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Nouvelles recherches archéologiques sur l’île de Ua Huka, archipel des Marquises



Depuis 2008, des travaux archéologiques ont repris sur l’île de Ua Huka , dans le groupe Nord de l’archipel des Marquises. Ces recherches sont menées par Guillaume Molle, doctorant à l’Université de la Polynésie française sous la direction du Pr. Eric Conte, dans le cadre de sa thèse portant sur la préhistoire de cette île.

L’importance de Ua Huka fut très tôt soulignée par les travaux de Y. Sinoto et M. Kellum-Ottino en 1964-1965 qui menèrent notamment une fouille sur le site dunaire de Hane, dont les résultats allaient permettre d’élaborer le premier modèle « orthodoxe » de peuplement de la Polynésie orientale.
Par la suite, plusieurs archéologues du CPSH - Centre Polynésien des Sciences Humaines (Edwards, Vargas, Millerstrom) ont procédé à des inventaires de sites et de pétroglyphes.

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Carte des vallées de Ua Huka (crédit - G.Molle)


A partir du début des années 1990, les travaux s’intensifient avec une série de missions conduites par Eric Conte, accompagné de ses étudiants. Ils aboutiront à la fouille du site dunaire de Manihina (en collaboration avec P.Sellier), ainsi qu’à des inventaires complets des monuments de surface dans plusieurs vallées : Manihina, Vaikivi (A. Noury et T. Maric), Hinitaihava, Hokatu (N. Tartinville) et Hanaei, et à plusieurs opérations de sondages (Hatuana).
Plus récemment, en janvier et février 2009, une nouvelle session de fouille extensive a été organisée sur le site de Hane (sous la direction de E. Conte et P. Murail), qui a permis de nouveaux contrôles stratigraphiques et une meilleure lisibilité de ce site clé.

Les travaux de G. Molle s’inscrivent dans la continuité des recherches antérieures, et participeront au final à une synthèse sur l’histoire pré-européenne de cette société marquisienne.

Organisées sous l’égide du CIRAP, trois missions se sont déroulées à Ua Huka en 2008 et 2009 et ont donné lieu à une série de rapports remis au Service de la Culture et du Patrimoine.
Elles répondaient à deux objectifs principaux :
-  Documenter l’extension de l’occupation humaine aux époques anciennes afin d’en comprendre l’organisation spatiale
-  Documenter la profondeur chronologique et les modalités de cette occupation (processus de colonisation, puis expansion de l’habitat) et définir plus précisément la culture matérielle associée aux différentes phases de son histoire.

La mission 2008 a consisté en l’étude approfondie de la vallée de Vainaonao qui forme le prolongement de la vallée de Manihina. L’inventaire de 54 structures (paepae, tohua, me’ae, structures de guet etc.) permettra de définir l’occupation type d’une vallée de la côte sud. Certains structures complexes posent également le problème de l’évolution diachronique des constructions, et des sondages réalisés sur certaines d’entre elles devraient fournir des éléments de réponse.

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Relevé en plan d’une structure d’habitat à Vainaonao VAN 35 avec en orange les blocs de ke’etu (crédit : G. Molle)


La mission 2009, de plus longue durée, a permis de documenter de manière approfondie l’ensemble des vallées de la côte Est, dont on sait par la littérature ethnohistorique qu’elles étaient placées sous le contrôle d’une seule tribu, les Noho-Kea. Ce mode d’occupation et de contrôle de plusieurs territoires par un même groupe humain était susceptible de fournir des éléments de comparaison intéressants avec les situations connues pour les autres vallées. Plusieurs déplacements ont ainsi permis d’inventorier plus d’une centaine de structures à Katoahu, Hanaei, Hanahouua et Toohapu .

Nous avons également mené une étude plus approfondie (par le biais d’une série de sondages) du site côtier de Hinipohue . Bien que son occupation ne remonte pas au-delà du 16e siècle A.D., ces fouilles ont révélé un matériel de pêche (hameçons, limes en corail, poids de pêche) associé à des habitats dunaires, offrant ainsi une vision plus précise d’une installation durable durant la dernière période pré-européenne, à un endroit réputé comme étant l’un des accès privilégiés aux ressources marines (pêche, ramassage des algues et des coquillages).

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Hatuana niveau E pavage (crédit photo : G. Molle)


Enfin, lors de la deuxième session conduite en 2009, deux semaines ont été consacrées à une fouille extensive du site dunaire de Hatuana , partiellement étudié par Conte en 1997 et 1999. Un four de la couche profonde, mise au jour sur le front de la dune ouest, avait fourni dans un premier temps une date très ancienne pour les Marquises, mais une seconde datation montrait au contraire une occupation plus récente. Afin de contrôler de manière précise la stratigraphie complète du site et définir de manière certaine les occupations successives de la dune de Hatuana, nous avons procédé à l’ouverture de 7 m². Six niveaux anthropiques ont été définis pour une occupation continue sur près de cinq siècles, avec des aménagements variés (bordures de pierre, pavage, zones de fours). Une importante collection d’hameçons (223 pièces) à différents stades de fabrication, a été découverte, fournissant un corpus d’étude actuellement en cours d’analyse.

Considérée depuis plusieurs années comme une « île-test » pour comprendre l’ensemble des processus d’évolution des sociétés anciennes, Ua Huka reste un lieu particulièrement intéressant pour mener ce genre d’investigation. Les recherches archéologiques en cours devront permettre de mieux connaître l’histoire pré-européenne de cette île.