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Le festival des Marquises (Hiro’a n° 6 - Février 2008)



Rencontres avec Matahi Haumani, cameraman au Conservatoire Artistique de Polynésie française, Jean-Daniel Devatine, doctorant en ethnologie, employé en tant que CVD* au Service de la Culture et du Patrimoine et Tetiamana Mercier, responsable de la maintenance de la place To’ata.

Le festival des Marquises : un événement audiovisuel

Ce mois-ci, Hiro’a vous propose de découvrir une forme méconnue du festival des Marquises 2007 : son archivage audiovisuel par le personnel de la Culture… Des agents du Service de la Culture et du Patrimoine et du Conservatoire Artistique de Polynésie française ont été envoyés à Ua Pou avec pour mission de tout enregistrer, caméras au poing. Quels étaient les intérêts et les objectifs d’une telle mission ? Pourquoi et comment « archive »-t-on le festival des Marquises ? Explications

- Te matavaa o te Henua Enata, le festival des Marquises : pour ne pas oublier son identité, mais aussi pour la faire partager…
Que de chemin parcouru depuis que quelques Marquisiens, membres de l’association culturelle Motu Haka o Te Fenua Enata, encouragés par Monseigneur Le Cléach, ont osé braver les interdits, les contraintes, les préjugés et les craintes superstitieuses pour redonner une place à la culture marquisienne ancestrale, par le biais de ce festival crée en 1985. Grâce à cette persévérance, ils ont su développer davantage chez les jeunes de l’archipel la fierté d’être Marquisien, l’envie de redécouvrir la culture de leurs ancêtres, l’envie de se la réapproprier et de l’enrichir.

Désormais, tous les quatre ans et à l’issue d’une préparation minutieuse et passionnée, le Matavaa nui se tient sur l’une des trois îles les plus peuplées des Marquises. Ce sont par les chants, les danses, les légendes, les tatouages, l’artisanat d’art, les joutes oratoires et l’art culinaire que ce renouveau culturel a été initié. Te matavaa, c’est le grand rassemblement de la famille marquisienne, qui marque le réveil du peuple des Marquises. Cet événement unique permet aux habitants de toutes les îles des Marquises de rivaliser d’adresse, de performance et de créativité. Pourtant, il n’y a pas d’argent à gagner. Seulement une immense satisfaction, celle d’avoir fait partager sa singularité et son talent au public.

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Le festival des Marquises à Ua Pou © SCP 2007

Ce festival permet également de valoriser les trésors archéologiques des îles ; car à chaque Te matavaa, de nouveaux sites sont restaurés, sortis de l’ombre et de l’oubli, avec l’aide précieuse d’archéologues comme Pierre Ottino, travaillant à la préservation de notre patrimoine. Réunissant tous les ans plus de 2 000 participants venus des quatre coins du triangle polynésien, de Hawaii à Rapa Nui, ce festival s’est imposé en 20 ans comme l’un des plus importants et des plus réputés du Pacifique Sud.

C’est le troisième cycle des festivals qui débute à Ua Pou. L’île a vu naître cet événement en 1985, pour accueillir aujourd’hui le septième festival des Marquises et le troisième à Ua Pou. Ce festival fut placé sous le signe de la transmission des savoirs, sur la valorisation de nos héritages et de notre patrimoine et la reconnaissance des personnes de savoirs, « les trésors vivants ». Mais une fois le festival terminé, que reste-t-il de ces savoirs et savoir-faire, qui nous ont été dévoilé lors de l’évènement ?

Comment se souvenir les jours et les années suivantes, mot pour mot, geste par geste, d’autant de connaissances, de pratiques ? Face à ces inquiétudes, le personnel de la culture réagit. Vingt trois agents du Service de la Culture et du Conservatoire ont été envoyés à Ua Pou durant le festival, pour aider à son organisation d’une part, et pour en recueillir des images d’autre part. Jean-Daniel, Mana et Matahi y étaient. Leur mission : enregistrer le maximum d’images pour les archiver…

Une mission précise… mais vaste !
Leur travail a été semé d’embûches, tantôt techniques, tantôt anecdotiques, mais avec toujours la ferme volonté de tenir leur objectif : filmer le plus de prestations possibles, afin de conserver tous les détails, visuels et sonores, des savoir-faire qui ont été transmis pendant le festival. Une caméra numérique semi-professionnelle pour Matahi, trois caméras numériques pour Mana et Jean-Daniel, des batteries en rabe, des trépieds, des talkies-walkies, des carnets de notes, et les voilà envolés pour Ua Pou. « Le ministère de la Culture a souhaité que le festival soit entièrement archivé », expliquent-ils. « Il s’agissait d’une mission de recueil et de sauvegarde du patrimoine. Pour la mener à bien, nous avons utilisé comme mode de collecte la vidéo. Nous avons donc filmé le maximum de festivités. Un évènement aussi important se doit d’avoir des traces que l’on puisse retrouver.

… une organisation délicate

« Avant de partir, nous avons dû acheter le matériel manquant et faire envoyer deux 4X4 à Ua Pou afin de pouvoir être indépendants. On est arrivé quelques jours avant le festival pour faire du repérage, évaluer les distances entre les sites, les conditions de prises de vues, etc. Puis, nous avons tenté d’établir notre planning en fonction du programme du festival et les points forts à ne pas manquer : la cérémonie d’ouverture et le culte, les préparations des fours, la rencontre des habitants de vallée de Hohoi avec ceux de l’atoll de Napuka…
Mais véritablement, il n’était possible de savoir ce qu’il allait se passer que le soir pour le lendemain, voire le jour même ! Nous avons dû nous adapter à ce rythme. Tous les matins, nous étions debout tôt et parfois à 4h. Etant logés au village, il y avait tous les jours de la route pour se rendre aux différents sites. Et nous n’étions jamais couchés avant 1h ou 2h du matin. Une fois les festivités terminées, il fallait décharger le contenu des appareils, le trier, le numéroter, établir le sommaire des cassettes filmées lors de la journée, recharger les batteries de nos cameras, tenir le journal de route : une méthodologie indispensable pour s’y retrouver après, mais qui prend énormément de temps ! »

Un recueil essentiel

« L’optique du travail de recueil est à la fois simple et complexe : il faut tout enregistrer. Pour cela, nous devions être continuellement concentrés pour capter le maximum d’images, car beaucoup d’actions étaient spontanées. Tout se faisait en même temps, dans un espace relativement restreint, il fallait donc avoir les yeux partout ! Et puis même lorsqu’il se passait un évènement qui ne payait pas de mine, le sens qui lui était donné était fort : nous devions le filmer. Ce n’était pas à nous de juger de la pertinence de telle ou telle festivité, toutes avaient leur importance. Notre souci était de faire ce travail de la manière la plus complète qu’il soit. Sur place, cela devenait presque obsessionnel : ne rien rater, tout filmer pour tout archiver !
Heureusement, nous avons pu compter sur l’implication du comité organisateur. Connaissant l’objet de notre présence, certains venaient nous prévenir pour que nous puissions filmer des événements dont le public ignorait qu’ils allaient se passer. C’est grâce à cela que nous avons pu filmer la préparation d’un umu ti par les habitants Rurutu. Il s’agit d’un four dans lequel sont mis à cuire durant trois jours les racines d’une variété de Auti. Peu de gens le font encore aujourd’hui ! A ce titre, la vidéo est un réel outil d’apprentissage. Au-delà de cela, on peut dire que d’une manière générale, toutes les expressions culturelles que nous avons collectées pendant ce festival constituent une partie de notre mémoire et fondent notre identité. A présent, nous devons archiver toutes les images filmées sur place, soit près de 80 heures de film ! »

* Corps des Volontaires pour le Développement ; ce statut est réservé aux jeunes diplômés du Pays afin de faciliter leur insertion professionnelle.

- Pourquoi archiver les prestations du festival des Marquises ?

Te matavaa est l’occasion pour tous de découvrir ou redécouvrir des traditions peu connues. Si autrefois, en Polynésie, les savoirs se transmettaient de génération en génération, depuis plusieurs dizaines d’années, ce lien est plus que menacé. Grâce aux techniques d’enregistrement modernes, nous avons l’occasion de figer ces savoirs et donc de les oublier moins facilement. L’archivage – qu’il soit audiovisuel, sonore, photographique ou écrit – contribue à la sauvegarde de notre patrimoine, menacé par le temps et la modernisation des modes de vie.

- Le festival des Marquises 7ème édition, c’était :

-  à Ua Pou, du 16 au 20 décembre 2007
-  23 agents du Service de la Culture et du Patrimoine et du Conservatoire Artistique de Polynésie française mobilisés sur place pour aider (équipement en son et lumières), mais également pour archiver les festivités, par le biais de l’audiovisuel
-  Jean Daniel, Matahi et Mana ont été envoyés pour filmer le festival
-  Plus de 80 heures de film ont été tournées, autant d’images de futures archives

- Le festival des Marquises (à télécharger)