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Fin de la mission archéologique « EIAO 2010 »



Placée sous l’égide du CIRAP, la mission archéologique « Eiao 2010 » conduite par Michel CHARLEUX sur l’île déserte de Eiao (Archipel des Marquises) s’est achevée le 20 Juin 2010 après un séjour de 50 jours. La mission - la plus longue mission archéologique jamais conduite sur cette île - a bénéficié d’une météo particulièrement clémente, mais la découverte de nouveaux sites de grandes dimensions et un raccourcissement du temps de séjour par rapport aux 80 jours du projet initial n’ont permis de mener à bien qu’une partie de ce qui avait été programmé. Du coup, une seconde mission, plus courte et avec des moyens réduit est envisagée avant la fin de cette année.

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Vue générale de MEI.D6.029. Fosse n° 1 © Michel Charleux


Pour monter cette difficile opération, Michel CHARLEUX a fédéré de nombreuses forces : l’Université de Polynésie Française, les Forces Armées en Polynésie Française, la commune de Nuku-Hiva dont dépend Eiao, la Subdivision Administrative des Marquises (Etat), le Ministère de la Culture, et plusieurs « sponsors » privés ont soutenu sa démarche.

Les Forces Armées en Polynésie Française ayant accepté d’apporter leur concours en profitant de deux de leurs opérations, le transport de la mission et de son volumineux matériel jusqu’à Eiao a été assuré par la Frégate Prairial et la « récupération » par le patrouilleur P400 « La Railleuse ». L’aide apportée fut particulièrement précieuse puisque, à partir de la baie de Vaituha, l’Alouette III du Prairial monta l’ensemble du matériel, des vivres et de la précieuse eau à l’altitude 530m, sur le plateau de Tohuanui où était implanté le camp de base. Outre le gain de temps pour l’installation de la mission, ce « coup de pouce » exceptionnel a permis de libérer les CPIA marquisiens des tâches de portage pour leur confier des prospections, le débroussaillage, le nettoyage des sites, et les initier à leur relevé.

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Pour les 20 derniers jours, les 3 CPIA (Mairie de Taiohae et Association Motu Haka) de l’équipe menée par Gordon FALCHETTO et son fidèle Piropi furent remplacés par 3 CDL (financement Etat), les Marquises jouant la solidarité en acceptant de donner à Nuku Hiva la quasi-totalité de leur dotation pour cette opération exceptionnelle. Ces derniers effectuèrent plusieurs sondages, devenant de véritables « experts » en collecte de charbons qui seront soumis à détermination pour les bois.

Le bilan de cette longue mission est très positif. Une vingtaine de sites construits a été débroussaillée, nettoyée, cartographiée et photographiée. Plusieurs sites nouveaux ont été découverts, dont un de 1000m² et deux de 700m², tous situés dans la grande vallée de la supposée carrière. La zone dans laquelle Barry ROLETT supposait avoir découvert la carrière a été soigneusement prospectée, des sondages profonds ont été réalisés, la zone présentant des épaisseurs de plus de 2m d’éclats (signalé précédemment par Jean-François BUTAUD), sans qu’il soit possible de trouver la roche en place (un dyke probablement) soit que cette dernière soit enfouie sous d’épaisses couches de sédiments, soit que le gisement ait été épuisé puis enseveli. De ce fait, la localisation de ce qui serait la carrière principale n’a donc pas été possible, remettant en question ce que le chercheur américain pensait avoir découvert.

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Le sondage n° 1 sur le site MEI.D6.031 a révélé une profonde fosse de déjection © Michel Charleux


Il est par ailleurs fort probable que d’autres sources existaient. Afin de répondre à cette question, durant les deux dernières semaines, l’équipe s’est renforcée de deux écologues botanistes, Fred JACQ et Jean-François BUTAUID, sensibilisés à l’archéologie marquisienne qui, profitant de leurs prospections sur toute l’étendue de Eiao, ont contribué à la collecte d’échantillons minéralogiques et d’outillage lithique dans des zones quasi-inaccessibles de l’île. L’analyse des échantillons minéralogiques réalisée par des laboratoires australien et américain permettra d’établir une importante base de données sur le basalte de Eiao et déboucher ainsi sur la possible mise en évidence d’échanges inter-insulaires pré-européens encore insoupçonnés.

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Colline à Eiao


Dans le même temps, de l’outillage a été collecté, géopositionné par GPS ou positionné sur les sites. Composé d’ébauches et de fragments d’herminettes, d’éclats retouchés, et de pièces originales, de nature encore indéterminée, ce volumineux corpus permettra à Michel CHARLEUX, d’établir la typologie de l’outillage qui était produit sur Eiao. Un long travail en perspective.
Une quantité assez importante de charbons a été recueillie durant les différents sondages, ce qui devrait permettre des datations qui font encore cruellement défaut pour cette île.

Rappelons que la mission a été financée dans le cadre du Contrat de Projet Etat-Pays via l’Université (1,7 million FCFP) et que le SCP a accueilli ces préparatifs, prêté du petit matériel et assuré le transport du matériel jusqu’à la Base Navale. Une subvention de 917 000 FCFP du Pays a été votée récemment au profit de l’Association pour les Recherches Scientifiques et Historiques sur Eiao.