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" Le sentier Te-Ara-Hiti-Ni’a offre un autre regard sur le paysage culturel Taputapuātea " (Hiro’a n°143 - Août 2019)

Le sentier Te-Ara-Hiti-Ni ́a est désormais ouvert au public. Inauguré en juillet dernier, ce sentier surplombe Taputapuātea avec la mise en place de plateformes de bois permettant l’accès à de très beaux points de vue...

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Le sentier Te-Ara-Hiti-Ni ́a est désormais ouvert au public. Inauguré en juillet dernier, ce sentier surplombe Taputapuātea avec la mise en place de plateformes de bois permettant l’accès à de très beaux points de vue. Meari Manoi, gestionnaire du Paysage culturel, a suivi la création de ce sentier. Elle répond à nos questions.

Comment a émergé cette idée de créer un sentier ?

Le travail de recueil sur l’histoire de Taputapuātea et des éléments majeurs du site auprès des sages ont conduit la direction de la Culture et du Patrimoine à réfléchir à la manière de mettre en valeur ces atouts pour donner au visiteur un autre regard sur ce bien classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Ainsi, la réalisation du sentier éco-patrimonial Te-Ara-Hiti-Ni’a est désormais le moyen de donner au visiteur la possibilité de découvrir le site dans sa globalité, avec une vision spatiale très large, une « vue d’en haut », lui permettant d’appréhender et de s’imprégner des composantes les plus majeures du paysage culturel, avant d’explorer au plus près les marae, être à même de découvrir leur sens mythique et leurs valeurs anciennes, et surtout de comprendre les raisons qui prévalent depuis les temps anciens, et aujourd’hui encore et peut-être plus que jamais, à la renommée, au caractère exceptionnel et unique, à la valeur identitaire et culturelle inestimable qu’accordent toutes les Polynésiennes et tous les Polynésiens de la région Pacifique à « Taputapuātea i Ōpōa ».

Où est situé exactement ce sentier ?

Le sentier Te-Ara-Hiti-Ni ́a est situé sur la colline surplombant le site historique et culturel « Tahua Marae Taputapuātea i Ōpōa », cœur du « Paysage culturel Taputapuātea ». Il se trouve sur une parcelle de la terre dénommée Hitini’a, propriété du Pays. Nous avons d’ailleurs conçu son tracé actuel de manière à rester sur l’emprise foncière domaniale. Nous avons néanmoins pour projet d’étudier la faisabilité de son extension sur des parcelles privées, et nous devrons pour cela discuter avec leurs propriétaires respectifs.

Quelles en sont ses caractéristiques ?

Cinq plateformes ont été aménagées. Elles permettent au visiteur d’apprécier le pay- sage culturel Taputapuātea sous différents angles. Depuis ces plateformes, le visiteur bénéficie d’une vue imprenable, éclairée et pertinente sur les limites du bien, sur ses baies, sa passe sacrée, son lagon, son îlot et surtout sur cette fameuse péninsule Matahiraitera’i qui accueille en son sein le grand tahua-marae Taputapuātea. Le parcours offre aussi l’opportunité de découvrir d’autres éléments majeurs, tels des traces et monuments légendaires et mythiques, mais aussi une végétation luxuriante, composée de ́ava, ́autī, de différents types de bananiers, de fē ́i, ́ape, ́ō ́aha, toro ́e ́a, vanille, fougères, champignons, qui viennent enrichir la visite du randonneur. Au-delà de l’activité récréative propre à tout sentier de randonnée, il apporte donc une plus-value à la visite du site.

Des panneaux explicatifs seront-ils mis en place ?

Une signalétique d’information et d’inter- prétation est en cours de conception, qui permettra de compléter cette plus-value éco-patrimoniale explicitée plus avant. Elle sera déclinée via un flyer d’aide à la visite et quelques panneaux d’information. On pourra ainsi par exemple, découvrir la grande « pierre-baleine », les différents postes de guet des « gardiens-chiens », un tentacule de la « grande pieuvre mythique », connaître l’histoire anecdotique de la tombe historique d’un Chinois d’Ōpōa, apprendre ou approfondir ses connaissances, culturelles notamment, sur la flore, mais aussi sur les oiseaux, etc.

Pouvez-vous nous décrire le sentier, son promontoire et ses points de vues ?

Ce sentier accessible à tout public et d’une longueur de 900 mètres, offre un parcours de santé et de découverte qui surplombe la péninsule Mātāhiraitera’i sur laquelle sont édifiés les grands marae, tels Hauviri et Taputapuātea.

Quel est l’objectif touristique de ce sentier ?

D’un point de vue touristique, ce sentier est un produit de découverte en soi, une activité terrestre se traduisant par une randonnée pédestre éco-patrimoniale. C’est aussi et surtout un produit qui se veut complémentaire de la visite classique que fera le visiteur du site, en ce sens qu’il constitue une entrée en matière, telle une introduction générale à sa découverte.

Comment s’est déroulé le chantier de ce sentier ?

La direction de la Culture et du Patrimoine a commencé les premières études et réflexions en 2016. Pour cela, Hiro Damide, guide pédestre de Mo ́orea, a été sollicité pour trouver un tracé en prenant en compte les pentes et la topographie du terrain. Il a également travaillé sur les éléments existants en les préservant et en les mettant en valeur.

Était-il tout seul à contribuer à ce chantier ?

Non... Il y a également eu deux autres guides pédestres de Ra’iātea, Thierry Laroche et Kiam et des jeunes d’ Ōpōa qui ont rejoint l’équipe. Il convient de souligner le courage de ces jeunes qui ont réalisé un travail physique, à bras d’homme, pour la construction de ce sentier. Le chantier a démarré en mai 2017 et s’est achevé en août de la même année pour la réalisation d’un premier tronçon d’environ un kilomètre qui a constitué la première étape de ces travaux. Aujourd’hui, le parcours est aménagé et sécurisé dans sa totalité et cinq passerelles en bois ont été réalisées ; une sixième est programmée dans les prochains travaux d’aménagement.

Quelles ont été les difficultés rencontrées ?

La toute première difficulté a été de trouver un tracé idéal de sentier et le rendre accessible à tout public, tout en préservant et en valorisant les atouts majeurs des lieux. Ensuite, de nombreux arbres ont dû être retirés, des pestes végétales notamment comme les falcata qui étouffaient la végétation indigène, ainsi que quelques cocotiers se trouvant sur le tracé. Les troncs ont servi à la réalisation des marches et des contreforts. Enfin, il a fallu transporter à dos d’hommes tous les matériaux et matériels nécessaires à la construction du sentier lui-même, des marches, des plateformes, des contreforts. Le challenge aujourd’hui, c’est de maintenir ce produit en état, avec un nettoyage, un entretien et un suivi constants.

Envisagez-vous l’ouverture d’autres sentiers ?

Pas à court terme, mais à plus long terme, il serait effectivement intéressant, voire nécessaire d’envisager des parcours et sentiers permettant la découverte d’autres composantes majeures du paysage culturel, telles les vallées d’Arata’o et de Hotopu’u qui recèlent des vestiges archéologiques majeurs, mais aussi des parcours sur la mer permettant d’appréhender le paysage et ses attributs culturels d’un autre point de vue, tout aussi intéressant et superbe. Pour l’heure, la réflexion porte surtout sur l’extension du sentier actuel. ◆

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