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Sacrés animaux marins ! (Hiro’a n° 76 - Janvier 2014)

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Le 3ème congrès international des aires marines protégées (AMP)***, qui s’est déroulé en octobre dernier à Marseille, était notamment placé sous le signe de la culture. L’antenne AMP de Polynésie et le Pays ont été consultés. A ce titre et pour le Service de la Culture et du Patrimoine, Natea Montillier Tetuanui nous dévoile la place et le rôle des esprits protecteurs souvent incarnés par des animaux, les tāura.

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Le 3ème congrès international des aires marines protégées (AMP)***, qui s’est déroulé en octobre dernier à Marseille, était notamment placé sous le signe de la culture. L’antenne AMP de Polynésie et le Pays ont été consultés. A ce titre et pour le Service de la Culture et du Patrimoine, Natea Montillier Tetuanui nous dévoile la place et le rôle des esprits protecteurs souvent incarnés par des animaux, les tāura.

« Selon la tradition orale, l’esprit d’un défunt, appelé tāura, peut se manifester
aux humains en apparaissant de façon inattendue sous diverses formes : un grillon, un oiseau, un lézard, un chien, un homme, une raie, un cent pieds, une chenille, une anguille... qui elles mêmes sont liées à un dieu. Les espèces auxquelles nous allons nous intéresser plus particulièrement sont en rapport avec le thème des aires marines protégées : requin, tortue, baleine...

Un tāura pour chaque famille

Chaque famille polynésienne a un ou plusieurs tāura. Seuls les initiés savent remarquer, respecter, apprécier leur présence et éventuellement décrypter leur message.

Dans la légende, la belle cheffesse Huri-i-te-mono’i vogue sur le grand requin Tama-’ōpū-rua, escorté par la baleine Roi.

Le demi-dieu, Tāfa’i part à la conquête d’une femme, Te’ura, accompagné de son tāura, le requin Tere-mahia-mā hiva.

Les tāura peuvent apparaître en présage au tahu’a marae (spécialiste de rituels)

Selon Xavier Caillet* un requin, tupuna Fenuapeho, tāura fēti’i (familial), avait annoncé à la cheffesse Mano sa mort prochaine.

Dans les légendes, les tāura peuvent aussi apparaître en monstre mythique et vengeur (bénitier, espadon, carangue, fantôme) que seul un demi-dieu peut vaincre, tel Rātā.

La tortue, un tāura prestigieux

En tahitien, tortue se dit honu, qui évolue dans les profondeurs (hōhonu) ou tīfai, mot rattaché à fai (jeu des ficelles) et tīfaifai (couvre-lit à appliques) car sa carapace semble être une jonction de pièces. Matariki désigne, en pa’umotu, la tortue femelle et aussi la saison de l’abondance annoncée par les Pléiades dans le ciel.

Après une offrande de tortue au dieu puis au chef, seuls quelques anciens privilégiés, liés au tāura, gardaient la carapace, symbole de rareté, fertilité, ténacité, dans le fare tini atua (maison des dieux). L’écaille servait aux ornements pa’ekaha et uhikana (coiffes) et aux outils prestigieux des chefs.

Marae et taura

Sur les marae dédiés à ‘Oro, les pierres étaient taillées en forme de tête de tortue très esthétiques, elles apportaient au chef un grand prestige.

Sur le marae, un to’o (effigie sacrée) de baleine représentait Ta’aroa (dieu créateur) et une sculpture du requin bleu, son messager. Le choix de la peau de requin pour la confection d’un pahu (tambour) apportait prestige et protection.

Manu signifie oiseau, amant, animaux. Le ‘ōtaha (Fregeta minora) est une des incarnations de Ta’aroa. Les plumes que les pi’imato (grimpeur de falaise) obtenaient étaient très prisées (noir, vert). Les jaunes et rouges ornaient le to’o**, les chefs, le dieu de la guerre ‘Oro-hu’a-manu. Le fabuleux oiseau de mer rouge était le favori du dieu Tāne. Jusqu’en 1768, des sculptures d’oiseau ornaient les unu (branche sculptée pour offrande) sur le marae, et aussi, le faîte de la maison de Pōmare I.

La baleine et la tortue étaient tapu (interdites) parce que sacrées : réservées aux chefs et classes supérieures jusqu’à la fin du XVIIIème siècle, lors de l’arrivée du christianisme, les femmes ne pouvaient en manger.

De nos jours encore, les Polynésiens rendent hommage à leurs tāura de la mer, à travers leurs légendes, leurs ornements et leur pêche très réglementée selon certains anciens rituels ou coutumes. »

Culture et nature ne font qu’un

« Si les aires marines protégées (AMP) de Polynésie*** n’entretiennent pas un lien direct avec la tradition des animaux marins protecteurs, elles se doivent néanmoins d’en faire état.

L’objectif des AMP est de gérer et de protéger durablement le milieu marin ; ce sont des espaces délimités en mer où l’homme, et notamment les usagers locaux, se fixent des objectifs de protection de la biodiversité, des écosystèmes mais également de la culture et des traditions associés à cet environnement. La place de la culture dans la gestion des aires marines protégées est centrale en Polynésie car les modes de gestion traditionnels et des ressources (rāhui), sont encore aujourd’hui utilisées et la législation moderne leur vient en appui. »

+ d’infos : www.aires-marines.fr/L-Agence/Organisation/Antennes/Antenne-Polynesie

*BSEO n°87-88 de juin-sept 1949

**to’o : effigie sacrée

*** Il existe 4 aires marines protégées (AMP) en Polynésie : le PGEM (Plan de Gestion de l’Espace Maritime) de Moorea, la zone de pêche réglementaire de Tahiti et Tatakoto, le projet participatif d’aires marines éducatives des Marquises et la réserve de biosphère de la commune de Fakarava.

- Sacrés animaux marins ! (à télécharger)

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