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La vallée de Papetoai au 16ème siècle : un bastion (Hiro’a n° 95 - Août 2015)

Depuis le 2 avril 2015, Hinanui Cauchois est docteur en archéologie, diplômée de l’Université de Hawaii. Hinanui a réalisé un travail titanesque de recherches et d’analyse. Grâce à une approche résolument différente, cette thèse a permis de révéler des données historiques jusque là ignorées.

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RENCONTRE AVEC HINANUI CAUCHOIS, DOCTEUR EN ARCHÉOLOGIE. CRÉDITS PHOTOS : DR.

Depuis le 2 avril 2015, Hinanui Cauchois est docteur en archéologie, diplômée de l’Université de Hawaii. Hinanui a réalisé un travail titanesque de recherches et d’analyse. Grâce à une approche résolument différente, cette thèse a permis de révéler des données historiques jusque là ignorées.

Sur quoi porte ta thèse ?
Il s’agit d’une thèse en archéologie qui porte sur l’archéologie de la Polynésie dans laquelle je suis spécialisée. Le titre en anglais est : « Subsistence systems and défensive strategies in pre-Contact Moorea and the Society Islands », « Systèmes de subsistance et stratégies défensives à Moorea et aux Iles de la Société avant le Contact ». Elle présente les résultats de recherches et fouilles archéologiques effectuées dans la vallée de Papetoai, à Moorea, entre 2003 et 2011.

Qu’est ce que ces fouilles ont permis de révéler ?

Environ 200 structures archéologiques ont été répertoriées dans cette vallée (anciennes terrasses d’habitat, terrasses horticoles, marae, structures défensives, etc.). La chronologie obtenue grâce aux fouilles montre une construction de murs défensifs à partir du milieu du 16ème siècle, soit un siècle environ avant la domination du lan Marama de Ha’apiti sur l’ensemble de l’île (environ 1650 d’après les traditions orales). L’étude des toponymes de la vallée, grâce à l’aide de Eliane Tevahitua*, confirme le caractère défensif de la vallée qui servait de zone de refuge. De nombreux termes font allusion à la présence de guerriers et d’invasions par des clans ennemis.

La comparaison avec d’autres vallées de l’île et Tahiti confirme une occupation de l’espace telle que perçue par les premiers navigateurs comme James Cook où les ari’i* les plus importants vivaient souvent en plaine côtière, les chefs intermédiaires et ra’atira* en milieu de vallée et les manahune* en fond de vallée. Les dernières recherches archéologiques montrent une occupation permanente des vallées à partir du 13ème siècle à Moorea et Tahiti et dès le 11ème siècle en plaine côtière ( jusqu’aux prochaines recherches...). Le cas de Papetoai suggère que la vallée était habitée avant le milieu du 16ème siècle mais clairement, à partir de cette date, l’occupation s’intensifie et des systèmes défensifs s’organisent sous une menace extérieure, ce qui montre que les périodes troublées ont débuté au moins 3 siècles avant l’arrivée des Européens. C’est la première fois qu’une thèse en archéologie locale intègre de manière systématique les traditions orales et l’étude de noms de terre pour confirmer la nature des vestiges archéologiques. Il serait souhaitable que cette tendance se confirme parce qu’elle apporte un éclairage passionnant et très instructif.

Combien d’années as-tu travaillé sur ce sujet ?

Ce travail de recherche s’est étalé sur 10 ans. Dans le système américain, il faut en moyenne 7 à 10 années de travail pour obtenir un doctorat, c’est très différent du système français où les thèses s’effectuent en 3 à 4 années. J’ai dû laisser mes recherches de côté pendant 2 à 3 ans pour des raisons professionnelles et par manque de temps.

Qui ont été tes personnes ressources ?

Les personnes ressources étaient de nature différente : d’une part, les membres du jury et spécialistes qui m’ont conseillée dans la démarche et la méthodologie ; ce sont des chercheurs bien connus en archéologie, en anthropologie et en histoire dans le Pacifique tels que Terry Hunt (Université d’Oregon), Ben Finney et Barry Rolett (Université d’Hawaii), Michael Graves (Université de New Mexico), Jennifer Kahn (Université de Virginie), Ty Tengan, Ku’ualoha Ho’omanawanui et David Chappell (Université de Hawaii). Il y a aussi les personnes qui ont participé aux recherches et fouilles sur le terrain, notamment mon frère Georges Paheo à Papetoai et Tamara Maric, archéologue au Service de la Culture et du Patrimoine. Eliane Tevahitua a aussi contribué de manière très intéressante à ce travail grâce à l’analyse des toponymes qui éclairent sur la fonction des vestiges archéologiques. Enfin, de nombreuses personnes y ont contribué de près ou de loin de par leurs conseils et des échanges que nous avons pu avoir pendant ces années.

Que fais-tu comme profession aujourd’hui et est-ce que l’obtention de ta thèse va changer quelque chose pour toi, professionnellement parlant ?

Lorsque je suis revenue de mes études à Hawaii en 2008, il n’y avait pas de poste en archéologie. J’ai travaillé un an en ministère puis je me suis tournée vers l’enseignement. J’enseigne en Histoire - Géographie depuis 2010 et je suis en poste au Collège- Lycée d’Uturoa depuis 2013. J’ai aussi enseigné en tant que vacataire à l’Université de Polynésie entre 2010 et 2013 en préhistoire de l’Océanie. J’adore l’enseignement et le contact avec les élèves, même si ce n’est pas toujours évident. Mon souhait est que les liens se resserrent entre la recherche archéologique locale et l’éducation. Ma thèse ne va pas changer grand chose dans l’immédiat au quotidien. La terminer m’a motivée pour développer des projets archéologiques que j’ai en tête depuis un certain temps et dans lesquels les élèves peuvent être impliqués. La protection du patrimoine culturel, sa préservation et sa transmission doivent commencer dès le plus jeune âge et concerner le plus grand nombre.

Peut-on consulter cette thèse ? Va-t-elle être éditée ?

Elle sera consultable prochainement. Il y a des projets de publication en cours.

DES ÉTUDES INDISPENSABLES AU SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE

Le Service de la Culture et du Patrimoine dispose d’une cellule intitulée « Archéologie-Histoire », dont l’effectif se compose de trois personnes. « A elles seules, ces dernières ne peuvent recouvrir le vaste territoire regorgeant de richesses culturelles et archéologiques que compose la Polynésie française, reconnait Joany Hapaitahaa, historienne au Service de la Culture et du Patrimoine. Nous estimons qu’il est important de montrer que d’une part nous avons des étudiants polynésiens qui non seulement sont sensibles et à l’écoute de leurs cultures, mais d’autre part, peuvent servir de modèles à nos jeunes en devenir. D’autant que l’archéologie est un domaine de recherche qu’il est possible de suivre en partie à l’Université de Polynésie française.

Enfin, le programme INTEGRE* auquel prend part le Service de la Culture et du Patrimoine travaille actuellement sur la vallée de Papetoai (domaine Opunohu), les données rapportées par la thèse de Hianui Cauchois peuvent s’avérer importantes pour le programme de recherche en cours.

* INTEGRE (Initiative des Territoires pour la Gestion Régionale de l’Environnement) est un programme de développement durable financé par l’Europe et qui concerne des projets, sur des zones ciblées et avec le concours des populations, situés en Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie et à Wallis. Pour en savoir plus : www.europa.eu.

- La vallée de Papetoai au 16ème siècle : un bastion (Hiro’a n° 95 - Août 2015) (à télécharger)