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La pirogue et la compétition - Te va’a, te tata’ura’a


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tableau lexical

- Les pirogues à balancier traditionnelles : Elles sont taillées dans un tronc évidé le plus souvent (Ellis). En Afrique, les pirogues, aussi taillées dans un tronc évidé, n’ont pas de balancier. Bien que les arbres soient plus abondants aux Iles de la Société, les pa’umotu (habitants des Tuamotu) sont réputés très habiles constructeurs (Ellis), ainsi que les gens des Iles-sous-le-vent (Cook). Elles sont construites dans 1 ou 2 arbres selon l’usage. Elles sont munies d’un balancier simple ou, plus rarement, d’un balancier ayant aussi une forme de bateau étroit. (Cook)

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Pirogue traditionnelle de pêche de Maiao © Rahiti Buchin

- Les pirogues traditionnelles sans balancier : Ellis raconte la venue d’un homme à la rencontre du navire sur un "plat en bois".

- Les pirogues de course : Elles sont très bariolées, très élancées ;
Les matériaux de la pirogue ont changé. On est passé du bois taillé au moulage en fibre de verre, plastique, fibre de carbone (plus résistant, plus léger, plus onéreux). La forme est affinée par un shaper comme pour les surfs.


Les rames familiales ou de compétition étaient autrefois semblables. En 1981, sous l’influence américaine, l’inclinaison de la rame et du manche, le T qui termine le manche sont adoptés pour la compétition, pour une meilleure prise. Les fabriquants spécialisés s’attachent aussi à leur esthétique. Le rameur commande sa rame en fonction de la longueur du bras.

- Construction de la pirogue : Autrefois, les constructeurs appelés tahu’a-va’a,‘ahitu ou te-varu (qui grattent), tahu’a päpa’i va’a, tahu’a tarai va’a invoquaient les dieux Täne, Ta’ere, Te-fatu et Ta’aroa avant d’entamer leur travail.

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Raivavae - Fabrication d’ une pirogue © Fonds SCP (crédit photo Edmundo Edwards 1991)


Ils n’utilisaient que des cordages naturels pour hâler les immenses troncs, et des outils sans métal pour débiter le bois : gouges, haches ou herminettes (to’i) de pierre polies avec un petit caillou, corail broyé et un peu d’eau, parfois gouges et herminettes en coquillage (bois tendre). (Cook)

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Rurutu - La pêche au nanue © Fonds SCP (crédit photo Eric Conte 1981)


Ils taillaient dans du bois de vï Tahiti (Pomme cythère, Spondias dulcis), hutu (Barringtonia speciosa), pürau (surtout pürau ahua, Hibiscus tiliaceus), faifai (Serianthes myriadenia), tähinu (Tournefortia argentea), toi (Alphitonia sp.) et aussi aujourd’hui : ‘uru, manguier, falcata. Le tou est trop lourd.
De nos jours, elle est fabriquée en fibre de verre, en fibre de carbone, et bâchée pour résister aux entrées d’eau en pleine mer.

-  Mythe : Dans la mythologie, la pirogue accompagnait les actes héroïques des demi-dieux Hiro, Täfa’i, Rätä, Mäüï.

- Chant traditionnel : migration : Na pua riki te vaka, te tere mai nei Hawaiki nei...
coupe de l’arbre : légende de Rätä : Tü te räkau tü

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Hiva Oa, Marquises - Arrivée de la pirogue double de Hiva Oa - Festival des Arts aux Marquises 2003 © Fonds SCP (crédit photo Tutana Tetuanui)

- Théatre : Matari’i : Valérie Gobrait, auteur polynésienne, illustre la connaissance polynésienne de la navigation, de l’astronomie.

- Peinture :
Tableaux de Bobby Holcomb, Huzé, Ravello et autres (pirogues)…

- Architecture :
Fare va’a, maison qui servait d’abri aux pirogues dont la charpente ressemble à une coque de grosse pirogue renversée.

- Langue :
Va’a mata’eina’a désigne l’ensemble de la population du district.

- Pourquoi les gens sont ils attirés par ce sport ?
1. Homme ou femme, le rameur désire perfectionner la beauté de son physique, sculpter son corps. Dans cette optique, le 1er objectif est d’éliminer la graisse. C’est un sport aux efforts intenses, qui permet au rameur en dépassant ses limites d’atteindre un plaisir intense. Il y apprécie la vitesse, le silence (à part le bruit de la rame dans l’eau et des instructions hélées), la nature (la mer, le vent, le soleil.

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Pirogue traditionnelle de pêche de Maiao © Rahiti Buchin


C’est la rivalité de districts, la course au prestige ancestrale qui se perpétue avec les tiurai (fêtes de juillet) dans les années 1960, puis les heiva.
Ce sport rappelle l’attachement des Polynésiens à la mer, le goût d’un travail communautaire, l’endurance physique, le respect de la cadence pour les rameurs, et pour le barreur le bon choix du rythme, la connaissance des courants, des vents, des vagues, de la houle.
2. C’est un exutoire à l’agressivité, le stress, les tensions de la vie moderne. Il apaise par l’effort physique et le contact avec la mer. Il en résulte une grande relaxation, une profonde détente.
Parce que c’est un sport qui rallie l’individu à ses ancêtres, il contribue à la quête d’une identité polynésienne : Les gestes répétés et la difficulté de la tâche exigent une maîtrise de l’esprit et une endurance physique exceptionnelles.
Alors que la pirogue servait autrefois à se déplacer, se nourrir, envahir, fuir, elle atteint par ce sport une renommée internationale. La compétition se décline selon les diverses catégories – täta’ura’a, fa’atïtïäuara’a va’a :
va’a hö’ë pirogue à 1 place : 1 seule épreuve dans l’année, au heiva ;
va’a toru pirogue à 3 places ;
va’a ono pirogue à 6 places ;
va’a tau’ati pirogue double à 16 places : 1 seule épreuve dans l’année, au heiva.
Dans l’année les diverses compétitions sont
fa’a’ati i Mo’orea : en juin
fa’a’ati i Tahiti : en juin
Heiva en juillet
‘Aito et Super ‘aito après le Heiva : 1 épreuve, en août
(u’i toa 1996, 97, 98) Hinano cup entre février et avril : 4 épreuves
Havaiki nui va’a en octobre-novembre

- Rôles sur la pirogue : Celui qui donne la cadence, le leader - fa’ahoro - occupe le 1er siège. Les rameurs suivent le rythme de son coup de rame.
Le moteur - tärë : en 2e, 3e ou 4e position sur une pirogue de 6, est celui qui lance des appels pour donner la cadence et avertir quand la rame change de côté.
Le täpena (capitaine) est celui qui donne les instructions à l’équipe : par exemple :
- fa’a’äfaro (redresser)
- fa’aroa atu i te hoe (allonger le geste)
- ‘äfa’i i te hoe (retrouver la cadence)
- taora i te hoe fa’ahou atu i mua (jeter la rame plus avant)
- ha’ape’epe’e (dépêchez-vous) ,

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Hanaoua, Tahuata - Mise à l’eau d’ une pirogue © Fonds SCP 1984


Le capitaine est souvent le tärë, généralement assis en 4e position sur une pirogue de 6, mais tout rameur sur la pirogue peut contribuer à ce rôle.
Le pëperu, barreur, guide la pirogue, doit analyser rapidement et au fur et à mesure les éléments tel que la résistance de la pirogue au contact de l’eau, les vents, les courants, les vagues ; il essaie d’en tirer avantage, adapte ses choix de trajet, calcule en fonction des changements de vent... Sa rame sert surtout de gouvernail.
Lorsqu’une équipe (pupu) gagne, c’est signe que les membres sont solidaires dans l’endurance, la rigueur de l’entraînement, la cadence, la confiance mutuelle.
Lorsqu’une équipe perd, souvent, la mésentente est née d’une seule personne.

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La mise à l’eau de la pirogue Fa’afa’aite © Fonds SCP 2010

- Mise en garde :
1. Aspects négatifs de la pirogue de compétition, danger : Le dopage est insuffisamment contrôlé. Le recours aux suppléments vitaminés et excitants ont une répercussion négative sur tout le corps : perte d’énergie à la longue, agressivité.
2. Respect de l’environnement : Le SCP recommande aux rameurs et bateaux suiveurs de respecter la propreté des cours d’eau, rivages, bords de mer, lagon, mer qui est aussi un garde-manger.
3. Les sportifs polynésiens ont pour coutume de fêter la fin de la compétition en consommant de l’alcool en grande quantité, ce qui est fortement déconseillé après un effort intense car les organes vitaux en pâtissent davantage (foie).

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schéma d’une pirogue
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schéma d’une pirogue à voile


Bibliographie :
Te terera’a, Eric Conte ;
Les pirogues polynésiennes, Hayden ;
Polynesian researches : Society islands, Tubuai islands and New-Zeland, William Ellis, 1e éd 1900, rééd Charles E. Tuttle Co, Japan, traduction française, publication de la Société des Océanistes, 1972 ;
Journal du 1er voyage, James Cook, Elliot Stock, 1893, Australia, 1968 ; gravure de Tobin ;
Natira’a, N.Montillier, Musée de Tahiti et des îles 2001,
Tahiti aux temps anciens, Teuira Henry, éd HNL 1928, Publication de la Société des océanistes n°1, Musée de l’homme, version française de Bertrand Jaunez , Paris 1962.
Dictionnaire tahitien-français, Académie tahitienne - Fare Vana’a, Tahiti, STP Multipress, 1999.