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Un fare haupape sur le site de ’Ōpūnohu (Hiro’a n°153 Juillet 2020)

Depuis le 18 mai 2020, l’association Puna Reo Piha’e’ina s’investit dans la reconstruction d’un fare haupape, sur le site du sentier ethnobotanique et archéologique du domaine ’Ōpūnohu, à Moorea...

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ENTRETIEN AVEC MAURICE RURA, PRÉSIDENT DE L’ASSOCIATION PUNA REO PIHA’E’INA ET AVEC JAMES TUERA, OPÉRATEUR DU PROJET RECONSTRUCTION DU FARE HAUPAPE POUR LA DCP. TEXTE : MO - PHOTOS : PUNA REO ET DCP

Depuis le 18 mai 2020, l’association Puna Reo Piha’e’ina s’investit dans la reconstruction d’un fare haupape, sur le site du sentier ethnobotanique et archéologique du domaine ’Ōpūnohu, à Moorea...

En octobre 2016, Jennifer G. Kahn, anthropologue et professeure associée de la prestigieuse université américaine William et Mary, est chargée par la Direction de la culture et du patrimoine (DCP) d’effectuer des fouilles sur le site archéologique du domaine ’Ōpūnohu. Ces travaux de fouilles et de reconstitution ont notamment permis de déterminer les emplacements des différents habitats, l’espace occupé et leur utilité.

Ensuite, et pour aller plus loin dans le projet, la DCP a initié l’idée de reconstruire une maquette grandeur nature d’un fare haupape, en se basant à la fois sur le rapport remis par l’anthropologue américaine et sur différents documents historiques (lire encadré).

Un exemple de fare polynésien

Ce projet de reconstruction a pour but de montrer aux visiteurs du site ce à quoi pouvait ressembler l’habitat polynésien au moment de l’arrivée des Européens. Il permet également d’entretenir et de transmettre des savoirs ancestraux encore détenus par quelques personnes sur les méthodes de construction de cette époque.

Toutefois, et pour des questions de résistance des lieux à l’humidité, certains éléments périssables seront remplacés par des matériaux plus résistants. C’est notamment le cas pour la constitution de la toiture, où les bardeaux viendront remplacer le traditionnel toit de rauoro (pandanus), ou encore de l’utilisation de bois traités pour la structure de l’édifice.

Le choix d’une association culturelle

Pour la mise en place du projet sur le site, la DCP a fait appel à l’association Puna Reo Piha’e’ina, présidée par Maurice Rurua. Le choix de cette structure associative s’explique par sa connaissance du terrain, des matériaux et des savoirs nécessaires à la réalisation d’un tel projet. « Notre proposition a été retenue suite à l’appel d’offres de la DCP, précise le président. Pour nous, c’est une occasion de montrer notre savoir-faire et de perpétuer ce savoir auprès de la jeune génération. » Ce sont donc quatre personnes qui sont d’ores et déjà à pied d’œuvre pour monter la structure.

Un financement du Pays

Si la DCP a la charge de la mise en œuvre et du suivi du projet, le financement, d’un montant total de 2 421 025 Fcfp, est quant à lui assuré par le Pays, via le ministère de la Culture. Ainsi, la prestation sera réglée en deux versements dans les conditions suivantes : une avance de 30 % et le solde de 70 % à la fin des travaux, lesquels devraient durer environ deux mois et demi, voire un peu plus en fonction de la météo.

Tout devrait donc être prêt pour le début du mois d’août ! ◆

Le fare haupape

Le fare haupape est une maison traditionnelle rectangulaire ou carrée avec terrasse. Autrefois, l’architecture des fare polynésiens était soit rectangulaire, soit ovale (fare pōte’e).

Les fare pōte’e étaient généralement plus grands et plus élaborés que les fare haupape, ceux-ci étant moins prestigieux. Ils étaient utilisés comme maisons de couchage, et le plus souvent pour le peuple (les manahune). Ils pouvaient également être destinés à des fins spécialisées, comme pour les activités artisanales telles que la fabrication du tapa et des herminettes. L’emplacement des fare, posés sur une pointe de terre, un promontoire, etc., leur forme, leur dimension, leur décoration interne et leurs matériaux de construction, dépendaient de la fonction de l’habitation mais aussi du statut social de leurs propriétaires.

Descriptif d’un fare traditionnel :

« La taille habituelle était de 7,2 x 3,6 mètres. le toit était posé sur trois rangées de piliers au centre, hauts de 2 mètres, ceux des côtés de 1,20 mètre. le sol était recouvert d’un épais tapis de nōnoha (herbe longue et parfumée). il n’y avait pas de cloison intérieure, les couples dormaient ensemble, les autres membres de la famille étaient groupés séparément par sexe. les maisons étaient parfois édifiées sur une terrasse pavée et le plus souvent sur pilotis à 1,2 mètre du sol près des rivières et de la mer pour se garder de l’humidité. »

(Extrait de Captain Cook’s journal during his 1st voyage round the world, made in H.M. bark endeavour, 1768-1771. A literal transcription of the original mss, with notes and introduction edited by captain W.J.L.Wharton, London, Elliot Stock, 1893. Australiana facsimile editions n°188, Adelaide, Libraries board of south Australia, 1968, 378 pages)

L’association Puna reo Piha’e’ina

Présidée par Maurice Rurua, Puna Reo Piha’e’ina est une association culturelle créée en 2004. Composée principalement de membres d’une même famille et d’amis, elle œuvre à la préservation des savoirs, savoir-faire et savoir-être liés aux patrimoines culturel, naturel et architectural polynésiens et à leur transmission aux générations futures.

- Un fare haupape sur le site de ’Ōpūnohu (Hiro’a n°153 Juillet 2020) (à télécharger)