Accueil > Français > Patrimoine Historique > Histoire de la Polynésie française de 1797 à 1977 > POUR UN STATUT D’AUTONOMIE

POUR UN STATUT D’AUTONOMIE

Suite au référendum de 1958, et à l’arrestation de Pouvanna’a, le premier gouvernement tahitien est dissout et les pouvoirs accordés aux élus locaux sont réduits. Pour autant les revendications autonomistes sont toujours vives. L’implantation de CEP, en 1963, améliore l’économie locale mais suscite des mécontentements. Des campagnes anti-nucléaires s’organisent. John Teariki leader du Pupu Here Ai’a te Nuna’a ia ora « amour du peuple polynésien », ainsi que Francis Sanford et son parti Te E’a Api no Porinetia « la voie nouvelle de la Polynésie » militent contre le CEP et pour l’autonomie interne.
Après une longue partie de bras de fer avec la France, les autonomistes obtiennent un statut d’autonomie de gestion, qui est appliqué à partir de 12 juillet 1977.

I Le CEP, un cadeau empoisonné ?

L’Algérie accède à l’indépendance en 1962. Le Sahara ne peut plus être le centre d’expérimentation pour le développement de l’énergie nucléaire. Le choix du nouveau centre se porte sur la Polynésie. En 1963, le Centre d’Expérimentation du Pacifique, le CEP, est implanté aux Tuamotu. En 1964, les atolls du Moruroa et Fangataufa sont cédés à l’Etat français. Le 2 juillet 1966, un premier essai nucléaire a lieu sur l’atoll de Moruroa.

L’arrivée du CEP va bouleverser l’économie locale. Les apports en argent et en emplois transforment radicalement le niveau de vie des Polynésiens, à l’heure où l’on met fin à l’exploitation des mines de phosphates de Makatea (le 21 octobre 1966), où les cours du coprah et de la vanille sont au plus bas, où l’industrie de la nacre subit la concurrence du plastique et où la démographie est en hausse. L’aéroport de Faaa multiplie son trafic, le port autonome se développe considérablement.
Pour autant, l’avis des Polynésiens n’a pas été sollicité.

L’implantation soulève de vives polémiques. Les années 1972 et 1973 sont marquées par les campagnes antinucléaires. En juin 1973 a lieu le défilé à Papeete du « bataillon de la paix » ou « les français contre la bombe » qui regroupe beaucoup de personnalités françaises et polynésiennes des milieux politiques, scientifiques, culturels et religieux contre le nucléaire. Ce mouvement est porté très fortement par Francis Sanford (Te E’a Api no Porinetia), maire de Faaa et député de Polynésie française et par John Teariki (Pupu Here Ai’a te Nuna’a ia ora), député de 1962 à 1967.

II La lutte pour l’autonomie

Le combat pour l’autonomie se mène en parallèle du combat contre le CEP.
En novembre 1963, le RDPT est dissout par l’Etat sous le prétexte qu’un congrès du parti devait débattre de l’indépendance mais les revendications autonomistes sont reprises par John Teariki dans son parti Pupu Here Ai’a te Nuna’a ia ora « amour du peuple polynésien », crée en 1965. La même année, Francis Sanford crée son parti le Te E’a Api no Porinetia « la voie nouvelle de la Polynésie ». Les deux hommes s’unissent à partir de 1967 contre le CEP et pour l’autonomie interne.

En 1968, le Général de Gaulle gracie Pouvanaa o Oopa dans le cadre de l’anniversaire de l’armistice du 11 novembre 1918. Francis Sanford revient avec lui à Tahiti. Le retour du Metua est salué par la foule. Gracié mais pas acquitté, Pouvanaa ne cessera de demander la révision de son procès. Aujourd’hui, un certain nombre de documents tendent à prouver que son arrestation a été orchestrée par la France pour éloigner cet « indépendantiste » gênant.

Mais l’évolution politique de la Polynésie et le referendum a réveillé les revendications indépendantistes. En 1975, le parti indépendantiste Ia mana te nuna’a « que le peuple prenne le pouvoir » mené par Jacqui Drollet est créé, ainsi que le Te Ta’ata Tahiti Tiama de Charlie Ching. Suit en 1977, le Front de libération de la Polynésie d’Oscar Temaru, qui deviendra en 1983 le Tavini huiruatira no te ao ma’ohi « servir le peuple ».

III L’autonomie administrative et financière : 12 juillet 1977

La mise sous pression
Pour faire pression sur l’État français, les autonomistes bloquent l’accès à l’assemblée territoriale du 10 juin 1976 au 10 avril 1977 en juin 1976, Francis Sanford a démissionné de sa fonction de député à l’Assemblée nationale pour provoquer un référendum déguisé sur l’autonomie. Sa réélection en septembre 1976 est un plébiscite. Le Front uni est alors majoritaire à l’assemblée et Pouvanaa est sénateur.
Face à cette opposition, et dans un contexte politique français favorable, Valery Giscard d’Estaing et son gouvernement élaborent un projet d’autonomie de gestion qui est approuvé par l’assemblée territoriale. Le Statut est entériné par la loi du 12 juillet 1977.

La loi 77-772, premier statut d’autonomie
Par la loi 77-772, le territoire obtient l’autonomie financière et administrative et gère les affaires d’intérêt local dans le cadre prévu par la loi.
La grande avancée par rapport aux statuts précédents est l’obtention de compétences de droit commun pour le territoire, alors que l’Etat est désormais doté de compétences d’attribution. Le statut énumère donc la liste des compétences de l’Etat, toutes les autres compétences sont attribuées de fait au territoire.
Le titre de gouverneur est remplacé par celui de Haut-commissaire de la République. Le représentant de l’Etat français demeure le chef du territoire. L’exécutif n’est pas présidé par un élu local. C’est pourquoi, on ne peut pas parler d’autonomie interne.

L’exécutif local est composé d’un vice-président et de 6 conseillers de gouvernement élus par l’assemblée. Ils exercent leur responsabilité dans le cadre d’un Conseil de gouvernement. Le Conseil de gouvernement regroupe l’essentiel des compétences. Cependant l’assemblée peut mettre en cause la responsabilité du gouvernement par le vote d’une motion de censure.
En revanche, le haut-commissaire ne peut plus suspendre ou révoquer les conseillers de gouvernement.
Un conseil économique, social et culturel est pour la première fois mis en place. Il s’agit d’un organe consultatif.

Le statut de 1977 est une avancée dans l’autonomie, elle ne sera jamais plus remise en cause De lors, fervents défenseurs de l’autonomie, voire de l’indépendance ou anciens farouches opposants, n’auront de cesse de réclamer davantage d’autonomie. En 1984, ces réclamations amènent l’État français à instaurer un statut d’autonomie interne en Polynésie française. Le territoire conserve ces compétences de droit commun mais en plus un élu local exerce les fonctions de chef de l’exécutif. Les modifications du statut en 1990 et 1996 et le statut de 2004 confirment l’avancée politique vers une autonomie de plus en plus grande.