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Les paradoxes de Toahotu (Hiro’a n° 32 - Mai 2010)



Par Joany Hapaitahaa, historienne au Service de la Culture et du Patrimoine.

Les paradoxes de Toahotu

Tantôt terre de sacrifices, tantôt de consolation, tantôt lieu où rôdent les mauvais esprits, tantôt point de repère, Toahotu a une histoire complexe, matérialisée par ses marae et ses paepae ou enracinée dans sa géographie, le tout transmis par de curieuses légendes…

Dans le cadre de l’élaboration du Plan Général d’Aménagement de la commune de Taiarapu ouest, le Service de la Culture et du Patrimoine s’est penché sur le patrimoine culturel de Toahotu, l’une des trois municipalités de Taiarapu ouest. Située sur une plaine côtière assez marécageuse entre Taravao et Vairao, la commune regorge de sites à valeur culturelle et de légendes que Madame Hinano Vivish Leboucher a bien voulu nous livrer.

UNE ORIGINE COMMUNE : LES TEVA

Teva, fils de Hotutu et Vairimatauho’e, a créé la fédération Te api nui o Teva, et divisé son territoire en deux parties : les Teva i uta et les Teva i tai. Toahotu fait partie de la seconde et s’étend de Te’ihipa à Fareaito. Sa colline, Faarei, culmine à 500 m. Ses deux passes sont Teputa et Tapuheera, sa pointe est Poriro ou Poeriro. La rivière principale est A’oma.
Toahotu était composée autrefois de deux clans ennemis, l’un en montagne et l’autre en contrebas. Ainsi le clan du bas ne pouvait aller cueillir de fe’i sans se faire attaquer par ceux du haut. Le village avait pour gardien Tearataata dont la demeure est située non loin de l’actuel commerce Joseph. Ce lieu constituait la limite du village avec Taravao : nul ne passait sans l’aval de son gardien. Une femme du nom de Ahumee Tepairu le prévenait de l’arrivée d’ennemis.

TOAHOTU, TERRE DE CURIEUSES LEGENDES

Ahumee Tepairu faisait le guet sur la colline de Faarei, près d’une petite grotte où elle aurait vécu. La légende dit que c’est une ogresse à quatre yeux. Lorsque l’on grimpe sur la colline de Faarei, cette métaphore prend tout son sens, car la vue y est à 360°. Les années passant, il semble que Ahumee Tepairu s’adoucira jusqu’à prendre l’appellation de Ninahere. Elle deviendra alors un guide précieux pour les gens qui se perdent. Il y a d’ailleurs un marae ninahere à Toahotu.

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La pointe Poriro domine Toahotu. Un mauvais esprit du nom de Te auaha pito logeait non loin. Il avait le don de se transformer en cheval. Les récits disent qu’on le voyait arriver par la mer en galopant, faisant naître sur son passage de grandes gerbes d’eau. La pointe semble également avoir été un lieu de rencontre où des sirènes chantaient le soir afin d’attirer les jeunes gens de Toahotu, d’où l’appellation po riro*. La pointe était aussi le terrain de danse de Ahumee Tepairu, qui aimait y jouer de la flûte.

Les baleineaux de Toahotu

Le récit phare de la commune de Toahotu se rapporte à deux baleineaux. Une femme les aurait enfantés et élevés dans une source en bordure de mer, non loin de l’actuelle mairie. Bien que ces baleineaux ne puissent communiquer avec les hommes, ils comprenaient tous leurs propos. Leurs parents décidèrent de les emmener sur les hauteurs à Vai’ufa’ufa pour qu’ils grandissent en toute quiétude. Mais les deux baleineaux souhaitaient redescendre. Au cours de leur périple, ils furent bloqués dans les hauteurs, à un endroit où deux paepae ont été érigés en leur mémoire.

La plage de To ‘uo‘uo ou Tapu’e Maui

La plage de sable blanc de Toahotu a pour nom To ‘uo’uo ou Tapu’e Maui, « l’empreinte de Maui ». La légende raconte que le héro, mat de peau, avait le dessous des mains et des pieds très blancs. Lorsque Maui marchait sur le sable de la plage, qui était noir en ce temps, il y laissait des empreintes blanches, d’où le nom Tapu’e Maui. Son pied droit serait à la passe de Tapuheera et son pied gauche au-dessous de la route de ceinture, non loin de Fa’ana.
La grotte de Maui, localisée à Fa’ana, porte bien son nom selon ses habitants. Ils y viendraient se faire consoler, à l’instar de la princesse Hina de Mataiea qui avait essayé de fuir l’anguille de Vaihiria en se réfugiant auprès de Maui à Fa’ana, pour y être protégée.

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- LA REPUTATION DU VILLAGE
Toahotu avait mauvaise réputation, comme en témoignent certains chants. Ils présentent la commune comme une terre de sacrifices, de magie noire, où les rois n’étaient pas épargnés. Les sacrifices humains consacrés au dieu Oro étaient fréquents et les sacrifiés recrutés entre la pointe Tema’ino et le village actuel. Il s’agirait donc d’un vivier humain pour qui voulait faire une offrande au dieu.

- L’ORIGINE DU NOM TOAHOTU
L’explication même de l’appellation Toahotu peut être donnée par un bloc de corail, situé non loin de la passe de Teputa, le to’a tahae. Cela signifie « bloc déchaîné » ou agressif, en référence à la mer lorsque celle-ci se déchaîne.

* po : la nuit
Riro : être emporté, être pris


- Les paradoxes de Toahotu (à télécharger)

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