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29 JUIN 1880 / LA FIN D’UN ROYAUME

En 1842, la reine, Pomare Vahine IV règne sur Tahiti, Moorea et les Tuamotu, Raivavae et Tubuai. Le clan Pomare a réuni ce royaume grâce au soutien des Européens, implantés en Polynésie orientale depuis la fin de XVIIIe siècle. La royauté a succédé à un système clanique, toujours représenté par des chefferies. Les missionnaires protestants arrivés d’Angleterre exercent une influence importante sur la population. bouleversent les modes de vie ancestraux. La reine représente le pouvoir exécutif. Le « code Pomare » en vigueur depuis 1819 est fortement marqué par les codes de lois européens et la bible.

Les crises politiques et religieuses ont marqué profondément le début du règne de Pomare vahine IV. La secte des mamaia a affaibli la religion protestante. La gestion du royaume est rendue difficile par la présence de plus en plus nombreuse d’étrangers. Les chefs mécontents sont favorables à l’appui des grandes puissances. Les consuls Pritchard et Moerenhout sont devenus les artisans de la prise de contrôle des affaires du royaume par les étrangers.
La crise diplomatique provoquée par l’arrivée des catholiques français ne pouvait être que le catalyseur d’une crise politique grave de conséquences. Elle a posé les jalons du protectorat, puis de l’annexion.

I La difficile instauration du protectorat français (1842-1843)

Demande de protectorat à la France
En 1841, Moerenhout profite de l’absence de la reine et de Pritchard pour faire signer au régent Paraita et aux chefs pro-français une demande de protection à la France. A son retour des îles Sous le Vent la reine proteste, les chefs se rétractent.

Ultimatum et signature
En 1842, les Français annexent les Marquises. Moerenhout demande à Dupetit-Thouars, basé là bas, d’intervenir à Tahiti. En août, ils posent un ultimatum à la reine. Elle est contrainte d’accepter. La demande officielle de protection est signée le 9 septembre.
La reine conserve sa souveraineté, l’autorité des chefs et la propriété foncière sont garantis. le 25 mars 1843, le traité de protectorat français est ratifié par Louis–Philippe, Roi des Français. Il nomme Armand Bruat gouverneur.

II La guerre franco tahitienne (1844-1846)

Une annexion arbitraire
Suite à un incident qui porte atteinte à sa souveraineté (l’affaire du pavillon), la reine dénonce le traité en 1843. Dupetit –Thouars, de sa propre initiative décrète l’annexion et fait débarquer les troupes françaises basées aux Marquises. Malgré ses protestations auprès du Roi des Français, la reine est déposée et se réfugie aux Iles sous le vent. En 1845, le roi Louis Philippe dénonce l’annexion et rétablit le Protectorat, mais la guerre va durer jusqu’en décembre 1846.

Soulèvement des Tahitiens
De nombreux chefs tahitiens soutiennent la reine et se révoltent contre les Français, entraînant avec eux une grande partie de la population. L’ Angleterre n’intervient pas. C’est le début de la guerre dite « franco tahitienne ». Malgré une forte résistance et de nombreuses batailles, l’armée française entraîne la défaite des troupes tahitiennes.

Renforcement du pouvoir français
Bruat est destitué et remplacé par le gouverneur Lavaud, fin diplomate. La reine rentre à Tahiti en 1847, un nouvel accord est signé. La France confisque presque tous les pouvoirs de la reine. Désormais, la France intervient dans l’administration intérieure du royaume et dans le fonctionnement de l’assemblée législative. Celle-ci est acquise au pouvoir français. A partir de 1866, les lois françaises s’appliquent peu à peu, hormis en ce qui concerne la propriété foncière.

II les bases de l’administration française : 1848-1865

Lointains Établissements d’Océanie
La France administre ses « Établissements d’Océanie » difficilement. Ses orientations politiques ne sont mal définies. Ce protectorat surtout été porté par Moerenhout et Dupetit-Thouars. Un protectorat anglais était plus logique. Mais, l’Angleterre a annexé la Nouvelle Zélande en 1840 (Traité de Waitangi), alors que les Français désiraient s’y installer. En contrepartie, elle a abandonné à la France les îles de Polynésie orientale.

L’assemblée législative sous la coupe française
La France s’appuie sur l’assemblée législative, constituée majoritairement des chefs, pour faire adopter une législation française. Le but est d’inculquer aux locaux les valeurs de la civilisation française. Ainsi, l’assemblée contrebalance le pouvoir de la reine. De nombreuses lois sont votées. Mais peu à peu, la France s’arroge l’initiative législative. L’assemblée perd de sa pertinence. A partir de 1866, elle cesse de se réunir.

Statut d’autonomie royale
Nommé en 1865, le gouverneur La Roncière a de mauvaises relations avec Paris et estime que la France manque d’ambition dans l’administration du protectorat. Il paye sa dissidence et est rappelé à Paris. Avant, il engage une reforme. Il estime que la reine doit gérer entièrement les affaires intérieures et que la tutelle de la France doit être diminuée. Il cosigne avec la reine une ordonnance portant sur la création d’un Conseil Général et sur un élargissement des pouvoirs de la reine. L’autonomie royale ne durera que 6 mois. La reine refusera de revenir en arrière et ne le fera que sous la menace d’une destitution.

III L’annexion du Royaume des Pomare par la France : 29 juin 1880

La France réaffirme sa position
En 1870, la IIIe République décide d’imposer un contrôle plus direct sur ses territoires océaniens. A la mort de Pomare Vahine IV en 1877, la France espère obtenir le contrôle total du royaume. Dès 1878, le gouverneur J.-F.Planche demande à Pomare V de se dessaisir de ses pouvoirs au profit des autorités françaises. Pomare V refuse.

Le royaume Pomare devient une colonie française
En 1880, le gouverneur Isidore Chessé renouvelle la demande. En échange, il promet au roi la conservation de ses titres, le paiement de ses dettes, les honneurs et préséances dus à son rang et une pension. Cette fois, il renonce à ses pouvoirs.
Le 29 juin 1880, à 9h00 du matin, il fait réunir les chefs et des représentants des districts et signe l’acte d’annexion à la France. Signé très rapidement, cet acte n’a pas le temps d’être contesté.
En contrepartie, Pomare V demande au gouvernement de la République de continuer à gouverner ses sujets en tenant compte des lois et coutumes tahitiennes. L’acte d’annexion sera promulgué le 30 décembre 1880. Les demandes de Pomare n’apparaîtront pas dans la ratification. Désormais, le pouvoir n’appartient plus au roi mais au gouverneur.