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Le marae ogio de Anaa valorisé (Hiro’a n° 54 - Mars 2012)

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C’est à l’occasion du Makeva, 2ème édition du festival d’Anaa organisé en décembre dernier par l’association culturelle Putahi Haga no Ganaa, qu’un des marae de l’atoll a pu être réhabilité. Un des nombreux trésors culturels de cet atoll au patrimoine exceptionnel...

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Par Tamara Maric, archéologue au Service de la Culture et du Patrimoine.

Le marae Ogio de Anaa valorisé

C’est à l’occasion du Makeva, 2ème édition du festival d’Anaa organisé en décembre dernier par l’association culturelle Putahi Haga no Ganaa, qu’un des marae de l’atoll a pu être réhabilité. Un des nombreux trésors culturels de cet atoll au patrimoine exceptionnel...

Créée en 2000, l’association culturelle Putahi Haga no Ganaa œuvre à la promotion et la protection de la culture pa’umotu de l’aire « Parata »*. Recueil de légendes, de traditions orales, organisation de journées culturelles ou collaboration avec des scientifiques, cette dynamique association a récemment sollicité Tamara Maric, archéologue au Service de la Culture et du Patrimoine, pour réaliser la mise en valeur d’un des sites de l’atoll : le marae Ogio. Le marae Ogio a été relevé en 2009 lors de l’inventaire patrimonial de l’atoll réalisé par Putahi Haga no Ganaa, dans le cadre des travaux de recherche en ethnologie de Frédéric Torrente, alors doctorant. Il se situe sur le motu Okenu, au sud d’Anaa, dans l’ancien district de Tematahoa. Relativement conservé, il a souffert des feux de cocoteraie car le corail brûlé se casse et s’effrite très rapidement. Ne subsistent plus que deux pierres dressées (keho) sur le ahu, les autres tombées au sol et en morceaux sont trop fragiles pour être relevées. Ce marae appartenait à l’ariki Kehapuia. Son type architectural est le même que celui des marae de Fangatau et Fakahina : une plateforme basse forme le ahu, qui porte de grandes dalles dressées, et en face, dans la cour, la pierre dressée, siège de l’ariki.

Un travail collectif entre scientifiques et population

Le travail de conservation et de mise en valeur a été effectué avec l’aide d’une équipe de bénévoles composée de membres de l’association, de descendants du lignage lié au marae et de spécialistes dont l’archéologue Jean-Michel Chazine. Des éléments cérémoniels ont été confectionnés pour la reconstitution du marae, inspirés des écrits et dessins de Paea a Avehe** décrivant les cérémonies anciennes sur les marae de Anaa, à savoir : un enclos végétal, qui délimitait autrefois la cour du marae, des fata (tables d’offrandes), un fare kura (petite maison où étaient conservées les effigies du dieu), des tira (mats). Sur le ahu, les tapakau, tressés de palme de cocotier, représentaient les dieux, la coquille de bénitier placée au centre recevait les plumes rouges sacrées, et des carapaces de tortues étaient suspendues à l’arbre sacré…. Mais il a fallu se passer de ces dernières, la tortue étant une espèce protégée ! Enfin, face au ahu, se tenait l’ariki, assis sur son hinariki (pierre dressée et siège), portant les attributs sacrés du pouvoir : la coiffe, le pendentif en nacre, le maro kura, et sa lance. Toutes ces reconstitutions ont été rendues possibles grâce à l’impressionnant travail de recherches et de synthèse mené par Frédéric Torrente, docteur en Ethnologie, assisté des anciens de Putahi Haga no Ganaa.
L’association Pu Tahi Haga no Ganaa compte bien poursuivre ses actions culturelles et patrimoniales sur l’atoll, avec notamment un programme de recherches et de sensibilisation au patrimoine : formation au recueil des traditions orales et transmission, patrimoine archéologique, conservation des espèces naturelles et leur mise en valeur). La construction d’un éco-musée est également en projet depuis l’année dernière.

* L’archipel des Tuamotu comprend 7 aires linguistiques : Parata, Vahitu, Maragai, Fagatau, Tapuhoe, Napuka et Mihiroa. ** Paea a Avehe : né à Anaa en 1889, cet homme avait reçu les enseignements des anciennes traditions. Il fut le principal informateur des ethnologues de Hawaii dans les années 1930, et il écrivit des milliers de pages, conservées dans les archives du Bishop Museum.

- Le marae ogio de Anaa valorisé (à télécharger)

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