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Des archéologues font parler le marae Tainu’u (Hiro’a n°127 - Avril 2018)

Si Taputapuātea a acquis une renommée mondiale, il n’est pas le seul site culturel de grande valeur de Ra’iātea. Dans le district de Tevaito’a, dans la commune de Tūmāra’a, se trouve le marae Tainu’u, une autre « star de l’île »...

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RENCONTRE AVEC HINANUI CAUCHOIS, DOCTEUR ARCHÉOLOGUE ET PROFESSEURE D’HISTOIRE-GÉOGRAPHIE À UTUROA, ET JOHN O’CONNOR, DOCTORANT CHERCHEUR À L’UNIVERSITÉ DE L’OREGON, AUX ÉTATS-UNIS, TEXTE ELODIE LARGENTON, PHOTOS : SCP.

Situé à Ra’iātea sur un terrain où se dresse un temple protestant, le marae Tainu’u est l’un des plus imposants des Îles Sous-le-Vent, mais il a été peu étudié et conserve une grande part de mystère. Depuis 2016, deux chercheurs s’attellent à en révéler les secrets en effectuant des fouilles archéologiques. Le peuplement et la gestion du territoire sont au cœur de leurs recherches.

Si Taputapuātea a acquis une renommée mondiale, il n’est pas le seul site culturel de grande valeur de Ra’iātea. Dans le district de Tevaito’a, dans la commune de Tūmāra’a, se trouve le marae Tainu’u, une autre « star de l’île », comme le présente l’archéologue Hinanui Cauchois. « il est bien visible, souvent visité et c’est un beau site », poursuit-elle quand son collègue américain John O’Connor, doctorant à l’université de l’Oregon, souligne son « importance archéologique et historique ».

Tous les deux ont étudié à l’université de Hawai’i à Mānoa et ils ont voulu travailler ensemble à Ra’iātea. Une première campagne de fouilles au marae Tainu’u a eu lieu en juillet-août 2016, suivie d’une autre un an plus tard. En tout, sept sondages archéologiques ont été fouillés, dévoilant des « petits outils de la vie quotidienne, des objets qui n’ont rien d’exceptionnel sur le plan visuel pour le grand public, mais qui sont très importants pour nous  », explique Hinanui Cauchois. Cela permet aux chercheurs de prouver « des niveaux d’occupation anciens qui ont l’air de continuer jusqu’à l’époque du contact »*.

Des échantillons de charbon sont en train d’être analysés pour une datation au carbone 14. John O’Connor espère que cela lui permettra d’établir « une chronologie du peuplement de Tevaito’a et même la date de construction du marae ». Pour le chercheur américain, il s’agit non seulement de comprendre « comment les gens se sont installés, ont vécu et ont occupé l’espace » dans ce district, mais aussi de comprendre les mouvements de population dans l’Est du Pacifique et d’« accorder à cet endroit l’importance culturelle et scienti que qu’il mérite ».

importance communautaire

Les fouilles archéologiques ne constituent qu’une partie du travail de recherche. Le binôme s’appuie aussi sur de rares sources bibliographiques, sur des récits anciens et notamment la légende du marae Tainu’u qui raconte l’histoire d’un lézard abandonné par sa mère adoptive, Hina, et qui est le signe « d’une connexion ancienne entre Tainu’u et Maupiti  », comme l’explique John O’Connor. Les chercheurs ont aussi le soutien de la population locale, du pasteur Philippe Tupu, dont le temple est situé sur le terrain du marae, et de la commune de Tūmāra’a, qui leur prête notamment du matériel.

Le marae conserve son importance communautaire. C’est là que les gens de la commune se réunissent en hommage à leurs ancêtres déportés à Ua Huka aux îles Marquises après la bataille de Tevaito’a, en 1897. Sur le plan spirituel, le marae côtoie le temple protestant. Les symboles du passé ont résisté aux soubresauts de l’Histoire ; « la conversion s’est faite rapidement, mais ça ne veut pas dire qu’on passe un coup d’éponge ni dans la tête des gens ni dans le paysage », souligne Hinanui Cauchois. Cet endroit particulier passionne les chercheurs depuis plusieurs années et ils ne s’arrêteront pas de s’y intéresser lorsque John O’Connor terminera sa thèse, à la fin de l’année. Le binôme « projette de travailler dans la région pendant encore de nombreuses années ». ◆

Les élèves de Ra’iātea impliqués dans le projet

Pour les archéologues, il ne s’agit pas que de faire des découvertes, mais de les partager et de transmettre leur passion pour l’histoire du peuplement polynésien aux plus jeunes. « en parallèle de la recherche archéologique, on veut développer un projet pédagogique qui impliquerait les jeunes de ra’iātea et notamment les élèves du collège Anne-Marie Javouhey de ‘Uturoa, où je travaille », explique Hinanui Cauchois. La professeure d’histoire-géographie doit encore naliser la mise en place de ce projet, mais elle compte bien le lancer à la rentrée prochaine. Tout au long de l’année, les élèves effectueront des travaux autour du marae Tainu’u, « sans forcément attendre qu’il y ait des fouilles », précise l’archéologue.

En parallèle, elle travaille avec John O’Connor à la réalisation d’un poster pour présenter le site et expliquer son importance. Hinanui Cauchois aimerait aussi que des documents pédagogiques et des panneaux explicatifs soient conçus pour mettre en valeur le marae et faciliter la visite des touristes et des scolaires. Cet intérêt pour la transmission, les archéologues l’ont déjà démontré en août 2017. Une cinquantaine d’élèves des CJA (Centres de Jeunes Adolescents) de Fa’aroa et de Vai’a’au et une classe de 4e Hiva (patrimoine) du collège de Fa’aroa se sont rendus sur le site, où ils ont participé à des ateliers. « Hinanui et moi avons parlé de notre projet archéologique, et d’autres enseignants et des membres de la communauté locale leur ont appris plein de choses sur le marae et la culture de Ra’iātea. Ça a été une grande réussite », se souvient John O’Connor.

* Ndlr : la période du contact avec les européens concerne les 18e-19e siècles.

- Des archéologues font parler le marae Tainu’u (Hiro’a n°127 - Avril 2018) (à télécharger)