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Zoom sur Opération conservation réussie à Hiva Oa (Hiro’a n° 151 - Mars 2020)


Fin 2018, les tiki du me’ae ‘I’ipona, dans la vallée de Puama’u sur l’île de Hiva Oa bénéficiaient d’un traitement par biocide en vue de leur conservation. Un an et demi plus tard, les agents de la DCP et les sociétés SMBR (Société Méditerranéenne de Bâtiment et de Restauration) et AsléConseil se sont rendus sur place afin de constater l’efficacité des actions menées...

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Fin 2018, les tiki du me’ae ‘I’ipona, dans la vallée de Puama’u sur l’île de Hiva Oa bénéficiaient d’un traitement par biocide en vue de leur conservation. Un an et demi plus tard, les agents de la DCP et les sociétés SMBR (Société Méditerranéenne de Bâtiment et de Restauration) et AsléConseil se sont rendus sur place afin de constater l’efficacité des actions menées.

De retour à Hiva Oa, en février 2020, les agents de la DCP et l’équipe de SMBR pouvaient être satisfaits des efforts fournis ces dernières années. En effet, photos à l’appui, ils ont pu constater l’efficacité du traitement par biocide effectué en 2018 sur les différents tiki du me’ae ‘I’ipona. Deux statues anthropomorphes en trachyte, les tiki Makii taua te Pepe et Te Ha’a tou mahi a Naiki, ont même eu la chance de se voir débarrassées des micro-organismes qui les colonisaient et n’ont donc plus aucune raison de subir une nouvelle intervention.

Seul un suivi régulier sur place est préconisé. Concernant les tiki sculptés dans du tuf volcanique (ke’etu couleur lie de vin), la majeure partie des microorganismes ont aujourd’hui disparu. Seuls persistent encore les lichens blancs qui, contrairement aux autres, ont pénétré profondément l’épiderme poreuse du ke’etu. C’est pour cette raison que Gilles Martinet, spécialiste dans la préservation, la conservation et la valorisation du patrimoine, préconise qu’une seconde passe soit appliquée sur les tiki en ke’etu (Takaii, Fau Poe et Maiauto). Cette passe se focaliserait exclusivement sur les lichens restants.

Trois prélèvements exclusivement opérés sur les tiki en ke’etu et plus particulièrement sur les zones colonisées par ces lichens blancs devront faire l’objet d’analyses en laboratoire et permettront d’observer plus en détail l’impact du biocide appliqué sur la structure interne de la roche.

Pour rappel, l’objet de cette intervention n’est pas de « nettoyer » les tiki, mais de les stabiliser. Dès lors, il serait tout à fait normal, si ce n’est rassurant, qu’à terme des plaques de lichens soient encore visibles. L’objectif étant de rendre ces micro-organismes stériles et inoffensifs.

Autrement dit, il ne faut pas que cette opération soit de celles qui consistent à faire disparaître entièrement les lichens et tomber ainsi dans la restauration dite de type « muséale ».

On ne touche qu’avec les yeux !

Présente dans la majeure partie des musées, cette consigne devrait également pouvoir s’appliquer sur le me’ae ‘I’ipona. Véritable musée à ciel ouvert, le site archéologique de la vallée de Puama’u présente des œuvres sculptées uniques dont la fragilité justifie la nécessité de mettre en œuvre des outils destinés à les préserver. En effet, parmi les facteurs de dégradation, on rencontre les manipulations humaines. En matière de dégradation, un simple doigt sur les tiki peut déposer des traces de sueur, de savon ou encore de crème, voire des micro-organismes (moisissures, bactéries, etc.). En cela, les nombreuses personnes qui se prennent actuellement en photo à côté des tiki (le bras sur l’épaule de Te Ha’a tou Mahi a Naiki ou de Takaii) abîment donc irrévocablement les œuvres sculptées, surtout si ce geste est répété des milliers de fois. La pose d’une corde est aujourd’hui envisagée pour marquer l’interdit.

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