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Le marae Marae-Ta’ata, monument de l’histoire de Tahiti (Hiro’a n°144 - Septembre 2019)

Paul Niva, en archéologue qui se respecte, est un homme à la recherche de la vérité. Il ne cherche pas à travestir l’histoire ou embellir les structures de ces endroits sacrés. Pas question d’aller emprunter des pierres à gauche et à droite pour compléter un édifice sous prétexte qu’elles ont disparu...

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RENCONTRE AVEC PAUL NIVA, ARCHÉOLOGUE. TEXTE : PASCAL BASTIANAGGI – PHOTOS : PAUL NIVA ET ALEXANDRA SIGAUDO-FOURNY

Les archéologues Kenneth P. Emory, José Garanger et Paul Niva ont tous effectué des relevés, des fouilles et des restaurations sur le marae Marae-Ta’atā, à Pā’ea, sur l’île de Tahiti. Et ce, à différentes périodes s’étalant des années 1930 jusqu’à nos jours. Le dernier à avoir œuvré sur ce marae de Pā’ea est Paul Niva. Il y a mené plusieurs campagnes de fouilles et de restauration, dont la dernière remonte à juin 2019.

Paul Niva, en archéologue qui se respecte, est un homme à la recherche de la vérité. Il ne cherche pas à travestir l’histoire ou embellir les structures de ces endroits sacrés. Pas question d’aller emprunter des pierres à gauche et à droite pour compléter un édifice sous prétexte qu’elles ont disparu. D’autant que le marae Marae-Ta’atā est d’une grande valeur historique. Au moment du contact avec les Occidentaux, et selon les traditions orales, c’est sur ce marae que Pomare Ier (1753-1803) aurait été intronisé ari ́i maro ́ura. Ce complexe comporte trois marae, chacun avec un mode de construction bien distinct.

Le premier (enceinte A) a été construit selon une technique particulière : les pierres sont assemblées et on aperçoit à peine les pierres de calage. C’est un style que l’on appelle « appareillage à parement plat ». Cela signifie que l’édifice ne présente pas d’angle entre la partie sommitale et les soubassements. Les pierres sont choisies et placées de manière à se marier entre elles. L’architecture met en avant l’authenticité afin de donner un effet de style.

Le second (enceinte B) avec ses pierres ordonnées et disposées par assises fut édifié avec des pierres taillées donnant une impression de grandeur. Cette architecture est caractéristique du règne du dieu ́Oro, au moment du contact. Ces pierres taillées constituent la dernière période de l’édifice.

L’enceinte C se compose d’un appareillage irrégulier ; cette apparence de forme simple s’oppose au deux premières plus stylisées. Les trois types d’architecture ne sont pas le fruit du hasard, et accentuent l’idée de la puissance d’une des plus grandes coalitions claniques de l’île de Tahiti, les « Te ’Oropa’a ». Ces derniers ont régné en maîtres sur la côte ouest de l’île. La tradition orale raconte que Puna se serait transformé en marae d’où le nom de Marae-Ta’atā.

La généalogie de Tetoofa (ari ́i de Te’oropa’a, originaire de la subdivision de Pā’ea) suggère la naissance de trois chefs dénommés de Te-tūa-mai-te- ra ́i, Te-tupu ́ai-ō-te-ra ́i et Pū-nua-i- ́ai-atua ; ce sont les enfants de Te-ruru-ari ́i de Marae-Ta’atā. Il est fort possible que nous soyons ainsi devant une matérialisation de la structure sociale : la plateforme (D) constitue l’élément fondateur et les trois marae (A, B, C) symbolisent les trois enfants.

L’expression matérielle de la structure sociale s’opère d’une manière horizontale dans un premier temps avant d’être réalisée de manière verticale. La verticalité est représentée par les ahu à gradins datant de la période du contact. Ce marae « national », dont l’un des chefs fut le grand Tūtaha décrit par les navigateurs, demeure un monument dans l’histoire de Tahiti. Tūtaha détenait les symboles du pouvoir (maro ́ura, tāupo ́o, tāumi, etc.) sur Marae-Ta’atā.

La fouille de 2011 a permis de retrouver des objets sacrés (pilon, herminette), autres emblèmes du pouvoir des ari ́i nui de Tahiti.

« Quand on s’attaque à une restauration, il n’y a pas de place à l’interprétation ni à l’extrapolation. On doit opter pour la restauration la plus authentique qui soit », assène l’archéologue. « Il faut respecter les pierres qu’il y a sur place, la quantité de matériau et aussi l’assemblage des pierres que l’on appelle l’appareillage. Coller au plus proche de ce qui était la réalité à l’époque de sa conception. (...) Il ne s’agit pas de mettre tout bêtement des pierres en place, mais vraiment d’être au plus proche des bâtisseurs. Essayer de comprendre ce qu’ils ont voulu montrer au travers des pierres en fonction du type d’appareillage. Mon métier est de faire parler les pierres. »

La seule et unique raison qui le pousserait à s’écarter de sa ligne de conduite et de modifier la structure d’un édifice serait que celui-ci se trouve fragilisé à cause d’éléments extérieurs. Et cela a été le cas pour le marae Marae-Ta’atā. Le passage de voitures et de camions sur la route qui longe le site a fragilisé l’appareillage de pierres situé près de la voie de circulation. « Le mur d’enceinte du marae menaçait de tomber. Du coup je l’ai descendu de dix centimètres afin de le stabiliser et qu’il soit légèrement penché vers l’intérieur de l’enceinte. Le haut du mur s’inclinant vers l’intérieur et le bas vers l’extérieur. On essaie de pérenniser l’œuvre sans la dénaturer. »

Chaque modification apportée à l’édifice est annotée et argumentée. « Il faut toujours décrire ce que l’on a fait et pourquoi. C’est très important pour ceux qui prendront la suite. » D’autant que le marae marae-Ta’atā est passé entre les mains de plusieurs archéologues, et lorsque l’on reprend une restauration, on tient forcément compte des travaux effectués auparavant. « On s’appuie toujours sur ce qui a été fait par nos prédécesseurs, que ce soit Garanger ou Emory, sur leurs notes et observations. (...) Chaque pierre est notée, relevée et dessinée et l’on sait exactement à quel endroit poser cette pierre. »

Pour l’heure, concernant le marae Marae-Ta’atā, Paul Niva estime qu’il reste encore du travail à effectuer. « L’ahu*, qui à l’heure actuelle est au niveau du sol, devrait être remonté de trois degrés (enceinte B). Un degré pour chaque génération d’ari’i intronisés sur le marae. Le premier pour la génération qui a bâti le marae, le deuxième pour la suivante et le troisième et dernier pour la génération qui a connu l’arrivée des missionnaires, période à laquelle les marae ont été abandonnés et les pierres pillées pour bâtir des enclos à cochons. Il est important, à mes yeux, de remonter les trois degrés pour montrer l’histoire généalogique du marae. »

PRATIQUE
Marae Marae-Ta’atā
Pk 19, Pā’ea
Ouvert 7j/7
Accès libre

*Ahu : monticule de terre ou de pierres érigé en plateforme. C’est une sorte d’autel réservé aux dieux et aux esprits des ancêtres. Il peut adopter la forme d’une pyramide à degrés.

Paepae ou plateforme : forme première des marae.

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