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Gérer un site inscrit au patrimoine mondial, ça s’apprend (Hiro’a n° 121 - Octobre 2017)


Développer tout en préservant le site sacré de Taputapuātea : c’est le défi que doit désormais relever le Pays. En avril dernier, et dans l’attente de la désignation du gestionnaire du Paysage culturel Taputapuātea, deux agents... ».

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RENCONTRE AVEC MARTINE RATTINASSAMY, RESPONSABLE DE LA DOCUMENTATION DU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE. TEXTE ELODIE LARGENTON

Développer tout en préservant le site sacré de Taputapuātea : c’est le défi que doit désormais relever le Pays. En avril dernier, et dans l’attente de la désignation du gestionnaire du Paysage culturel Taputapuātea, deux agents ont bénéficié d’une formation organisée par le Réseau des grands sites de France pour apprendre à « élaborer et mettre en œuvre une gestion durable ».

S’occuper d’un site inscrit au patrimoine mondial « amène forcément à élargir son champ d’action et c’est ça qui est intéressant et compliqué à la fois, c’est de sortir de sa zone de compétence », témoigne Martine Rattinassamy, responsable de la documentation du Service de la Culture et du Patrimoine. Du 3 au 14 avril dernier, elle est partie en Bourgogne avec Jean Mere, agent de la commune de Taputapuātea, pour y suivre la 6ème édition de la formation internationale animée par le Réseau des grands sites de France : « Construire ensemble l’avenir des sites patrimoniaux : Elaborer et mettre en œuvre une gestion durable ».

Objectif : apprendre à gérer un site tel que le paysage culturel qui englobe les très célèbres marae situés sur la pointe de la grande péninsule Matahiraitera’i à Ōpōa. Durant deux semaines, les rencontres et les visites se sont multipliées. Martine Rattinassamy et Jean Mere ont pu échanger avec des gestionnaires de site venus du Maroc, du Mexique ou encore du Sénégal. Emmenés sur le terrain, nos Polynésiens ont visité le site gallo-romain de Bibracte avant de partir en immersion pendant trois jours, Martine Rattinassamy dans les Gorges de l’Ardèche, sur les sites de l’Aven d’Orgnac et de la Caverne du Pont d’Arc — réplique à l’identique de la Grotte Chauvet ; tandis que Jean Mere découvrait la cité millénaire de La Rochelle et son patrimoine maritime, historique et architectural remarquable, entre terre et mer.

Anticiper pour mieux protéger

Ce que retient de cette formation Martine Rattinassamy ?

Pour préserver l’intégrité et l’authenticité du site, il faut d’abord bien le comprendre. « Mieux connaître, c’est mieux protéger », résume-t-elle. Il faut donc continuer à étudier le site. « Taputapuātea est un des sites les moins bien connus de la Polynésie française ; beaucoup de chercheurs se sont tournés vers les Marquises et ce qui a été amorcé à partir de 2013, c’est encore insuffisant », souligne-t-elle.

L’autre conseil que Martine Rattinassamy retient de sa formation, c’est qu’il « faut connaître les menaces qui pèsent sur le site » et être capable de les anticiper et de se projeter sur 15 ans. En plus de cela, il faut établir des ponts entre les di érents services concer- nés au sein de l’administration – tourisme, agriculture, transports, urbanisme – et travailler avec la commune, les associations, la population et les chercheurs. Un travail titanesque, mais lors de la formation, Martine Rattinassamy a pu voir que des pays arrivaient à gérer leur site malgré « de nombreuses di cultés dues à un manque de moyens ». « Ça ouvre de nouvelles pers- pectives », souligne-t-elle. Et parfois, des sites lointains peuvent se révéler très proches : « L’un des intervenants a présenté la réhabilitation d’un ancien couvent, le Monastère des Augustines au Québec.

La problématique pour eux était d’ouvrir ce couvent au grand public tout en préservant les valeurs sociales et humaines ainsi que la spiritualité des Augustines, qui ont légué à la population leur monastère fondateur. Ça a fait écho dans le sens où on a inscrit un site sacré, et il ne faut pas le dénaturer, sinon il perd son sens, son âme. Préserver l’esprit des lieux est primordial », explique Martine Rattinassamy qui, même si pour l’heure aucune nouvelle formation n’est prévue, espère qu’il y en aura d’autres à l’avenir.

Ces échanges avec d’autres gestionnaires de sites francophones ne s’arrêtent pas à la formation. Jean Mere et Martine Rattinassamy sont désormais en contact avec près d’une centaine d’autres personnes formées par le Réseau des grands sites de France. Un soutien de taille pour les agents du Service de la Culture et du Patrimoine. ◆

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