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ETUDE, MOULAGE ET TIRAGE D’UN GRAND PANNEAU DE PETROGLYPHES POUR LA SALLE PATRIMONIALE DE HATIHEU, ILE DE NUKU HIVA, ARCHIPEL DES ILES MARQUISES


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La baie de Hatiheu à Nuku-Hiva (crédit photo Pierre OTTINO)


ETUDE, MOULAGE ET TIRAGE D’UN GRAND PANNEAU DE PETROGLYPHES
(motifs anthropomorphes et animaliers) POUR LA SALLE PATRIMONIALE DE HATIHEU, ILE DE NUKU HIVA, ARCHIPEL DES ILES MARQUISES


Face aux bouleversements et processus d’acculturation, les Marquises ont entrepris par le biais d’associations, relayées par les communes, de sauvegarder des éléments de leur patrimoine oral, archéologique et environnemental, de plus en plus menacé par les modes de vie et aménagements contemporains. La Polynésie française et l’Etat se sont associés à ces initiatives qui permettent d’accompagner ces communautés dans leur recherche vers un développement choisi, harmonieux et durable.

L’organisation des festivals comme manifestations culturelles a engagé l’archéologie dans des entreprises d’études et de restaurations de sites connus, particulièrement remarquables, classés ou qui le mériteraient. Ainsi l’archéologie cesse, aux yeux des communautés locales, d’être une recherche extérieure à sens unique pour devenir un partenaire, oeuvrant de concert à la recherche scientifique, comme à la sauvegarde de leur patrimoine et au développement de projets, tant culturels qu’économiques.
Ainsi ce projet s’intègre dans des actions de protection et de valorisation de ce patrimoine, qui seront des « valeurs ajoutées » aux actions entreprises ces dernières années pour faire classer les Marquises au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

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Pierre OTTINO sur le terrain (crédit photo SCP)


Ces travaux de recherches et de valorisation fournissent donc à une culture, essentiellement fondée sur l’oralité, des éléments d’informations précis, des arguments de réponse vis à vis de l’extérieur et des lieux authentiques utilisés à des fins pédagogiques et culturelles. Ces derniers ont été restaurés avec une part de la population qui a ainsi réinvesti son patrimoine et sa culture par la mise au jour, l’étude et la mise en valeur d’une part de son patrimoine archéologique et environnemental. Ces sites, par l’intérêt touristique qu’ils suscitent, constituent également un atout économique pour les habitants de l’archipel, peu pourvu d’autres ressources. En effet, les sites archéologiques sont un des points forts systématiquement proposés aux visiteurs.

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Vue d’ensemble du panneau basaltique (crédit photo Pierre OTTINO)


Les sites archéologiques de la vallée de Hatiheu

Les travaux archéologiques sur Hatiheu, menés depuis 1996, s’inscrivent dans cette démarche et permettent, sur l’île principale de l’archipel, de poursuivre la valorisation d’un site remarquable qui est déjà fort apprécié des visiteurs : les ensembles des tohua Kamuihei, Tahakia et Teiipoka, qui seront certainement proposés au classement UNESCO. Un des atouts supplémentaire de ce site, outre son environnement et son agencement architectural, réside dans les nombreux pétroglyphes présents sur le site. Après la valorisation in situ d’espaces cérémoniels et de structures d’habitations anciennes, qui pourrait se poursuivre, une démarche complémentaire vise à présenter et à valoriser ce patrimoine par des éléments choisis de celui-ci, dans des lieux plus accessibles.

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Panneau basaltique comportant des motifs anthropomorphes associés à des représentations animalières (crédit photo Pierre OTTINO)


Projet de moulage du pétroglyphe de Hatiheu

Ainsi à Hatiheu, sur l’île de Nuku Hiva, le projet de moulage d’un grand panneau basaltique (de 7 m2 environ) comportant des motifs anthropomorphes associés à des représentations animalières, et la présentation de sa copie dans la toute nouvelle salle patrimoniale de la vallée, permettra d’exposer à un public, plus nombreux que celui qui a la possibilité de se déplacer sur le site-même, une représentation fidèle de cette œuvre. Ceci dans un contexte d’exposition et d’éclairage qui fournira au visiteur un cadre et les éléments nécessaires à une bonne découverte et une meilleure compréhension de cette iconographie polynésienne méconnue. Ultérieurement et afin d’enrichir cette pièce, il serait important de faire de même avec d’autres pétroglyphes, ce qui permettra de saisir une part de la richesse et de la variabilité de ce type de représentation, encore peu connue, car en grande partie enfouie sous la dense végétation de sites peu visités et parfois inconnus de beaucoup.

La nouvelle salle patrimoniale de la vallée de Hatiheu a été réalisée par Madame Yvonne Katupa, dans les anciens locaux de l’école maternelle. Elle permettra de conserver et d’exposer la collection d’objets archéologiques trouvés lors des campagnes de fouilles de Hatiheu et de ses vallées voisines que Mme Katupa a entrepris de conserver sur l’île depuis des années. Des meubles-vitrines d’exposition ont d’ores et déjà été acquis.

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Relevé des pétroglyphes du panneau basaltique (crédit Pierre OTTINO)


Mise en œuvre des moulages

De précédents séjours aux îles Marquises nous ont permis de relever de nombreuses pièces d’art lithique : pétroglyphes et tiki notamment, qui constituent un patrimoine unique en Polynésie, mais hélas aussi de constater leur vulnérabilité (érosion naturelle, incendies volontaires ou non, vandalisme souvent inconscient…). Le moulage et la prise d’empreinte, au silicone, de certaines pièces, ou parties de pièces, permettraient d’avoir un relevé fidèle des œuvres, avant des détériorations éventuelles ultérieures. Cependant ce travail ne peut se faire que par un spécialiste reconnu et au fait des techniques et précautions d’usages. Il s’agit de M. Claude Tribouillard, responsable de l’atelier de moulage de l’université Pierre et Marie Curie à Paris, au sein de l’UFR de chimie de l’Université. Il travaille dans un but de conservation, de restauration et protection du patrimoine. Il a ainsi, avec Jean Clottes, spécialiste de l’art pariétal préhistorique, effectué le moulage au silicone des grandes girafes du Niger, il a également moulé des sols archéologiques, des empreintes de dinosaures, travaillé dans des grottes ornées avec des archéologues, ainsi que sur des monuments historiques. Il est également en relation avec le laboratoire des monuments historiques de Champs-sur-Marne. Depuis peu, il est président de l’association pour la connaissance et l’évolution du moulage, dont le siège est à la manufacture nationale de porcelaine de Sèvres.

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Détail des pétroglyphes du panneau basaltique (crédit photo Pierre OTTINO)


Mission prévue

Claude Tribouillard et Pierre Ottino auront la possibilité de venir effectuer cette mission à la fin de cette année (2010). Actuellement, presque la totalité des produits ont été acquis, mais il faudra un financement supplémentaire afin de les faire parvenir jusqu’aux Marquises, depuis Paris. En effet ce matériel de moulage est volumineux et lourd (environ 1m3).

Futurs projets de moulages aux Marquises

Ce projet d’étude et de moulage de pièces d’art pariétal, sera une première en Polynésie française (en dehors d’un moulage effectué dans les années 50 sur le tiki Takaii de Puamau, au nord-est de Hiva Oa, par une équipe norvégienne et des récents tirages effectués pour le petit musée de Hokatu sur l’île de Ua Huka) et pourrait déboucher sur une étude et une valorisation ultérieure plus ambitieuse de l’art lithique de la région. Ces tirages pourraient permettre, par exemple, d’enrichir des musées et des expositions, à Tahiti même, voir ailleurs, pour mieux faire connaître cet art.
Conserver une empreinte fidèle de l’original, c’est également une façon de protéger ce dernier, d’observer et de constater l’évolution des roches originales en plein air et aussi d’alimenter la recherche sur l’étude de l’art océanien.

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Détail des pétroglyphes du panneau basaltique (crédit photo Pierre OTTINO)


Ce travail de préservation et de valorisation s’intègre à la valorisation du patrimoine archéologique de l’archipel et permet d’en apporter, sous forme de copie, un élément majeur pour le présenter dans un lieu public et très accessible. Ce projet pourrait également stimuler l’intérêt pour une campagne ultérieure de sauvegarde et de protection de l’art lithique, plus systématique et ambitieuse.

Pierre Ottino
Archéologue à l’IRD (Institut de Recherche pour le Développement)
CR1, membre de UMR 208 de l’IRD : Patrimoines locaux - Construction et valorisation des patrimoines et des territoires aux Suds, face aux enjeux mondiaux de la conservation, de la biodiversité et du développement durable.