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La mémoire ravivée : les livrets "Te Arapo" (Hiro’a n° 63 - Décembre 2012)

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Le 22 octobre 2012, Pouira ā Teauna, dit Te Arapo aurait eu 101 ans : c’est la date que le Ministère de la Culture a choisi pour signer une convention avec les héritiers de ce célèbre conteur polynésien, autorisant la valorisation de ses savoirs, sauvés de la destruction puis recueillis dans des livrets dont la diffusion était jusqu’à lors suspendue. Doris Maruoi, du bureau de l’Ethnologie et des Traditions Orales du Service de la Culture et du Patrimoine, nous raconte l’histoire de cette aventure à laquelle elle a grandement contribué.

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Rencontre avec Doris Maruoi, du département des Traditions Orales au Service de la Culture et du Patrimoine.

La mémoire ravivée : les livrets « Te Arapo »

Le 22 octobre 2012, Pouira ā Teauna, dit Te Arapo aurait eu 101 ans : c’est la date que le Ministère de la Culture a choisi pour signer une convention avec les héritiers de ce célèbre conteur polynésien, autorisant la valorisation de ses savoirs, sauvés de la destruction puis recueillis dans des livrets dont la diffusion était jusqu’à lors suspendue. Doris Maruoi, du bureau de l’Ethnologie et des Traditions Orales du Service de la Culture et du Patrimoine, nous raconte l’histoire de cette aventure à laquelle elle a grandement contribué.

Pour commencer, qui était Pouira ā Teauna ?

Pouira ā Teauna (1902–1969) était enseignant. Il avait compris que le savoir polynésien disparaissait avec les anciens, c’est ce qui l’avait poussé à profiter de toutes ses affectations - Arue, Mataiea, Tautira, Makatea, Hitia’a ou encore Papeno’o - pour recueillir auprès des anciens histoires et légendes. Il avait ainsi compilé les noms de centaines de sites, des indications sur la toponymie des districts, des noms de marae…

Il a répertorié mais aussi transmis tout ce qu’on lui avait appris ?

Pouira ā Teauna avait animé une émission radiophonique intitulée « Te Arapo » sur la toute nouvelle « Radio Tahiti ». Une fois par semaine, il racontait en langue tahitienne les récits qu’il avait recueillis. Ses interventions étaient enregistrées. Lorsque Radio Tahiti est devenue ORTF dix ans plus tard, la direction prit la décision de se défaire de ces enregistrements. Francis Sanford, Vice-président du gouvernement, en fut alerté et chargea Maco Tevane, son conseiller culturel, de sauver ces archives. Elles furent mises en dépôt au musée du C.P.S.H.*, jusqu’au moment du transfert des contenus sur des bandes magnétiques où elles furent inventoriées. Ces documents sonores sauvés de la destruction représentaient une somme de 30 bandes de 60 minutes chacune correspondant aux enregistrements des récits datant de mai 1962 à juillet 1964.

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Stèle érigée en hommage à Te Arapo © SCP 2012

C’est ainsi que les émissions Te Arapo ont ensuite été transcrites ?

Oui, dans un premier temps, toutes les bandes ont été littéralement transcrites par le département des Traditions Orales, mais sans réel objectif. Ce n’est que dans les années 90 que l’on a pensé à les publier. L’Académie Tahitienne, consultée à ce sujet, a émis un avis peu favorable à une publication en l’état des transcriptions. On m’a alors chargé de les retranscrire en travaillant la forme de manière à rendre les écrits exploitables pour l’apprentissage du reo tahiti dans les écoles. A l’époque, le CPSH, ne disposant pas d’un juriste, personne ne s’était soucié des questions juridiques.
A la sortie du premier livret, un hommage a été rendu à cet homme de recueils le 08 octobre 1997 : une stèle lui a été érigée devant l’école Arue 1, appelée aussi Ahutoru, lieu hautement symbolique de la commune. En effet, c’est sur cette terre Ahutoru que se trouvent désormais réunis les trois hommes par lesquels notre langue de tradition orale est devenue écriture, à savoir : le révérend H. Nott, le roi Pömare II et Pouira a Teauna.
La population de Arue et la famille de Pouira ont été naturellement conviées à l’événement. Mais, craignant « une vaste opération commerciale » de la mémoire de leur aïeul – ce qui n’était pas du tout l’objectif - les membres de la famille se sont opposés à la diffusion des livrets, qui sont restés dormir depuis lors dans les bureaux du Service de la Culture.

Comment la problématique est-elle revenue à l’ordre du jour, plus d’une décennie après ?

Un soir de 2009, Roland Oldham, petit-fils de Pouira ā Teauna, était interviewé dans l’émission « œil pour œil » de John Mairai, qui lui posa la question de ces livrets en fin de débat. Roland Oldham déclara avoua qu’il ne voyait aucun inconvénient à leur diffusion. Voilà qui me motiva à repartir à la rencontre des ayant droits de Pouira. Entre les enfants, les petits-enfants et les arrières petits-enfants, 12 personnes étaient concernées par la question… Et, grâce à l’équipe du Service de la Culture et du Patrimoine – Teddy Tehei, chef du Service, Francis Stein, adjoint, responsable du département des affaires communes, Josiane Howell, juriste, etc.-, nous avons pu tous les réunir et leur expliquer notre démarche. Ils ont signé une convention autorisant la diffusion gratuite de 6 livrets dans les écoles.

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La collection « Parau nö te ’ai’a » © SCP 2012

Que trouve-t-on dans ces 6 livrets regroupés sous le titre « Parau nö te ’ai’a » ?

A l’origine, c’était un projet de publication de 12 livrets et au final, nous les avons regroupés en 6 dans le cadre de la constitution d’un matériel pédagogique. Le premier relate la toponymie des districts de Arue, Mahina et ‘Orohena. Le second aborde Teaharoa, ancienne subdivision politique de la côte Est de Tahiti qui allait de Papeno’o à Taravao. Le troisième concerne Tahiti Iti, et plus particulièrement la partie Est de la presqu’île. Le quatrième est consacré à Tafa’i, personnage héroïque qui traversa le chemin des âmes pour récupérer celle de sa bien-aimée. Le cinquième livret est un voyage aux îles de la Société et aux Tuamotu et le dernier parle de la navigation dans d’autres archipels de Polynésie française et du Triangle polynésien.

PRATIQUE
Les livrets de Te Arapo ont été distribués dans les établissements scolaires de Polynésie pour enrichir le matériel pédagogique destiné à l’enseignement du reo tahiti. Ils peuvent être consultés par le public à la documentation du Service de la Culture, ouverte du lundi au jeudi de 7h30 à 12h00 et de 12h30 à 15h30, et le vendredi de 7h30 à 12h00 et de 12h30 à 14h30.
+ d’infos : 50 71 77

* Le Centre Polynésien des Sciences Humaines, dissout en 2000, regroupait à l’époque le Musée de Tahiti et des îles, le département des Traditions Orales et le département Archéologie.

- La mémoire ravivée : les livrets "Te Arapo" (à télécharger)

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