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Histoire de la Cathédrale

Le 24 mai 1797, le Duff accoste aux Gambier. Les missionnaires de la London Missionnary Society sont à bord et ont un objectif : évangéliser les îles polynésiennes.

James Wilson, capitane du navire, baptise cet archipel composé de 14 îles hautes située à la latitude 20°20’ sud longitude 134°45 ouest, à 900 miles de Tahiti, et 1450 miles de Rapa nui, GAMBIER, en hommage à l’amiral protecteur de la mission religieuse. Le point culminant portera pour sa part, l’appellation du Mont Duff.

Si les protestants marquent leurs présence aux travers de ces deux appellations, ce sont bien les catholiques, en l’occurrence, les Picpuciens qui feront des Gambier, le foyer de diffusion ou du rayonnement du catholicisme en Polynésie Française.

1. LA TRADITION ORALE

Täfa’i pêcha les îlots et atolls des Tua-motu, puis celles de Ma’areva et leurs deux gardiens : Te-pärau-toko-rua et Te-pärau-toko-tea et enfin les îles Australes.

L’ancien nom de Mangareva est Nuku-matagi-ahu (BSEO n°20 - 1927). Maga-reva pourrait être traduit par (dictionnaire Stimson) "branche suspendue à l’aide d’une corde de kärava en guise de crochet pour suspendre des vêtements mouillés à sécher dans le vent" ou "montagne sur laquelle pousse l’arbre reva".

Selon la tradition orale, le peuple venu de Hawaiki (Tutuira à Samoa) s’établit pour une part à Mangareva vers 920, pour l’autre part à l’île de Pâques (Te-pito-ö-te-fenua) vers 950 et à Pitcairn (E-ragi) vers 1300. D’autres navigateurs polynésiens vinrent des îles de la société (peut-être ’Öpoa à Ra’i-ätea), de Nuku-hiva (Marquises), de Rarotonga vers 1200.

La langue mangarévienne recèle un vocabulaire présageant des talents de constructeurs de ce peuple.

- Des noms différents sont donnés à 7 sortes de coraux :

1. toka ’aka ’are (pour bâtir) ;
2. toka erero (pour lime à hameçon) ;
3. pü erero (pour décorer) ;
4. toka parera (pour bâtir) ;
5. puga pupia (blanc à l’intérieur, très tendre) ;
6. puga mokoe ;
7. puga vare ;

- Des noms différents sont donnés à diverses sortes de pierre :

1. verota : pierre calcaire blanche dure et solide, incrustée de corail et de coquillages.
2. tätaravera kakaraea : pierre volcanique rougeâtre.
3. tätaravera one : pierre volcanique poreuse.
4. tätaravera oaga : pierre volcanique résistant au feu.
5. poatu-tuma
6. poatu-maori : pierre volcanique noire qui explose au feu.
7. kina : pierre volcanique
8. iva : pierre volcanique
9. koma : pierre volcanique pour haches
10. ke’o tamata : pierre volcanique pour herminettes et limes
11. ke’o toki : pierre volcanique pour herminettes et limes,

- Des noms différents sont donnés à diverses sortes de sable :

1. one tea : sable blanc
2. one reureu : sable gris
3. one tuma : terre argileuse
4. one kurakura : sable rose
5. one mau : sable aggloméré
6. one kakaraea : argile
7. one repo taro : terre pour tubercules
8. one pa’u : sable sombre
9. one kura : sable rouge
10. one kurakura : sable rose
11. one paraoro : terre rouge des pluies

- Des anciens rites, subsistent les diverses sortes de chants : pe’i, kapa, putu, tagi, encore entonnés par les insulaires.

Les pe’i sont des chants accompagnés de danse.
Les putu se déclinent en putu kereta, kiara kopa, poroa, kökara, koki.
Les kapa et teki sont les chants des épopées (’atoga) ; le keko est une récitation de généalogie.

Avant la conversion au christianisme, les chants érotiques de la classe des tagitagi clôturaient les fêtes. (Buck p 185)

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La cathédrale Saint Michel et le vivier du roi © fonds SCP (crédit photo - Gérard Fenelon 1987)

2. LES GAMBIER AU XIXème SIECLE

La population des Gambier au XIXème siècle aurait été estimée à environ 5 000 personnes répartie sur quatre îles principales : Mangareva, Akamaru, Aukena et Taravai.

Le XIXème siècle est une période d’échanges voire de commerces. De nombreux navires occidentaux sillonnent les eaux du Pacifique. L’archipel des Gambier de par sa situation géographique devient rapidement et ce dans le milieu du siècle, un point de chute et de réapprovisionnement pour les navires de passage.

C’est d’ailleurs durant ce laps de temps que l’exploitation de la nacre pour la confection de boutons commence à prendre de l’essor et, que l’archipel devient le centre perlicole le plus important de la Polynésie.

3. LES GAMBIER BASTION DU CATHOLICISME

En 1825, la congrégation Picpucienne obtient le mandatement du Vatican pour une mission dans les îles. Ils choisissent les Sandwich ou Hawaii où ils se rendent en 1827. Mais la mission est un échec, en 1831 les religieux sont expulsés des îles. En 1833, la situation change, le Vatican divise l’Océanie en deux vicariats, les Picpuciens se voient octroyés celui du Pacifique Oriental.

Le 6 janvier 1834, quatre prêtres embarquent à bord du Sylphide, ils font escale à Valparaiso (Chili), plaque tournante du Pacifique. Ils font la rencontre du capitaine Mauruc qui déterminera de manière définitive leur choix sur les Gambier et, plus particulièrement Mangareva.

En effet, la situation à Tahiti est difficile, les protestants de la LMS ont la protection et l’assentiment de la reine Pomare IV, les catholiques ne seront pas les bienvenus.

Le 16 juillet, trois prêtres prennent la mer à bord du Peruviana et, atteignent Mangareva le 7 août 1834. La mission est un succès, les trois prêtres font édifier les chapelles d’Aukena et d’Akamaru dans un premier temps. En 1835, Monseigneur Rouchouze, premier vicaire apostolique dénombre plus de 200 catéchumènes et 188 insulaires prennent le baptême la même année.

Devant un tel succès, les catholiques se rendent à Tahiti en 1836, mais ces derniers sont expulsés du pays. Les catholiques devront attendre 1841 pour pouvoir exercer leur prêche sans pression aucune.

Toutefois, il faut attendre 1848 et la nomination de Monseigneur Etienne Jaussen pour que la mission prenne un nouvel essor. Voici d’ailleurs ce qu’il déclare :

« Nous sommes venus à vaincre les préjugés que les ministres protestants avaient inspirés aux Tahitiens contre nous. Il faudrait maintenant peu de choses pour les rendre catholiques. Rien ne peut mieux les décider que ce qui frappe les yeux. On les prend mieux par les sens que tous les raisonnements. Or rien n’est plus capable de les frapper qu’une église convenable et où nous pourrons étaler les cérémonies de notre culte et les opposer à la nudité du culte protestant. »

4. LA CONSTRUCTION DE LA CATHEDRALE DE RIKITEA

En 1835, une église provisoire est bâtie dans le village de Rikitea sur un ancien marae selon les dires de Gilbert Soulié, frère bâtisseur à l’initiative des monuments et édifices religieux aux Gambier. Cet ancien marae porta successivement les noms de Rua-Rikitea, Te-ke’ika (du chef Tupa dédié à Tü), puis Pöpï.

La pose de la première pierre de l’édifice a lieu le 17 janvier 1839.

La cathédrale doit être en mesure d’accueillir plus de 1000 personnes. Le plan de l’église qui a été élaboré par les religieux est impressionnant, Saint-Michel de Rikitea mesurera 50 m de long sur 17 de large.

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Plan de la cathédrale © fonds SCP ( crédit Gérard Fenelon 1987)


Les blocs de pierres doivent être extraits des carrières de Tahuna, Tekava et Konaku qui sont situés à 16km du village. Quant à la charpente, le bois est coupé à Akamaru.

Au mois d’avril 1841, l’édifice est quasi terminé, voici ce que déclare Gilbert Soulié :

« Nous sommes très occupés à couvrir notre cathédrale de tresses de coco et de feuilles de pandanus. La bâtisse est terminée et les 18 colonnes de l’ordre toscan sont debout supportant un entablement sur lequel repose une voûte appuyée sur une solide charpente. De chaque côté des colonnades en pierres de corail taillées, les deux nefs latérales sont éclairées par 9 fenêtres et une petite porte. Le pignon de la façade est percé d’une rosace et au fond du sanctuaire, se dresse le grand autel encadré, à droite et à gauche, de deux pièces appelées à servir de sacristie. »

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Cordes en nape (crédit photo - BCI HC)


Mais une violente tempête deux mois plus tard remet en question les travaux, la toiture s’effondre, les frères doivent la remettre sur pied. En deux semaines, la toiture est remise d’aplomb mais, il manque la construction du porche d’entrée et, des deux tours carrées qui ont été prévues sur plan.

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Plan de la façade de St. Michel © fonds SCP (crédit Gérard Fenelon 1987)


Quoiqu’il en soit, le 15 août 1841 la cathédrale est consacrée. Toute la population est présente :
« Les têtes se tournent et retournant distraites par toutes nos décorations ; piédestaux et chapiteaux de colonnes, chœur de 7m de long pavé en forme de damier ; maître autel à la romaine ; tabernacle décoré de grappes de raisins et chaire incrustée de fleurs en nacre et dents de cachalots… »

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Détail de l’autel © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)


En 1854, et après de multiples travaux de constructions, le frère Soulié s’attelle à la construction des tours du clocher de Saint-Michel de Rikitea. Pour le clocher, le plan d’édification est simple, il s’agit d’une porte et de deux fenêtres en façade, sans étage avec trois pièces à l’intérieur.

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Façade principale de St. Michel © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)


Le frère Soulié pose la cloche avant que ne s’achèvent complètement les tours. Le 5 novembre 1854, le clocher de Mangareva carillonne pour la première fois :
« Elle tinte comme les cloches du village ou je suis né. J’éprouve l’impression qu’avec cette cloche, mon œuvre est achevée. C’est la joie et l’admiration pour les Mangareviens. »

La cathédrale a fait l’objet d’un entretien quasi continu, la population y contribuant largement. En 1998, elle est repeinte de blanc et le contour des fenêtres romano-gothiques de bleu ciel.

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Christ au dessus de l’autel principal © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)


L’abondance d’étoiles de nacre et de perles rendent l’autel cossu. 8 grosses nacres scintillantes sur les croix de Jésus, 2 grands cœurs de nacre décorent le fond de la cathédrale, la vierge est couverte de perles allant du gris clair au noir, les hautes colonnes blanches sont ornées d’une belle frise bleue et le pourtour intérieur des fenêtres de grosses étoiles bleues.

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L’autel avec la statue de la Ste Marie © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)


Des chandeliers de verre ornés de bougies blanches offrent un éclairage tamisé lors des célébrations nocturnes.

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L’autel de St. Michel © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)


La restauration de la charpente en gros madriers de ’uru et corde de nape (corde de bourre de coco), la voûte en ’areto (tahitien : ’aretu, Graminée, roseau de marécages, Cymbopogon refractus, appelé aussi Typhaceae,Typha dominsensis) sollicite le savoir-faire des Ouvriers de France.

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La façade de St. Michel (crédit photo BCI HC)

La cathédrale de Saint Michel de Rikitea est un joyau d’architecture religieuse. Les matériaux qui ont été utilisés pour son édification sont spécifiques qu’il s’agit de pandanus, de bois tressés pour sa charpente, mais aussi de blocs de corail pour ses murs.
Que dire de sa décoration, où la nacre domine largement !
Si la cathédrale de Papeete construite à partir des années 1850 est le monument le plus connu, on ne peut ignorer le fait que la cathédrale Saint Michel de Rikitea reste le premier bâtiment d’envergure construit dans un archipel éloigné.

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Vue de l’intérieur de St. Michel (crédit photo BCI HC)
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Les deux tours de St. Michel © fonds SCP (crédit photo - M.H. Villierme 1999)
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Vue de l’intérieur de St. Michel (crédit photo BCI HC)