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" La gestion des plantes envahissantes est assez récente " (Hiro’a n° 150 - Mars 2020)

Un écologue peut avoir des missions variées, mais celles-ci intègrent toujours la notion de préservation de l’environnement. L’écologue s’intéresse généralement à l’impact des activités humaines sur l’environnement...

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La Direction de la culture et du patrimoine (DCP) a recruté, début janvier, un écologue. En poste à Raiatea, Raimana Teriitehau nous explique ce métier assez récent et sa mission de gestion des espèces exotiques envahissantes sur le site du paysage culturel de Taputapuātea.

Vous venez d’être recruté comme écologue sur le site du paysage culturel de Taputapuātea, mais qu’est-ce qu’un écologue ?

Un écologue peut avoir des missions variées, mais celles-ci intègrent toujours la notion de préservation de l’environnement. L’écologue s’intéresse généralement à l’impact des activités humaines sur l’environnement.

Existe-t-il une formation d’écologue ? Quels sont vos parcours de formation et professionnel ?

Lorsque j’étais étudiant, le métier d’écologue n’existait pas. Je suis en réalité géographe de formation. Après trois ans à l’université de Polynésie à Punaauia, j’ai poursuivi mon cursus à la Rochelle avec une spécialisation sur la gestion des littoraux. Ma deuxième année de Master 2, qui s’est déroulée à Bordeaux, était plus orientée sur l’espace des territoires et environnement. J’ai ce double cursus mer/terre et c’est ce qui était important pour évoluer sur le site de Taputapuātea qui comprend des vallées boisées, une partie de lagon et de pleine mer. De retour en Polynésie, j’ai exercé le métier d’agriculteur à Taha’a où j’ai cultivé la vanille. J’ai une bonne connaissance de la ore locale, ce qui était également un plus pour ce poste.

Justement, quelle est votre mission sur le site de Taputapuātea ?

Concrètement, il s’agit d’élaborer un plan d’actions vis-à-vis de la thématique des espèces exotiques envahissantes en tenant compte du plan de gestion défini pour le classement Unesco du site du paysage culturel du marae de Taputapuātea. Ces actions passent par un contrôle de ces espèces, mais aussi par un travail de sensibilisation auprès de la population.

Quelles collaborations ont été nécessaires pour créer ce poste ?

Ma mission est en lien direct avec le programme Protège (Projet régional océanien des territoires pour la gestion durable des écosystèmes) et le nancement européen du 11e FED. Il y a une collaboration avec la Communauté du Pacifique sud (CPS), le PROE, la Diren et la DCP.

Comment a-t-on identifié les plantes envahissantes dans le paysage culturel de Taputapuātea ?

Une bonne partie a été cartographiée au moment de la préparation de l’inscription à l’Unesco. Un gros travail de fond a été réalisé. Je vais poursuivre ce travail de données. Il faut savoir qu’on retrouve toujours les mêmes espèces envahissantes comme le Cecropia Peltata (’Ī’ītā popa ́a ou faux papayer), Falcataria moluccana (Falcata), Syzygium cumini (Pista ou faux-pistachier), etc.

Ces plantes ont-elles totalement transformé le paysage ?

On a un paysage originel lourdement impacté par l’introduction de plantes exotiques. Aujourd’hui, l’intérêt serait de retrouver un paysage originel au moins dans une zone dé nie et ainsi protéger la biodiversité.

Quelle est précisément la zone concernée ?

Mon travail va se concentrer sur la zone cœur du site* pendant un peu plus de deux ans et cela ne sera sans doute pas su sant en termes de temps. La gestion des plantes envahissantes en Polynésie est assez récente et nous sommes encore dans une phase expérimentale. Pour cette mission, nous serons à la fois sur la campagne d’arrachage et sur la campagne de restauration, à savoir réimplanter des plantes d’introduction polynésienne, indigènes ou endémiques, dans le paysage culturel de Taputapuātea.

Avez-vous connaissance d’autres exemples de projets qui auraient été menés à bien ?

Pas vraiment, on manque de recul et de données. Je peux tout de même citer un exemple à Paea avec Jean-François Butaud qui a mis en place des campagnes d’arrachage et de restauration. Nous sommes sur un même schéma. Mon travail sera aussi de préserver les plantes locales que les Polynésiens utilisaient autrefois ou que l’on retrouvait alors dans le paysage. Nous sommes dans une démarche de conservation.

Quelles sont ces plantes locales et où se trouvent-elles aujourd’hui ?

Le témoignage de leur présence se trouve dans la nature. Il su t d’aller faire un tour dans la vallée de Opoa pour tomber sur des reliques d’anciennes formations végétales. On trouve, par exemple, des espèces végétales indigènes comme des forêts de pūrau ou encore des bosquets de Pandanus tectorius (fara) et plus rarement des espèces à caractère endémique comme l’Ixora (hītoa). Une bonne partie a déjà été répertoriée, maintenant mon rôle est de me rendre sur place pour voir ce qui a évolué, ce qui a changé.

Allez-vous également mettre en lien la présence de ces plantes et leur utilisation ?

Pour cela, il faut se rapprocher des archéologues, des anthropologues et de la population locale pour définir une liste des végétaux utilisés par les anciens autour des marae et autour de vestiges afin de mettre en place un plan de conservation. Il faut, dans ce cas, chercher des traces d’usage et voir sur le terrain si cela correspond à une réalité au niveau de la flore patrimoniale.

*Deux mille cent vingt-quatre hectares pour la zone « cœur » dont 1 224 hectares pour la zone terrestre et 900 hectares pour la superficie marine.

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