Accueil > Français > Patrimoine Historique > Histoire de la Polynésie française de 1797 à 1977 > LA COLONIE

LA COLONIE

« Les tahitiens n’étaient, et ne pouvaient être que les aimables figurants d’un jeu social qui les dépassaient : le pouvoir aux Français, la fonction publiques aux Demis, le commerce aux Chinois et la pêche et la culture des champs de taro aux Tahitiens. » Emile de Curton, gouverneur, 1940
A partir de 1880, la France exerce un contrôle total sur les Établissement Français d’Océanie, nom donné à la colonie des îles françaises du Pacifique Sud. Les différents gouverneurs vont garantir l’emprise de l’administration française sur la vie locale.

I la vie de la colonie

Le poids accablant de l’administration coloniale
Les gouverneurs ont des pouvoirs très étendus. Nommés pour deux ans en moyenne, ils se succèdent et méconnaissent la vie locale. La métropole intervient peu dans le fonctionnement de la colonie. Les rapports sont distendus du fait de l’éloignement géographique et du peu d’intérêt que la France a pour ces territoires ;
Le gouverneur est entouré de fonctionnaires métropolitains qui suscitent les jalousies des colons. Ils sont très bien payés contrairement aux locaux qui occupent des postes subalternes.

Les assemblées représentatives sont surtout un endroit où s’affrontent les rivalités personnelles et religieuses. Deux partis s’opposent le parti français et catholique et le parti « étranger » qui regroupe les protestants. Ils n’ont pas ou peu de pouvoirs et surtout pas le pouvoir législatif.
Les conflits entre colons et l’administration française sont fréquents, et concernent particulièrement les colons protestants. La religion est partie prenante dans les affaires politiques. Ainsi en 1928, le bijoutier et commerçant de nacre Georges Spitz, dit Loulou, fonde les comités patoi (d’opposition). Comités de soutien au candidat protestant Lemaire à l’élection de délégué au Haut Conseil des colonies contre le candidat catholique Candace. Dans le même temps, Loulou Spitz fait campagne dans les Tuamotu pour que les habitants se rebellent contre l’administration française qui exploite la production des nacres.

Les rapports tendus entre les élus et les différents gouverneurs vont souvent être à l’origine des changements d’assemblée. Petit à petit, les assemblées locales voient leur rôle limité. Entre 1886 et 1903, le Conseil général composé d’élus locaux limite un peu les pouvoirs du gouverneur. Mais face à l’opposition incessante concernant les dépenses locales, le gouverneur dissout le Conseil général et le remplace par un Conseil d’administration. Cette fois les représentants ne sont plus élus mais nommés, et leurs pouvoirs quasi nuls. Entre 1880 et 1946, les assemblées prendront différents noms : Conseil colonial, conseil général, conseil d’administration, délégations économiques et financières.

La société coloniale
La société coloniale est organisée autour des colons, des demis et des indigènes. A Papeete, une petite société urbaine se met en place composée de fonctionnaires, de militaires et de commerçants. Le métissage est de plus en plus important. Les colons épousent des descendants des grandes familles pour acquérir les terres et se rapprocher du pouvoir. Instruits et très européanisés, les demis vont occuper des emplois dans l’administration et le commerce.
La population vit de la production et de l’exportation de coprah, de vanille et de nacre. La production agricole et la pêche couvrent les besoins en produits alimentaires. La Compagnie française des phosphates de l’Océanie exploite les phosphates à Makatea de 1908 à 1966. De graves épidémies (varioles, rougeole, grippe) ont fortement atteint la population. Pour assurer la main d’œuvre, la colonie fait appel à des travailleurs d’origine asiatique.

II Les EFO et les guerres mondiales

La participation à l’effort de guerre
Les EFO participe aux deux conflits mondiaux. Un millier de « poilus » tahitien sont envoyés en France en 14-18, 300 ne rentrent pas.
Lors de second conflit mondial, la EFO se rattache à la France Libre et au Général de Gaulle. Le bataillon du Pacifique est surnommé « le bataillon des guitaristes ». Le gaullisme restera fortement représenté en Polynésie à l’image de celui de Francis Sanford.
Dans le cadre de la guerre du Pacifique contre les Japonais, une base américaine est installée à Bora Bora, où Francis Sanford est le délégué du gouverneur auprès des autorités américaines.

Les acquis de l’après guerre
La guerre a réveillé les revendications indépendantistes dans les colonies. La conférence de Brazzaville en 1944 au Congo entame le processus de décolonisation dans l’Empire colonial français. La France accorde la nationalité française à tous les Polynésiens qui ne la possédaient pas encore (Iles sous le vent, une partie des Australes, les Marquises et les Gambier) mais pas à la communauté chinoise. En 1946, dans le cadre de l’Union française, la IVe République française dote les colonies d’assemblées représentatives élues au suffrage universel. Le mot « colonie » ne figure plus dans la constitution. Les EFO deviennent un territoire d’outre-mer, d’autres colonies deviennent des départements ou encore des états associés.
Dorénavant, les Polynésiens vont élire leur député, leur sénateur au Parlement et leur conseiller au Haut Conseil de l’Union française. Mais le gouverneur conserve ses pouvoirs.

La position de l’ONU sur la décolonisation
Le 25 juin 1945 est signé la chartre de l’Organisation des Nations Unis (ONU). Elle prône en faveur de la décolonisation. Une liste est élaborée par les pays membres pour citer les pays à décoloniser.
A partir de la constitution française de 1946, les EFO perdent le statut de colonie au profit de celui de Territoires d’outre-mer, et ils disparaissent de la liste des pays à décoloniser.
Aujourd’hui, les indépendantistes et quelques autres réclament la réinscription sur cette liste. La nouvelle Calédonie a été réinscrite en 1988.
Plusieurs déclarations et résolution de l’ONU, notamment la résolution 1514 de 1960, continuent de soutenir la décolonisation.

La contestation du pouvoir français
L’arrivée continuelle de fonctionnaires venus de la métropole et le manque de maîtrise des dépenses de la fonction publique reste un sujet sensible.
La situation devient intolérable en 1946 lors du retour des Volontaires du Bataillon du Pacifique. Ils souhaitent un reclassement dans l’administration pour « service rendu à la France ». Mais le reclassement traîne, les bons postes sont déjà occupés et le flux de fonctionnaires métropolitains continue. Les anciens combattants forment alors l’Union des Volontaires dirigée par P.Tixier, E.Le Caill, J.B.Thunot et V.Raoulx.
Parallèlement, le 27 février 1947, Jean Baptiste Ceran-Jérusalémy, Anthelme Buillard, Jean Florisson et Pouvanaa a Opaa décident de créer le comité . Le but est d’en faire un parti politique avec des représentants dans chaque île ou district.
Leur slogan « Tahiti d’abord et pour les Tahitiens ». De nombreuses manifestations, réunions et pétitions animent le comité.

Affaire du Ville d’Amiens
Le 22 juin 1947, éclate l’affaire du Ville d’Amiens. Aidés par le comité, d’anciens combattants tentent d’empêcher trois fonctionnaires expatriés de débarquer du navire Ville d’Amiens. L’assemblée représentative a émis un avis défavorable à leur arrivée. Emprisonnés, acquittés, ils sont libérés au bout de cinq mois de préventive. et ses amis deviennent très populaires.

III Le débat politique autour de l’idée d’indépendance

En Polynésie, le débat politique n’est pas fondé sur l’opposition des groupes sociaux comme en France. La présence françaises détermine le positionnement politique : indépendantistes, autonomistes et les partisans de l’administration directe. Le débat politique est donc centré sur la question du statut politique du territoire. o Opaa va fonder le premier parti politique moderne pour défendre l’autonomie.

Création du RDPT par Pouvanaa a Oopa
En 1949, est élu député. Dans les semaines suivantes l’Union des Volontaires et le comité fusionnent et forment le Rassemblement Démocratique des Populations Tahitiennes (RDPT), le 17 novembre 1949. Le RDPT devient le premier parti politique polynésien et Pouvanaa en prend la présidence. Le programme : « Océanisation de l’enseignement et des cadres, Création de coopératives de production et d’achat pour lutter contre les intermédiaires, Impôt sur le revenu pour améliorer principalement le niveau de vie en milieu rural. réclame aussi l’égalité des lois entre la France et ses territoires d’outre-mer. »