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Archéologues à la recherche du temps perdu... (Hiro’a n° 4 - Décembre 2007)



Rencontre avec Tamara Maric et Hinanui Cauchois, archéologues, Belona Mou, responsable de la cellule archéologie au Service de la Culture et du Patrimoine, Eric Conte, professeur d’archéologie à l’Université de Polynésie française, Robert Veccella, archéologue sous marin au GRAN.

Archéologue

Pour certains, ce sont des chercheurs de trésors. Pour d’autres, des profanateurs de tombes. Mais au delà du mythe et des fausses idées, les archéologues sont avant tout des scientifiques à la recherche des vestiges du passé afin d’éclairer l’Histoire de l’homme, pour aujourd’hui et demain…

L’archéologie s’attache à reconstituer l’histoire de l’humanité des origines à nos jours à partir de la découverte et de l’étude des vestiges matériels laissés par les occupations humaines tant en milieu terrestre que subaquatique. Le champ de la recherche archéologique couvre tous les actes de la vie quotidienne jusqu’aux contextes environnementaux, sociaux, économiques et culturels des sociétés étudiées. L’objectif est de restituer tous les aspects de la vie de l’homme au fil des millénaires. C’est une démarche scientifique venant compléter les sources écrites ou pallier leur absence.

- Tamara Maric : archéologie et recherche
Parce qu’elle a d’abord travaillé durant 5 ans au Service de la Culture et du Patrimoine dans la cellule archéologie, qu’elle a dirigé un an et demi jusqu’en août 2007, Tamara Maric fait désormais partie des incontournables de l’archéologie en Polynésie. Avant de revenir au Service, elle se consacre aujourd’hui uniquement à terminer sa thèse à l’Université de Paris 1 sous la direction d’Eric Conte, une analyse approfondie des données de la carte archéologique de Tahiti pour laquelle elle a été engagée au début. « La partie terrain est primordiale dans le travail de l’archéologue, mais cela implique un important travail de synthèse des données recueillies. Un archéologue est avant tout un chercheur, même s’il ne fait pas que cela. Attention, le diplôme de la thèse n’est pas nécessaire pour faire de la recherche ! C’est un plus ».

- Belona Mou : gérer l’archéologie en Polynésie
Ayant succédé à Tamara à la tête de la cellule archéologie du Service de la Culture et du Patrimoine, Belona Mou revient sur ses principales missions : « compléter la carte archéologique de la Polynésie française (prospections-inventaires de terrain, dépouillement d’archives et de rapports récents, enregistrement des sites dans la base de données de la cellule), gérer les sites classés, instruire les dossiers du service de l’urbanisme (notamment les Plan de Gestion et d’Aménagement) de bureaux d’études et de particuliers, organiser des campagnes d’archéologie programmée, préventive, de recherche, restaurer et mettre en valeur les sites, et enfin diffuser les connaissances à travers la publication des dossiers d’archéologie polynésienne. Nous ne sommes que 5 dans la cellule, un nombre insuffisant pour gérer l’archéologie de l’ensemble de la Polynésie française. »

- Hinanui Cauchois : archéologie dans le Pacifique
Armée d’un double cursus français (Université Paris 1) et américain (Université de Hawaii) et après un travail d’archéologue au sein du Service de la Culture et du Patrimoine, Hinanui Cauchois est bien ancrée dans le Pacifique. Hormis son travail de terrain pour sa thèse sur les structures défensives à Papetoai (Moorea), d’où elle est originaire, elle a effectué de nombreuses fouilles en Europe et en Océanie, mais aussi rédigé une étude comparative sur la gestion de l’archéologie entre Hawaii, les Tonga, les îles Marshall et la Polynésie française. Au cœur d’un solide réseau océanien, elle espère bien revenir prochainement travailler au fenua et mener des projets avec d’autres archéologues du Pacifique. Engagée pour rendre l’archéologie accessible à tous, Hinanui est à l’origine de la création de la jeune association Te’ihipapa no ta’ato’a aux côtés de Tamara Maric (lire l’encadré).

- Robert Veccella : archéologie sous marine
Architecte de formation, Robert Veccella a débuté en archéologie par le terrestre mais l’archéologie navale l’attire et devient sa spécialité rapidement. Il suit un cursus universitaire complet jusqu’au DEA. Son prochain objectif est une thèse sur les mouillages en pierre. Extrêmement impliqué, il fonde en 1990, l’antenne du GRAN Polynésie (lire l’encadré). « Pour l’archéologie sous marine, la plongée n’est qu’un outil, il faut d’abord s’intéresser à l’archéologie avant de savoir plonger », explique t’il. Avec le GRAN, ses missions sont la réalisation d’un inventaire et d’une base de données avec le Service de la Culture et du Patrimoine, l’organisation de fouilles subaquatique, la diffusion des connaissances notamment à travers la publication et la mise en ligne d’informations sur le site Internet de l’association (voir les parutions), la sensibilisation du grand public et des pouvoirs publics au patrimoine maritime polynésien, la participation à des sommets internationaux et enfin la formation de personnes susceptibles de prendre la relève (pour le moment trop peu nombreuses).

- Devenir archéologue
En France : le cursus classique universitaire comprend la licence d’archéologie, le master en deux ans, puis la thèse, cette dernière n’étant pas obligatoire. Parallèlement, le travail de fouille sur le terrain, dans des conditions pas toujours évidentes, est indispensable. L’université de Paris 1 Panthéon Sorbonne est la seule à dispenser une formation en archéologie océanienne.
Lien : http://www.univ-paris1.fr/formation/arts_sciences_humaines/ufr03/formations/article7428.html
Au Etats-Unis : l’avantage du système américain est que la formation pratique et théorique est dense dès le début, intégrant dans le cursus des stages de fouille, chantiers école. Liens :
http://www.amb-usa.fr/infous/etudes/defaut.htm, http://www.ehow.com/how_12536_become-archaeologist.html, http://www.anthropology.hawaii.edu/programs/subfields/archpage.htm, http://ls.berkeley.edu/dept/anth/dept.html
Par correspondance : comme il n’existe pas en Polynésie de formation universitaire spécialisée en archéologie, il est possible de suivre à distance une licence aux Techniques de l’Archéologie en Europe (TAE). Contact : tae.lewuillon@wanadoo.fr

- Les structures consacrées à l’archéologie en Polynésie français :
La cellule archéologie au Service de la Culture et du Patrimoine : au sein d’un service sous tutelle du Ministère de la Culture du Pays, cette cellule gère l’archéologie en Polynésie française. Contact 50-71-77 - Belona Mou
Le Centre International de Recherche Archéologique sur la Polynésie : le CIRAP est créé en janvier 2007 par l’Université de Polynésie française, Paris 1, Berkeley University et l’Australian National University de Canberra. Il est présidé par le Professeur Eric Conte, a pour objectif de développer la recherche archéologique en Polynésie via des équipes transdisciplinaires issues des universités partenaires, tout en impliquant les étudiants. Contact : ericconte@upf.pf
Le Groupe de Recherche en Archéologie Navale : l’antenne du GRAN en Polynésie est vouée à l’archéologie sous-marine, l’histoire maritime et au patrimoine culturel maritime. Contacts : www.archeonavale.org / robert.veccella@archeonavale.org
L’association Te’ihipapa no ta’ato’a : signifiant « l’archéologie pour tous », cette toute jeune association entend contribuer à la promotion et à la diffusion de l’archéologie polynésienne auprès du grand public. Contacts : ihipapa@hotmail.fr, Hinanui Cauchois ou Tamara Maric.

« Dans le système américain, l’anthropologie englobe tout : l’archéologie, l’anthropologie physique, l’anthropologie socioculturelle et l’anthropologie linguistique, 4 disciplines permettant d’étudier l’histoire de l’humanité.
Dans le système français, l’archéologie est une matière à part entière tout comme l’ethnologie ou l’anthropologie. Les liens entre les disciplines ne sont pas aussi marqués », explique Belona Mou.

- Archéologues à la recherche du temps perdu... (à télécharger)