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Le marae Mahaiatea va peut être se relever (Hiro’a n° 88 - Janvier 2015)

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Qui n’a jamais été saisi par la splendeur de ce marae dont le souvenir, gravé par le capitaine James Wilson en 1799, nous laisse imaginer la grandeur et le mana qui entouraient ces édifices sacrés ?...

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Source : « Rapport d’état des lieux pour le projet de réhabilitation du marae Mahaiatea », par Delphy Trafton et Christiane Dauphin, du bureau Archéologie et Histoire du Service de la Culture et du Patrimoine.

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Qui n’a jamais été saisi par la splendeur de ce marae dont le souvenir, gravé par le capitaine James Wilson en 1799, nous laisse imaginer la grandeur et le mana qui entouraient ces édifices sacrés ? Aujourd’hui, il reste du marae Mahaiatea des ruines du temps passé et une histoire tumultueuse. Un héritage précieux qui pourrait bien reprendre vie un jour ...

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Situé en bord de lagon à Papara, le marae Mahaiatea était connu pour être le plus grand marae de Tahiti. L’édifice aurait été érigé à partir d’une pierre du marae Tooarai de Papara, construit par Teriinui o Tahiti, celui de Mahaiatea ayant été à l’initiative de Purea et Amo pour la consécration de leur fils Teri’irere i outu rau na To’oara’i. Ce marae, construit entre 1766 et 1768, était dédié au dieu Oro, dont l’image sacrée avait été transportée par le grand prêtre Tupaia en pirogue lors du pillage du marae Taputapuatea de Ra’iatea par les guerriers de Bora Bora. Selon la légende, Rua-hatu a posé la pierre de fondation de Mahaiatea après le déluge. « Et lorsque les habitants lui demandaient qui était-il, il répondait « Eatua vau i te maha’i atea » (je suis un dieu d’apaisement prolongé). De là vient le nom donné à cette pointe et au marae »*.

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Une architecture singulière

Le premier à avoir fait la description de ce marae est le capitaine Cook, en 1769. Il détaille avec précision ses dimensions* (voir notre encadré) en le qualifiant de « spécimen magnifique d’architecture indienne ». En effet, l’architecture pyramidale du marae Mahaiatea n’est pas sans évoquer celle des temples mayas.

Le deuxième témoignage provient de Wilson, capitaine du Duff, en 1799 : « Ce marae est une énorme pile de pierres de forme pyramidale sur une surface rectangulaire, il est constitué d’une série de dix marches (…). C’est une construction étonnante et il leur a fallu d’immenses efforts et un temps très long pour apporter toutes ces pierres, ainsi que pour tailler les dalles de corail avec les instruments dont ils disposaient à l’époque ». On imagine sans peine la fascination qu’a dû susciter cet édifice imposant, entre lagon et végétation…

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De temple divin à carrière pour travaux…

Nous le savons, la culture ancestrale polynésienne a bien failli complètement disparaître suite à l’arrivée des Européens au 18e siècle et l’implantation du christianisme au 19e siècle, emportant avec lui la plupart des témoins des croyances polynésiennes. Délaissés, désaffectés, les marae, s’ils n’avaient pas déjà été détruits, devenaient alors des carrières profitables ! En témoigne la destinée du marae Mahaiatea, dont les pierres servirent, au 19ème siècle, à construire chemins et pont. Quant aux coraux, ils ont été utilisés pour fabriquer de la chaux. En dehors des dégradations humaines, la mer a aussi emporté des pans entiers de mur au cours des deux derniers siècles.

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Vers une renaissance

Les premières études de la structure ont été réalisées par l’ethnologue Handy en 1925, puis, en 1933 et d’après ces données, l’archéologue Kenneth P. Emory établit le plan de reconstitution du marae. Il a été classé au titre des monuments à protéger en 1952. En septembre 2013, le ministère du Tourisme a sollicité le service de la Culture et du Patrimoine pour évaluer le coût d’un éventuel projet de réhabilitation du marae Mahaiatea. Il s’agit d’un projet aussi ambitieux que souhaitable, bien que l’état de la structure ne permette pas une restauration totale dans la mesure où la cour est morcelée en terrains privés.

D’après le récent rapport des archéologues du service de la Culture et du Patrimoine, seul le ahu pourrait un jour faire l’objet d’une réhabilitation partielle. Mais même s’il ne reste que des vestiges éboulés, le site n’en demeure pas moins impressionnant et digne d’intérêt… ◆

Pour en savoir plus sur l’histoire des marae, rendez-vous sur www.culture-patrimoine.pf.

UNE ARCHITECTURE SINGULIÈRE...

Voici la description du marae Mahateia par Cook*, en 1769 : « C’est une pyramide rectangulaire dont la base mesure 81 m par 26,50 m, le gradin du sommet mesure 54 m par 2,13 m. Les 11 gradins de 1,20 m chacun correspondent à une hauteur de 13,50 m. Chaque gradin consiste en une rangée de roches coralliennes carrées, très bien taillées sur lesquelles sont posées d’autres pierres à bout arrondi confectionnées uniformément. Les images sacrées étaient placées sur cet autel pendant les cérémonies religieuses. La cour pavée mesurant 88 m par 81 m était entourée d’un mur en pierre bas. »

Il existe d’autres témoignages de marae à gradins en Polynésie - marae Arahurahu
(Pae’a), marae Nu’urua (Ha’apiti) ; Marae ahu o Mahine (Opunohu) - mais pas aussi
imposants et colossaux que Mahaiatea.

*James Cook, « Captain Cook’s journal during his first voyage round the world »
**James Wilson, « Missionary Voyage to the Southern Pacific Ocean in the Ship “Duff” ».

- Le marae Mahaiatea va peut être se relever (Hiro’a n° 88 - Janvier 2015) (à télécharger)

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