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Un grand oui pour Taputapuātea (Hiro’a n° 119 - Août 2017)

Le 9 juillet 2017 est une date qui fait désormais partie de l’Histoire de la Polynésie française. Ce jour-là, à Cracovie en Pologne, le comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a décidé, à l’unanimité, d’inscrire Taputapuātea sur sa liste. « C’est une reconnaissance internationale de ce site qui représente l’origine de notre culture, l’origine de nos populations », souligne le président Édouard Fritch, qui parle d’un « moment historique »...

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Le 9 juillet 2017 est une date qui fait désormais partie de l’Histoire de la Polynésie française. Ce jour-là, à Cracovie en Pologne, le comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a décidé, à l’unanimité, d’inscrire Taputapuātea sur sa liste. « C’est une reconnaissance internationale de ce site qui représente l’origine de notre culture, l’origine de nos populations », souligne le président Édouard Fritch, qui parle d’un « moment historique ».

Le coup de marteau du président du comité du patrimoine mondial a libéré la délégation polynésienne : après des jours de stress et surtout des années de travail intense, Taputapuātea a été inscrit sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. « C’est important, symboliquement, le coup de marteau, c’est ce qui dit « ça y est, c’est inscrit », précise Wanda Diebolt, membre de la délégation présente à Cracovie pour soutenir le dossier polynésien. Sur les images retransmises en direct sur la page Tahuamarae, gérée par le service de la Culture et du Patrimoine, on a pu voir l’émotion de la délégation polynésienne, touchée par les « éloges qui ont été prononcés par les 21 membres du comité », rapporte le ministre de la Culture, Heremoana Maamaatuaiahutapu. Aucune objection ou aucun regret n’a été formulé par les 21 ambassadeurs, qui sont venus féliciter les membres de la délégation polynésienne.

Un travail d’équipe

« La civilisation ma’ohi, polynésienne, est entrée dans l’histoire de l’humanité », se félicite Richard Tuheiava, le président de l’association Nā papa e va’u, qui salue tous ceux qui ont œuvré à la réussite de ce dossier au long de ces années. Ça a été un travail d’équipe, comme le souligne Francis Stein, chef de l’équipe projet Taputapuātea : « On y est arrivé grâce à l’addition de toutes les énergies, félicitations à la communauté de Taputapuātea. » Une communauté représentée à Cracovie par le maire de la commune, Thomas Moutame, qui remercie notamment « l’association Nā papa e va’u, nos anciens et les sages ». Heremoana Maamaatuaiahutapu a, lui aussi, une pensée « pour nos matahiapo de Ra’iātea », mais également pour son père, Maco Tevane, « qui a lancé des travaux de restauration du site dès 1994 », et pour le professeur Sinoto, qui a œuvré à la préservation de Taputapuātea.

Un lourd chantier

Cette inscription est une belle reconnaissance internationale de la valeur du site de Ra’iātea. C’est « capital », « historique », se réjouit le président du Pays. Une grande satisfaction partagée par Olivier Poisson, conservateur général du Patrimoine : « C’est une bonne contribution à la construction de la culture du monde et à l’idée qu’il y a un patrimoine qui appartient au monde entier, qui réunit les gens. » Mais cette inscription s’accompagne aussi de responsabilités. « Le partage demande une attention de tous les jours, et il faut être capable de faire comprendre le site aux touristes », prévient Olivier Poisson. Des responsabilités que n’ignore pas l’équipe polynésienne. « Il y a un travail énorme qui doit être réalisé par le comité de gestion et les autorités du Pays pour se conformer aux recommandations », souligne ainsi Richard Tuheiava.

Ces recommandations ont été formulées par l’ICOMOS, le Conseil international des monuments et des sites. « Nous avons déjà entrepris quelques travaux », indique Francis Stein. Il reste cependant beaucoup à faire : « On prépare des sentiers pour offrir des parcours plus ou moins longs selon la durée que les gens pourront consacrer au site, on envisage la formation de guides locaux, on souhaite aussi reboiser, réintroduire des espèces et faire des aménagements le long de la route », liste le chef de l’équipe projet Taputapuātea. Le chantier comprend, par ailleurs, la mise en valeur des marae, sans que la signalétique ne vienne polluer visuellement le site. L’équipe ambitionne, en outre, de poser un dispositif naturel pour « empêcher que la houle ne vienne sur le sable », signale Francis Stein. Des « travaux lourds à mettre en place », fait-il remarquer. Il est nécessaire de faire appel à des spécialistes – un architecte paysagiste et un hydrologue, notamment. Mais comme le note Francis Stein, l’UNESCO ne viendra faire sa prochaine expertise que dans cinq ans environ, « ce qui nous laisse une marge de manœuvre ». ◆

« UNE RESPONSABILITÉ VIS-À-VIS DES COUSINS DU PACIFIQUE »

L’inscription de Taputapuātea au patrimoine mondial est aussi une victoire pour l’ensemble des pays de la région. Comme le souligne le pro- fesseur néo-zélandais Paul Tapsell, de l’université d’Otago, ce site a toujours été important pour les peuples du Pacifique, il relie les Polynésiens entre eux. Interrogé par Radio Nouvelle-Zélande internationale, le professeur souligne que « nous faisons tous partie de la même famille austronésienne, avec une langue et un environnement culturel communs, un système de croyances identique. Taputapuātea est au cœur de notre âme de Polynésiens ». Cette importance que revêt le site dans toute l’Océanie, le ministre de la Culture, Heremoana Maamaatuaiahutapu, en est conscient : « Vis-à-vis des cousins du Pacifique, nous avons une grande responsabilité aujourd’hui, nous devons préserver et valoriser ce site pour eux et pour nos enfants », a-t-il déclaré à Cracovie. De son côté, Richard Tuheiava, le président de l’association Nā papa e va’u, voudrait faire reconnaître le caractère transnational de ce site auprès de l’UNESCO « avec nos pays voisins du grand triangle polynésien » : Hawai’i, Aotearoa - Nouvelle-Zélande, Rapa Nui-Île de Pâques et Rarotonga-Îles Cook. « C’est la suite logique de ce dossier », affirme-t-il. Richard Tuheiava rappelle que ce travail de rapprochement avec les pays de la région autour de ce site sacré a commencé « en 2006-2007 avec des jumelages ». On se souvient aussi qu’en juillet 2015, c’est à Ra’iātea que le groupe des dirigeants polynésiens s’est réuni pour signer la déclaration de Taputapuātea pour appeler les pays du monde entier à unir leurs efforts pour la protection de l’océan et de l’environnement.

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