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Conservation du patrimoine au coeur de ’Ua Pou (Hiro’a n°138 - Mars 2019)

Deux sites historiques situés à ‘Ua Pou aux îles Marquises ont fait l’objet d’un diagnostic archéologique à la fin de l’année dernière. Paul Niva, archéologue, dirigeait la mission...

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RENCONTRE AVEC PAUL NIVA, ARCHÉOLOGUE
TEXTE : LUCIE RABRÉAUD - VISUELS ET PHOTOS : LUCIE RABRÉAUD ET PAUL NIVA

Deux sites historiques situés à ‘Ua Pou aux îles Marquises ont fait l’objet d’un diagnostic archéologique à la fin de l’année dernière. Paul Niva, archéologue, dirigeait la mission.

À la fin de l’année 2018, Paul Niva, archéologue, est parti durant un mois et demi aux Marquises étudier deux sites historiques situés sur l’île de ‘Ua Pou. L’objectif de sa mission, commandée par la Direction de la culture et du patrimoine, était de dresser un état des lieux du tohua Mauia, une place communautaire de la période pré-européenne qui se trouve à Hoho’i, et du paepae Menaha situé dans la vallée de Hakamou’i. Deux sites identifiés par le Comité Organisateur du Matavaa O Te Henua Enana (Comothe) comme lieux potentiels pour la tenue de la 12e édition du célèbre Festival des Arts des îles Marquises qui se déroulera du 16 au 19 décembre 2019.

Assisté de trois personnes recrutées sur place, Paul Niva a effectué des relevés de surface, des plans, des photos, afin de réaliser un diagnostic archéologique préliminaire qui permettra d’évaluer les travaux de restauration qui s’avèreraient nécessaires à la conservation des deux sites.

S’agissant du tohua Mauia, l’archéologue estime ainsi qu’une restauration précédente n’aurait pas été faite dans les règles de l’art et que certaines informations sont désormais perdues.

Ce site, également dénommé « tahua ko’ika » (place de danse), était un lieu de rassemblement où étaient perpétrées des cérémonies religieuses mais aussi profanes et festives. Certaines pierres sont gravées de pétroglyphes qui symbolisent la naissance, représentent un ipu* ou des humains.

Deux ailes : une au nord, qui serait plus domestique, et une à l’ouest, religieuse, sont séparées par un paepae servant d’espace intermédiaire entre ce qui est me’ie (profane) et ce qui est tapu (sacré). Le site se compose également de plusieurs plates-formes et de différentes aires destinées aux guerriers, à la grande cheffesse, aux tahu’a... Et en contrebas, on trouve des terrasses horticoles.

Le paepae Menaha, situé dans la « Vallée des Rois » à Hakamou’i, était celui de Heato, le dernier haka’iki (grand chef ) de ‘Ua Pou (l’équivalent des ari’i aux îles de la Société) ; il décèdera en 1845. « Il est celui qui a réussi à allier toutes les tribus de l’île sous son autorité », explique Paul Niva.

Ce site aurait été construit en plusieurs étapes et certaines parties dateraient de périodes plus anciennes, bien avant le règne de Heato. Un lieu particulièrement important car « ce paepae servait à réunir les différentes chefferies de l’île ».

L’archéologue pense qu’il existe également des liens avec les îles de Hiva ‘Oa et ‘Ua Huka. « Des tufs sculptés en bas-reliefs représentent des tiki et certains sont du même style que ceux que l’on trouve à Hiva ‘Oa et ‘Ua Huka. »

Ainsi, retrouve-t-on le fameux « tiki éléphant » sur ces trois îles. Une autre ressemblance a marqué Paul Niva : « Architecturalement, ce paepae est similaire au « heiau » des îles Hawai’i. Même si les populations ont la même origine, elles évoluent ensuite chacune de leur côté, mais on se rend compte que, vivant à des kilomètres les unes des autres, des structures et des éléments profonds restent les mêmes. »

Trois gradins composent ce paepae qui fait 30 mètres de long sur 10 mètres de large pour 6 mètres de hauteur. « À côté de cette plate-forme, une structure cérémonielle appelée me’ae aurait servi à la déification de Heato. Un tiki se trouvant à cet endroit pourrait être la représentation de ce roi marquisien », explique Paul Niva, qui s’appuie sur des confidences faites par des habitants de l’île.

La restauration, la préservation, mais aussi et surtout l’étude approfondie de ces sites archéologiques historiques permettront de conserver durablement ces vestiges du patrimoine culturel marquisien et leur réappropriation par les jeunes générations de ces îles.

*Petit contenant. Dans le tatouage marquisien, figure ayant la forme d’un anneau selon G.H. von Langsdorff.

-Conservation du patrimoine au coeur de ’Ua Pou (Hiro’a n°138 - Mars 2019) (à télécharger)