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1957 : PREMIER GOUVERNEMENT TAHITIEN

Depuis 1946, les établissements français d’Océanie sont devenue territoire d’outre-mer. Le mot de colonie n’est plus employé dans la constitution du la IVe République. La Polynésie a désormais une assemblée représentative élue au suffrage universelle. Cependant le pouvoir reste français.
La loi cadre Deferre du 25 juin 1956, va doter les assemblées représentatives de plus de pouvoirs et permettre une autonomie certaine par rapport à la métropole. Le 22 juillet 1957 la loi cadre Deferre est appliquée en Polynésie. En 1957, les EFO deviennent territoires de la « Polynésie française ». 1957 correspond à la première expérience de l’autonomie.

I Le statut de 1957

Quelle autonomie ?
Le statut d’autonomie accorde une large autonomie à l’assemblée, composée de 30 membres élus pour cinq ans au scrutin de liste à la représentation proportionnelle dans les 5 circonscriptions : îles du vent, (16), îles sous le vent (6), Australes (2), Marquises (2) et Tuamotu-Gambier (4). Elle élie un conseil de gouvernement qui a de réels pouvoirs exécutifs et délibère sur les projets de règlements : les délibérations. Les pouvoirs de réglementation générale détenus par le Conseil de Gouvernement concernent les affaires territoriales, comme la santé publique, les statuts de la fonction publique territoriale ou encore le commerce extérieur et l’artisanat, l’urbanisme et l’aménagement du territoire. Le conseil de gouvernement est composé d’un vice président et de 6 à 8 ministres. Il représente un véritable gouvernement local. Si le président du Conseil demeure le gouverneur, celui-ci voit pour la première fois ses pouvoirs limités.

Le RDPT au pouvoir
Les élections de novembre 1957 voient la victoire du RDPT.
Pouvanaa est élu vice-président du Conseil de gouvernement et Jean-Baptiste Céran-Jérusalémy est élu président de l’Assemblée territoriale.

L’ Union Tahitienne Démocratique dans l’opposition
Face au RDPT, l’opposition s’ unie. Elle est principalement issue de la bourgeoisie de Papeete. Le 17 avril 1958, l’Union Tahitienne Démocratique est crée et réunit cinq groupements politiques : l’Union Tahitienne, Indépendants, Indépendants d’action sociale, Union des cultivateurs et le Rassemblement du peuple océanien. Ils ne sont pas pour l’autonomie, mais pour une administration directe par la France. Leur programme : « défendre les droits de l’Homme et du Citoyen dans le cadre de la Constitution française, maintenir et consolider la présence française dans le Polynésie française, lutter contre l’autocratie et le despotisme et étudier toutes sortes de questions importantes d’ordre administratif, économique, financière, culturel et social intéressant le territoire et les présenter à l’assemblée et au gouvernement »

II La remise en cause de l’autonomie

L’affaire de l’impôt
Une fois au pouvoir, des dissensions apparaissent au sein du parti. Les compétences de certains étant contestées par les autres. Un grave conflit va opposer les dirigeants en avril 1958. Le gouvernement Pouvanaa propose l’instauration d’un impôt sur le revenu. Cette décision est très impopulaire. Un « groupement de défense des petits et moyens contribuables » se forment. Il est soutenu par l’Union Tahitienne Démocratique (UTD). Le 29 avril, ils assiègent l’assemblée territoriale. La tension est vive, le ton monte et des pierres sont lancées. Pouvana’a et le Conseil du gouvernement se voient obligés de retirer le projet. Instigateur de la proposition, Ceran-Jérusalémy se sent discrédité. Il démissionne et entre en dissension. Il est remplacé par G.Leboucher de l’UTD, parti de l’opposition.

Le référendum
C’est dans ce climat de tension que le général de Gaulle, revenu au pouvoir en 1958, propose aux colonies françaises de disposer de leur indépendance par voie de référendum. Les Polynésiens doivent donc choisir le 28 septembre, entre rester attachés à la France : le Oui, ou bien accéder à l’indépendance immédiate : le Non. Pouvanaa fait campagne pour le Non, alors que l’UDT recommande le Oui, ainsi que Ceran-Jérusalémy qui soutient une accession à l’indépendance plus progressive.
La campagne est rude mais inégale. Les églises soutiennent le Oui et l’administration est partiale et fait bénéficier les partisans du Oui de ses services. Le Oui l’emporte à 64%. Taux le plus faible de tous les territoires d’outres mer.

L’affaire Pouvanaa
Suite aux résultats, le gouverneur suspend le gouvernement. Des incendies criminels sont déclenchés dans Papeete, le metua est accusé d’en être l’instigateur. Il est arrêté le 11 octobre 1958, et condamné l’année suivante à huit ans de réclusion et à quinze ans d’interdiction de séjour.
L’assemblée territoriale se réunit en session extraordinaire et demande la dissolution du Conseil de Gouvernement. Il est dissout par le gouverneur le 28 octobre 1958. Le 14 novembre, l’assemblée choisit le maintien du statut de Territoire d’outre-mer et demande la reprise du pouvoir exécutif par le gouverneur et la limitation des pouvoirs du Conseil.
Le 23 décembre, une ordonnance met un terme à l’expérience de l’autonomie interne. Le poste de vice-président est supprimé, le Conseil est présidé par le gouverneur ou par son secrétaire général. Les conseillers continuent à être élus par l’assemblée au scrutin de liste, mais ils perdent le titre de ministre, ne sont plus responsables des services publics territoriaux et le gouverneur peut les suspendre ou les démettre. Le conseil de gouvernement garde un pouvoir collégial mais toutes les décisions sont prises par le gouverneur.