la reine Marau, fille des époux Salmon, se résout à en faire construire une nouvelle. Elle fait appel à un charpentier tahitien qui réalise une demeure similaire à la première avec deux vérandas, un salon spacieux et des chambres.

Est-ce que cet ensemble est bien conservé ?
Bien que vieille de 108 ans, cette demeure, située en plein cœur de Papeete, est en bon état. Désormais, il serait nécessaire de valoriser ce précieux témoignage de l’histoire pour les générations à venir…

- Un inventaire des sites historiques, pour quoi faire ?

Dans le cadre de l’inventaire général du patrimoine Polynésien qui comprend le patrimoine matériel et immatériel, Joany s’occupe des sites historiques, c’est-à-dire ceux construits après la période des contacts. « Pour organiser notre travail, nous procédons par commune », explique t’elle. « Si de nombreux sites ou vestiges historiques comme le phare de la pointe Vénus sont en bon état, d’autres, comme le fortin de la Punaru, sont dans un état de délabrement tel que des aménagements et des restaurations sont indispensables. Mais les moyens manquent fortement. C’est regrettable car une fois mis en lumière ces vestiges permettraient à la population de se réapproprier son histoire. », précise la jeune historienne.

- Protéger et valoriser les sites historiques pour la postérité (à télécharger)