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Préservons l’héritage des Gambier (Hiro’a n°155 - Septembre 2020)

Quand on pense aux sites classés de la Polynésie française, les premières images qui viennent en tête sont celles des marae. Aux Gambier, les vestiges pré-européens sont présents mais moins réputés que le patrimoine historique laissé par les pères bâtisseurs...

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RENCONTRE AVEC BELONA MOU, ARCHÉOLOGUE DE LA CELLULE « PATRIMOINE CULTUREL » À LA DIRECTION DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE : LUCIE RABRÉAUD - PHOTOS : BELONA MOU/DCP

La Direction de la culture et du patrimoine vient de mener une mission aux Gambier. Son objet : visiter le couvent de Rouru et la cathédrale de Rikitea, les deux sites classés monuments historiques depuis 2002, et établir un état des lieux des autres sites historiques importants de l’archipel.

Quand on pense aux sites classés de la Polynésie française, les premières images qui viennent en tête sont celles des marae. Aux Gambier, les vestiges pré-européens sont présents mais moins réputés que le patrimoine historique laissé par les pères bâtisseurs. « L’archipel reste connu pour ses monuments historiques particulièrement imposants.

Aux Gambier, le patrimoine bâti reflète la communauté religieuse qui s’était installée à Mangareva, Aukena, Akamaru, Taravai. On peut encore y voir les églises, les ruines d’un couvent et d’un séminaire, des tours de guet... La cathédrale Saint-Michel de Rikitea reste le point d’orgue. L’héritage immobilier des missionnaires catholiques est riche mais il se dégrade au fil du temps », explique Belona Mou.

L’archéologue de la cellule Patrimoine culturel à la Direction de la culture et du patrimoine est partie à Mangareva du 7 au 14 juillet derniers pour visiter les deux seuls sites classés de l’archipel des Gambier : le couvent de Rouru et la cathédrale Saint-Michel de Rikitea ; prendre contact avec la communauté des Gambier car cette mission était la première sur l’archipel ; effectuer une visite des sites historiques (classés ou non) et les pointer au GPS afin de les localiser précisément ; prendre en photos ces derniers et dresser un état des lieux global de leur niveau de conservation.

Assurer le respect de la réglementation

Une surveillance particulière a été apportée à la cathédrale Saint-Michel de Rikitea car des travaux sont en cours à l’école maternelle qui la jouxte et il serait question de restaurer la maison des tisserands également située à côté. La DCP assure un contrôle et une surveillance du respect de la réglementation. « La Polynésie française s’est dotée d’un Code du patrimoine, depuis 2015, qui protège les sites classés.

Lorsqu’un site est classé, tous les travaux sur l’immeuble même, sur un immeuble adossé au site classé ou sur un immeuble dans le champ de visibilité d’un site classé doivent être déclarés à la DCP. Ces travaux peuvent être de différentes natures : fondations, gros œuvre, charpente, revêtement, décors, nouveaux équipements, affouillements ou exhaussements, mise aux normes, etc.

Les aménageurs doivent remplir un formulaire déclarant les travaux à réaliser et la commission de la DCP, après examen du dossier, émet un avis. Les futurs travaux ne doivent pas porter atteinte à l’intégrité et l’esthétisme du site classé », précise Belona Mou.

Classer signifie entretenir et valoriser

Le classement des sites historiques permet de les protéger et de les conserver. « Ils représentent une part d’histoire de la société polynésienne à protéger, conserver et remettre aux nouvelles générations. Mais, comme tout monument, il faut aussi entretenir ces sites, pas seulement leur donner le label de “site classé” et ne rien en faire. A minima, il faut s’occuper de son entretien et dans l’idéal, le valoriser afin que ce patrimoine soit partagé et réapproprié par notre communauté », estime Belona Mou.

Cela fait justement partie des missions de la DCP : la conservation, la protection, la valorisation et la diffusion du patrimoine culturel, que le site en question soit classé ou pas. Concernant la partie archéologique, la DCP assure une mission de contrôle et de suivi des chantiers. Les sites religieux ne sont pas le seul intérêt des Gambier, depuis 2001, plusieurs archéologues, Éric Conte, Patrick Kirch et Guillaume Molle mènent un programme de recherches sur les îles de cet archipel, notamment Mangareva et Temoe, pour recenser les vestiges archéologiques, documenter la chronologie du peuplement de l’archipel, comprendre les interactions et les échanges entre cette population ma’areva et les autres îles de la Polynésie.

- Préservons l’héritage des Gambier (Hiro’a n°155 - Septembre 2020) (à télécharger)