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Restaurer pour mieux valoriser le site de Taputapuātea (Hiro’a n°125 - Février 2018)

Tout commence en 1968 avec l’archéologue Yoshihiko Sinoto, du Bishop Museum. Après avoir mené les premières fouilles en 1963, où il découvre notamment un four culinaire, un niveau de pavage enfoui sous le grand marae Taputapuātea et une pointe de flèche en nacre, l’archéologue américain restaure les deux plus grands marae du site : Taputapuātea et Hauviri...

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RENCONTRE AVEC TAMARA MARIC, DOCTEUR EN ARCHÉOLOGIE ET AGENT DU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE SF, PHOTOS SCP.

Le site de Taputapuātea a fait l’objet de plusieurs restaurations au fil des décennies. Il fut l’un des plus grands chantiers de restauration menés en Polynésie française. Retour sur les différentes restaurations réalisées sur un site aujourd’hui inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Tout commence en 1968 avec l’archéologue Yoshihiko Sinoto, du Bishop Museum. Après avoir mené les premières fouilles en 1963, où il découvre notamment un four culinaire, un niveau de pavage enfoui sous le grand marae Taputapuātea et une pointe de flèche en nacre, l’archéologue américain restaure les deux plus grands marae du site : Taputapuātea et Hauviri.

Il s’intéressera également au marae plus petits, s’agissant probablement du ahu du marae ‘Ōpū-Teina. Trente ans plus tard, le site, qui n’avait pas connu d’autres fouilles et restaurations, est de nouveau sous les feux des projecteurs.

En 1994, le ministère de la Culture souhaite organiser un événement culturel de grande ampleur : un rassemblement des pirogues du Triangle polynésien afin de resserrer les liens entre les populations autour d’un lieu cérémoniel d’envergure. Centre de grandes alliances religieuses, politiques et économiques, Taputapuātea est naturellement choisi. Si la première restauration avait permis de revaloriser une partie du site, il restait encore beaucoup à faire pour découvrir l’ensemble du site. En 1994, donc, un grand chantier de restauration est engagé par le Département Archéologie du Centre Polynésien des Sciences Humaines (CPSH).

Découvertes

Des travaux d’envergure sont menés, une soixantaine de personnes sont mobilisées durant près de 5 mois. A l’époque, le site de Taputapuātea, devenu une cocoteraie, est envahi par la végétation et rongé par les tupa (crabes de cocotiers). Le sol sableux et marécageux du site en bord de mer est instable. Impossible donc pour les engins de pénétrer ce site déjà fragile.

Ainsi, l’équipe doit e ectuer aux forceps la plupart des travaux de relevés, de décapage, de sondages, ainsi que l’apport de matériaux pour consolider les sols et remplacer quelques éléments de ahu détériorés. Au total, trois marae majeurs du site sont entièrement restaurés au cours de ce chantier : Taputapuātea, Hauviri et Hititai-Tau’aitu. Deux petits marae, la plate-forme d’archer et le paepae, connu pour être le soubassement d’un fare ia manaha - maison des trésors sacrés - font aussi l’objet de travaux. Lors de ce chantier, les découvertes sont nombreuses : des herminettes, des pilons, mais aussi des ossements humains. Il faudra attendre 2014 pour en savoir un peu plus sur ces découvertes.

En effet, en 2013, le Service de la Culture et du Patrimoine commence à travailler sur Taputapuātea, et un an plus tard, il lance une étude menée par une anthropologue. Une autre étude est menée cette fois sur les datations des coraux qui composent les ahu, en collaboration avec le Professeur Bernard Salvat qui découvre qu’il s’agit de dalles fossiles.

En clair ce sont en majorité des coraux morts qui ont été prélevés dans le lagon pour construire les ahu, mais du corail a été prélevé vivant pour le remplissage des plateforme et la taille de dallots. « Sur le grand marae Taputapuātea, on sait qu’il y a eu plusieurs étapes de construction. Le ahu visible actuellement recouvre un ahu plus petit et plus ancien, et il existe un niveau de pavage enfoui.

La dernière étape de construction connue date du milieu du XVIIIe siècle. Mais, on ne connaît pas encore la date de fondation », explique Tamara Maric, docteur en archéologie et agent du Service de la Culture et du Patrimoine.

Restaurer pour valoriser

Depuis cette année, des diagnostics sont réalisés par la SMBR, la Société Méditerranéenne de Bâtiment et Rénovation, sur l’état de conservation du site, qui, quoique globalement en bon état, doit être consolidé. La reconstruction n’est pas envisagée, on parle plutôt de restauration. Aujourd’hui, plusieurs restaurations sont prévues. Des dalles du ahu de Hauviri doivent être consolidées, l’une d’entre elle s’étant entièrement brisée. « SMBR propose de recoller les dalles brisées et de remplacer le ciment qui été utilisé lors de la restauration précédente par de la chaux », souligne Tamara Maric. L’autre grande restauration concerne la grande pierre Te Papatea Oruea, située sur le marae Hauviri.

Il s’agit d’une pierre dressée de 2,94 m de hauteur qui malheureusement s’est fissurée au fil des ans. « L’idée est d’ausculter la pierre à l’aide d’un radar sonore pour faire un état des lieux des fissures intérieures ». D’autres restaurations sont prévues pour les différents éboulements provoqués par le temps et l’érosion naturelle. Il s’agit également de reconsolider les dalles et les grandes plates-formes des ahu. Autre chantier d’envergure : atténuer ou effacer les nombreux graffitis. « 

Les premiers que nous avons relevés datent des années 1890. Aujourd’hui, il existe des solutions techniques pour enlever ou au moins atténuer ces graffitis sur les pierres volcaniques et les coraux. », explique l’archéologue du service qui ne cache pas la difficulté d’en atténuer certains gravés jusqu’à 1 cm de profondeur.

Informer le public

Au delà de la restauration, le Service de la Culture et du Patrimoine envisage des opérations d’aménagement du site. La première urgence, selon Tamara Maric, est d’installer une signalétique. « Nous devons mettre en place des panneaux ou des brochures indiquant aux visiteurs ce qu’ils peuvent ou ne peuvent pas faire sur les lieux.

Il est également important d’informer le public de l’histoire de Taputapuātea. Car, aujourd’hui, il n’y a aucune information disponible alors qu’il est important d’informer le public de la valeur du site ».

Autre chantier prévu avant les différents aménagements : des fouilles archéologiques, qui n’ont pas été menées depuis près de vingt ans. Pour cela, les équipes locales vont travailler avec des spécialistes divers tels que des géologues, hydrogéologues, anthropologues, etc.

Une collaboration est également prévue avec les archéologues de l’Université de Polynésie française sur l’étude des marae. Une collaboration indispensable pour mener à bien ces fouilles. Le Service de la Culture et du Patrimoine met ainsi en place de beaux projets de recherches associés à l’aménagement de la restauration de ce site unique et sacré qu’est Taputapuātea !

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