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EIAO : BILAN ET PERSPECTIVE


EIAO : BILAN ET PERSPECTIVES


Placée sous l’égide du CIRAP, la première mission archéologique que Michel CHARLEUX a menée sur Eiao du 1er Mai au 20 Juin a été riche en découvertes.
Il faut reconnaître que le soutien logistique apporté par les Forces Armées en Polynésie Française a été déterminant. Profitant d’une mission vers les USA, la frégate Le Prairial qui avait embarqué le matériel nécessaire à l’expédition l’a déposé sur Eiao, mettant en œuvre l’Alouette III du bord pour monter plusieurs tonnes sur le plateau de Tohuanui où il était prévu de monter le campement.

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La première mission EIAO.2010 a bénéficié du soutien de l’hélicoptère du Prairial © Michel Charleux


Ceci a permis à l’équipe Marquisienne de faire autre chose que du portage depuis la baie de Vaituha. Ainsi , plus d’une semaine a été consacrée à des prospections intensives dans la partie nord de l’île et dans la vallée où Barry ROLETT a découvert ce qu’il a pensé être la carrière, amenant la découverte de sites jusqu’alors inconnus.

Finalement, ce sont huit sites nouveaux qu’il a fallu défricher, dont il a fallu faire le plan et la couverture photographique. Parmi ces sites, un paepae de plus de 70m de long (2010.MEI.D6.036), limité par un alignement de gros blocs de basalte qui ont permis de rattraper la pente. Couvrant plus de 1000m², ce paepae présente les vestiges d’anciennes structures d’habitat et est couvert d’éclats.

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Le paepae D6.036 couvre plus de 1000m², avec une façade de plus de 70m de long © Michel Charleux


Immédiatement en contrebas de ce site, on trouve un autre paepae (2010.MEI.D6.037), lui aussi de vaste superficie, recouvert d’une abondante couche d’éclats de taille, avec les restes d’au moins 4 structures d’habitat. Des sondages ont montré que cette couche d’éclats pouvait atteindre plus de 25cm dans certains endroits.

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Le site D6.037 comporte les vestiges de plusieurs habitats © Michel Charleux


Moins spectaculaire, mais probablement beaucoup plus riche, le site 2010.MEI.D6.031 situé à quelques centaines de mètres des précédents sur les pentes sud de la ravine est recouvert sur toute sa surface (800m²) d’une épaisse couche d’éclats de basalte. Les sondages qui ont été réalisé ont montré près de 35cm d’éclats et par chance, l’un des sondages a coupé une fosse à déjection profonde de 55cm.

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Le sondage n° 1 sur le site MEI.D6.031. a révélé une profonde fosse de déjection © Michel Charleux


Ces sites, bien cachés dans une végétation inextricable, ont été apparemment peu perturbés. Ce qui fait qu’il a été possible de recueillir de façon raisonnée les outils ou fragments d’outils qui pouvaient être en surface sans creuser. La densité s’est révélée très importante et les types très variés.

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MEI.D6.029. Fosse n° 1-L’érosion a mis au jour des épaisseurs d’éclats importantes © Michel Charleux


Le site 2010.MEI.D6.029 est constitué par trois fosses dont deux marquent le lit d’une profonde ravine. C’est dans la première fosse qu’apparaît un « mur » d’éclats de 6,60m de long et plus de 2m d’épaisseur, vestige incontestable d’une activité particulièrement importante, étalée probablement sur des siècles. Le témoin de la fabrication de plusieurs dizaines de milliers d’herminettes !

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Vue générale de MEI.D6.029. Fosse n° 1 © Michel Charleux


La seconde fosse qui est typique d’une importante action d’érosion par les eaux de pluie, laisse voir plusieurs niveaux d’éclats. C’est là qu’ont été recueillis des charbons aux fins de datations, juste à la limite inférieure de ces couches d’éclats au contact du sol stérile, quelques 2,10m sous la surface du sol actuel… Des restes de cuisine et quelques ossements d’oiseaux ont également été collectés.

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MEI.D6.029. Fosse n° 2 et ses épaisseurs de 235cm d’éclats. On remarque le niveau où ont été récupérés force charbons de bois © Michel Charleux


La troisième fosse, est un diverticule de la ravine. C’est le lieu défini par Barry ROLETT comme étant la carrière. Elle nous apparaît plutôt être constituée d’une masse importante de déblais parcourue par des niveaux d’éclats.

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MEI.D6.029. Fosse n° 3-Sur une zone limitée, présence d’une couche d’argile rouge surmontée d’une couche de 10 à 15 cm d’éclats © Michel Charleux


Outre un « barrage » qui la coupe transversalement pour éviter un excès d’érosion, on note la présence d’un imposant mur de soutènement qui nous apparaît avoir été construit pour éviter que lesdits déblais obstruent la ravine. Car si la ravine est aujourd’hui à sec, charriant des eaux seulement lors des grosses pluies, il en a sûrement été autrement dans le passé : de l’eau y coulait vraisemblablement tout au long de l’année.

Les profondes fosses sans exutoire (2010.MEI.D6.039) repérées par Jean-François BUTAUD en 2007 et 2008 à proximité de des sites précédents pourraient fort bien constituer le lieu d’extraction du basalte à grain fin qui a fait la réputation de Eiao chez les anciens Polynésiens . Plusieurs sondages dont l’un profond de 2,15m, ont été réalisés dans des conditions très difficiles. Ils ont montré des couches d’éclats et même un possible paepae très enfoui.

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Chaque soir, il fallait inventorier les pièces recueillies © Fred Jacq


Ces fosses sont suspectées avoir été le lieu d’extraction du basalte à grain fin provenant d’un dyke, mais, malgré la grande profondeur des sondages, la roche en place n’a pas été trouvée. Un sondage plus profond (-5m) est envisagé, mais dépendra des moyens humains disponibles car, pour d’évidentes raisons de sécurité, il faudra ouvrir un sondage très large.

Sans entrer dans les détails, d’autres sites, certains en particulier avec de beaux alignements de dalles de ke’etu rouge et des pavages en ke’a kiva ont été relevés, cartographiés, photographiés.

Mais ces découvertes ont monopolisé le temps et les énergies, amputant d’autant le programme de recherche initial qui avait déjà subi une importante réduction du temps de séjour pour pouvoir bénéficier de la récupération de l’équipe par le patrouilleur « La Railleuse » le 20 Juin. Tout cela faisait qu’il était nécessaire d’organiser une seconde mission sur Eiao.

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Le volumineux et pesant bilan de EIAO.2010 © Michel Charleux


Grâce à la subvention accordée par le Ministre de la Culture via le Service de la Culture et du Patrimoine, cette seconde mission est possible. Elle quitte Tahiti ce Lundi 20 Septembre et séjournera sur Eiao du 24 Septembre au 24 Octobre. Les conditions seront plus dures puisqu’il va falloir monter à dos d’homme tout le matériel et les vivres. Le camp sera installé dans la vallée de HANATAAITOKI à proximité immédiate des sites, évitant les longs transferts pédestres quotidiens. Par chance, la première mission avait économisé l’eau montée par l’hélicoptère et un stock assez important avait été laissé au sommet à l’intention des chasseurs. Autant de moins à monter !
Au programme : extension des sondages, fouilles, et études complémentaires sur les éclats sur les sites 2010.MEI.D6.029 et D6.031. Une mission difficile mais qui devrait enrichir la connaissance de l’ancienne Eiao.