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SOS patrimoine...en danger ! (Hiro’a n° 1 - Septembre 2007)

SOS patrimoine en danger…

Les derniers bilans sur l’état du patrimoine matériel polynésien sont alarmants. Le patrimoine est-il vraiment protégé ? Où en est-on réellement aujourd’hui ? Quel avenir pour les sites polynésiens ?

1. Quels sont les critères pour classer un site ?

Tout site présentant un intérêt naturel, historique ou culturel peut être classé, le but étant avant tout la protection. La mise en valeur d’un site ou son intérêt pour le public peuvent être déterminants mais c’est loin d’être une obligation. Certains sites classés ne sont pas visités et non connus du public, qu’ils soient sur des terrains privés ou publics, ce qui compte ici est la conservation.

La procédure de classement prévoit l’établissement préalable d’une liste des biens immobiliers, des sites ou des monuments naturels dont la conservation ou la préservation présentent un intérêt historique, artistique, scientifique, légendaire, folklorique. Ces listes sont publiées au Journal officiel de la Polynésie française.

L’inscription sur ces listes est prononcée par un arrêté du Président du pays, sur proposition de la commission des sites et des monuments naturels, chargée de délibérer sur toutes les questions relatives au classement et à la protection des sites et monuments naturels, avant notification aux propriétaires. Ces derniers ont alors l’obligation de ne pas modifier l’aspect du site ou du monument naturel et de ne pas procéder à des travaux sans autorisation.

On peut rappeler que le Code du patrimoine de métropole définit le patrimoine comme l’ensemble des biens, immobiliers ou mobiliers, relevant de la propriété publique ou privée, qui présentent un intérêt historique, artistique, archéologique, esthétique, scientifique ou technique. Une des spécificités du code du patrimoine polynésien sera de prendre en compte aussi bien le patrimoine mobilier et immobilier mais aussi le patrimoine immatériel, c’est-à-dire les connaissances, les techniques et savoirs-faire qui relient les Polynésiens aux objets et sites de leurs ancêtres ou contemporains.

2. D’après le bilan sanitaire archéologique que vous avez établi en 2003, 42% des sites classés auraient été détruits, soit 29 sites sur 68. Un chiffre inquiétant, non ?

Inquiétant ? C’est catastrophique. Attention toutefois, ces 42 % sont des sites détruits ou fortement dégradés, il est donc encore possible d’en sauver certains, pour peu qu’il y ait une volonté politique et donc un financement. N’oublions pas que ces sites ont été classés en 1952 à la suite de nouvelles lois à l’époque en vigueur en métropole, et que le premier bilan sanitaire qui ait jamais été réalisé date de 2003 ! Il s’est donc passé 50 ans sans gestion globale de ces sites. Lorsque le Ministère de la culture de l’époque a commandé cette étude au Service de la culture et du patrimoine en 2003, cela a permis de dresser ce premier état des lieux. C’est également l’occasion de comprendre pourquoi rien n’a été fait (manque de moyens, faiblesse de la réglementation, manque d’information et de coordination entre institutions également, etc.) pour en tirer les leçons.
Et attention, ces 42% concernent une infime minorité de sites archéologiques et historiques : combien de sites non classés et donc non protégés sont détruits chaque année en Polynésie française sans qu’on le sache ?

3. Qui détruit et comment, pourquoi ?

La majorité des sites classés détruits sont sur des propriétés privées, mais certains sont également sur des propriétés domaniales ou publiques. Les particuliers détruisent, par ignorance ou volontairement. Dans le cas des dégradations de sites publics, là aussi l’ignorance est la cause principale, n’oublions pas que la liste des sites de 1952 ne mentionne aucune localisation ! Avec le développement du SIG et une meilleure coordination entre administrations, ce genre de problème ne devrait plus se produire. Par ailleurs, il est vrai qu’on ne peut pas tout conserver du passé, on doit bien laisser la place aux vivants. Mais on doit pouvoir faire le choix entre ce qui vaut la peine d’être conservé et le reste et pour cela, il faut d’abord une loi préventive.

4. Quelles mesures peut - on mettre en place pour assurer une plus grande protection ? Des sanctions ?

Il faudrait tout d’abord une loi de protection globale des sites archéologiques et légendaires comme cela existe dans les pays dits développés.
Les sanctions existent et sont prévues pour les sites classés uniquement. Mais on ne peut que déplorer leur légèreté qui les rend totalement inadaptées et inefficaces devant le développement urbain frénétique de la Polynésie française depuis la fin des années soixante.
Pour qu’elles soient dissuasives, il devient impératif de les renforcer. C’est un des objectifs du code du patrimoine en chantier.
Mais la protection doit s’accompagner de l’information et de la sensibilisation du public.

- Tous les sites sont en danger. Quelques exemples…

Fortin de la Punaru’u (Tahiti)
Ce fortin a été construit en 1846, lors de la guerre franco-tahitienne par Armand Bruat. Il est classé par arrêté n°865 a.p.a du 23/06/1952 n°3. Pour autant, il est dans un mauvais état de conservation, taggué et situé dans une végétation dense d’acacias. Il mériterait d’être réhabilité ainsi que ses abords.

Pekia (Hiva Oa, Marquises)
Ce prestigieux tohua de Atuona et site classé, a été détruit volontairement par un particulier à coup d’engins mécaniques en septembre 2005. Le Gouvernement de la Polynésie française a porté plainte.

- Où en est le code du patrimoine aujourd’hui au niveau du service culture et patrimoine ?

Certaines parties législatives du code du patrimoine métropolitain ont été rendues applicables en Polynésie française depuis l’ordonnance du 20 février 2004.
Il s’agit des parties relatives aux biens culturels maritimes, aux archives, ainsi que l’article du code du patrimoine, relatif à la définition du patrimoine archéologique. Ces dispositions juridiques concernent les domaines de compétence de l’Etat (justice et domaine maritime), étant entendu que pour les autres domaines, la Polynésie exerce une compétence de principe.
La rédaction du code du patrimoine est demeurée un dossier prioritaire du ministère de la culture et de l’artisanat et suit son instruction au sein du Service de la culture et du patrimoine.

- SOS patrimoine...en danger !