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NAISSANCE D’UN ROYAUME CHRETIEN

A l’arrivée des Européens, Tahiti et les îles de « Polynésie orientale » ont une organisation sociale bien hiérarchisée. La terre est divisée en chefferies, avec à leur tête les Arii. Le pouvoir de chacune est déterminé par la généalogie, les alliances et la puissance guerrières de ses chefs. La plupart des navires étrangers débarquent sur les terres de la chefferie de Porionuu, en baie de Matavai (pointe Venus). Leur chef, Tu, qui va prendre le nom de Pomare, bénéficie alors de leur aide pour renforcer son prestige et imposer sa suprématie au reste de l’île.
Pendant quelques temps, seuls navigateurs et commerçants fréquentent les îles de Polynésie orientales et principalement Tahiti. Mais, en 1797, la Missionary Society de Londres se donne pour objectif d’envoyer des missionnaires dans les contrées lointaines et implante à Tahiti la première mission des mers du Sud.

I Une difficile implantation

L’arrivée du Duff
Le dimanche 5 mars 1797, le Duff, navire anglais, débarque sur Tahiti 19 missionnaires protestants. Ils demandent à Tu, une terre où s’installer. Il leur cède le district de Matavai. Les missionnaires se placent alors sous la protection de Tu. Les effectifs se renforcent de 15 missionnaires en 1801. Dans un premier temps, ils ne rencontrent qu’échecs et déceptions.

La guerre de Rua
De plus, la situation politique de Tahiti est tendue. Pomare I, avec l’aide des Européens a réussi a investir son fils Pomare II comme grand chef Arii rahi à Tahiti. Les autres chefferies ne se soumettent pas pour autant. En 1802, la guerre de Rua oppose Pomare I à Atahuru. Pare est dévasté et Pomare se réfugie à Matavai. La mission devient un camp retranché. Mais avec l’aide des marins du Norfolk, Pomare envahit et soumet Atahuru. Pomare I meurt en 1803.

L’écriture tahitienne
Malgré la détérioration du climat politique et l’insuccès de leur mission, les missionnaires persistent. Le pasteur Nott entreprend l’apprentissage de la langue, fait ses sermons en langue locale et rédige les premiers écrits en Tahitien. En 1805, les premières bases d’un alphabet tahitien sont posées.

La guerre Te tamai rahi ia arahurai
En 1808, la crise politique atteint son comble. Suite à une expédition punitive Pomare II contre la chefferie Te Oropaa, une coalition s’organise contre lui, jugé trop despote. Le soulèvement mené par Hitoti et Taute écrase les guerriers de Pomare. Celui est contraint de s’exiler à Moorea. Les missionnaires s’enfuient à Huahine puis à Port Jackson (Australie). Henri Nott demeure aux côtés de Pomare II.

II un roi protestant pour Tahiti

Conversion de Pomare II
A Moorea, Pomare II reçoit l’enseignement protestant. Il adhère au Christianisme et demande le baptême. Pomare réussit à reconquérir son pouvoir et revient sur Tahiti.

La bataille de Fei Pi
En 1815, la bataille de Fei Pi va confirmer le pouvoir de Pomare et asseoir la religion protestante. Les ennemis de Pomare, les clans de Oropaa et de Teva attaquent les pure atua, « les convertis » en réunion. Pomare qui est averti, riposte et gagne la bataille. Son autorité est reconnue par les habitants de l’île. Pour asseoir définitivement son pouvoir, il détruit les marae, lieu de culte des anciens, il brûle les statues, le dieu Oro est même renversé. Les Tahitiens sont nombreux à se convertir à la nouvelle religion, et parmi eux, on retrouve quelques grands chefs. Pour eux, Oro n’a pas su vaincre le dieu des missionnaires. Pomare consolide ses titres de arii rahi de l’île

Un roi, une religion, une nouvelle culture
En une vingtaine d’années, les missionnaires ont atteint leur objectif. Par la persévérance de certains, ils ont réussi à introduire le christianisme dans une société « païenne ». Les changements sont profonds à Tahiti. L’écriture a fait son apparition dans une société orale.

III un royaume chrétien

La centralisation des pouvoirs
Pomare II devient le chef absolu des îles du Vent, il maintient les autres chefs sous ses ordres. Son alliance avec les missionnaires britanniques lui donne une grande puissance. Désormais, il tient son autorité de Jéhovah, Dieu unique, occidental.
La hiérarchisation de la société tombe. Les Polynésiens sont de plus en plus nombreux à se convertir. Le protestantisme se répand très rapidement dans les îles.
Fort de son pouvoir, Pomare II décide de remanier l’organisation politique. Les missionnaires deviennent ses conseillers. S’il collabore avec eux son but est de gouverner seul.

Une société nouvelle
Jusqu’à présent, la coutume régissait la vie des Polynésiens. Les arii communiquaient les intentions des Dieux. Ils décrétaient le tabou, rendaient la justice et avaient le pouvoir de vie et de mort. Désormais, avec l’aide des protestants, Pomare II révise tout le système ancien mis à bas par la bataille de Fei-Pi en 1815.
Ce bouleversement religieux entraîne la réorganisation de l’île. Les missionnaires souhaitent faire de Tahiti une société exemplaire et rapprocher les Tahitiens de la « civilisation ». Ils veulent créer à Tahiti un Etat semblable à celui de l’Angleterre.

Un code de lois : E ture no tahiti
Afin d’établir cette nouvelle société, Henry Nott négocie avec Pomare l’instauration d’un code de lois. Empreintes très fortement du puritanisme protestant, ces lois tendent à abolir les coutumes locales : sacrifice humain, infanticide, danses…
Le code est édicté en 1819 et comprend 18 articles. Il est approuvé le 12 mai 1819 par l’assemblée des chefs de Tahiti réunit à cette occasion. Il ne comporte pas de dispositions constitutionnelles car Pomare veut garder le pouvoir absolu. Le modèle anglais de séparation des pouvoirs est rejeté par Pomare.
Les principes de la religion chrétienne sont mis en avant. Les insulaires sont soumis à des lois chrétiennes, instruites par des magistrats. Elles concernent particulièrement les peines liées aux fautes de mœurs et édictent des interdits et des obligations.
Quelques jours après la promulgation du code, le roi reçoit le baptême et incite ses sujets à suivre son exemple.