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Noël dans les églises polynésiennes (Hiro’a n° 4 - Décembre 2007)



Présentation par Joany Hapaitahaa, historienne au Service de la Culture et du Patrimoine.

Noël dans les églises polynésiennes

La nativité sera célébrée sous peu. Fête d’origine chrétienne, Noël est désormais ancré dans les moeurs du pays, et pourtant, cela ne fait que 200 ans que le christianisme s’est implanté en Polynésie française ! Hiro’a celèbre Noël en vous présentant autrement ces petites églises devant lesquelles nous passons tous les jours.

Bien que 2 prêtres franciscains s’installent à Tautira en 1774, il faut attendre 1797 et l’arrivée des évangélistes protestants de la London Missionary Society pour que le christianisme prenne de l’essor. Au XIXème la Polynésie française est aussi touchée par l’effervescence du phénomène religieux qui touche l’Europe. Religieux de la London Missionary pour les protestants, Picpuciens pour les catholiques évangéliseront nos îles. Un patrimoine « religieux » naîtra de cette période, des vestiges bâtis par les catholiques qui méritent d’être mis en avant tant par leur beauté architecturale que par le précieux témoignage du passé qu’ils nous offrent.

- La Cathédrale de Rikitea, « grandiose et remarquable »

Située dans l’archipel des Gambier, bastion du catholicisme, la cathédrale Saint-Michel en plein cœur du village de Rikitea est un site historique remarquable, édifié sur un ancien temple à idoles.
Le 17 janvier 1839, Monseigneur Rouchouze, vicaire apostolique de Polynésie française bénit la première pierre de pose. La superficie du bâtiment est imposante : 50 m de long sur 17 m de large. Son bâtisseur, le père Gilbert Soulié, le décrit ainsi :
« A cette époque, nous sommes très occupés à couvrir notre cathédrale de tresses de coco et de feuilles de pandanus. La bâtisse est terminée et les dix huit colonnes sont debout supportant un entablement sur lequel repose une voûte. De chaque côté des colonnes en pierres de corail taillées, les deux nefs latérales sont éclairées par 9 fenêtres et une petite porte. Au fond du sanctuaire, se dresse le grand autel encadré par 2 pièces appelées à servir de sacristie. »
En 1853, de retour du Chili, le père Gilbert Soulié s’attelle à l’édification des deux clochers de 20 m de haut qui bordent de part et d’autre la cathédrale. Le 5 novembre 1854, la cloche de Mangareva carillonne enfin !
La cathédrale de Rikitea est le premier bâtiment religieux d’envergure réalisé dans un archipel éloigné de fait des matériaux « modernes ». Elle est le précieux témoignage d’une période intense de construction et d’effervescence religieuse aux Gambiers. Des travaux de restaurations ont récemment été entrepris, mais à l’heure actuelle ils sont rn suspens.

- L’Evêché de Papeete et sa petite chapelle, de véritables chefs d’œuvres.

Lassé de loger dans une annexe d’entrepôt de la mission, le vicaire apostolique songe en 1870 à construire le palais épiscopal. Trois religieux, les frères Théophile, Cyprion et Alexandre disposent les fondements du palais à partir de matériaux « renversés » de la Cathédrale.
Dans son ouvrage, Mémoires pouvant servir à l’histoire de Mangareva, le père Laval décrit ainsi l’édifice : « La mission possède le goût de faire de beaux monuments. L’évêché efface, à lui seul, tout ce que peut posséder en ce genre Papeete. Ses remises en dessous, son rez-de-chaussée, son premier étage, ses deux galeries faisant en haut et en bas le tour de l’édifice, ses corridors qui font croix à l’intérieur, desservant 24 chambres, son vaste grenier et son belvédère où est l’horloge, son bel escalier font de cet édifice imposant un véritable chef-d’œuvre. » Au mois de mai 1875, l’évêché est inauguré et en 1877, le frère Théophile Guilhermier fait construire une petite chapelle adjacente à cette dernière, « petit bijou en fait de construction gothique et de menuiserie », d’après le Père Laval.

Pour que le catholicisme progresse à Tahiti, le vicaire apostolique Jaussen ne voit qu’une solution « Rien ne peut mieux les décider que ce qui frappent les yeux. Or, rien n’est plus capable de les frapper qu’une église convenable et ou nous pourrons étaler les cérémonies de notre culte . » C’est ainsi qu’il décide de mettre en chantier la Cathédrale de Papeete mais aussi de construire plusieurs églises en pierre sur Tahiti.

- La cathédrale de Papeete, un édifice revu à la baisse

Pour sa construction, décidée en 1855, le vicaire Jaussen sollicite le concours et les compétences du père Gilbert Soulié ainsi que des Mangaréviens. 2 ans plus tard, la première pierre est posée en présence du gouverneur Dubouzet. En 1874, on procède à la bénédiction des 3 cloches puis à la consécration de la Cathédrale Immaculée Conception. Par rapport aux plans initiaux de 53 m de long sur 22 m de large, l’édifice est réduit à une superficie de 40 m de long sur 14 m de large.

- St Jean-Baptise de Mataiea, un autel recouvert de nacres

Sa construction débute en 1857 sous l’égide du père Armand Chausson ; elle sera inaugurée en 1858. En 1999, la toiture est changée en prévision du Jubile, 1 an plus tard de l’an 2000. Avec son autel décoré de nacre, Saint Jean-Baptise témoigne de l’influence des Mangaréviens mais aussi de cette période intense de construction d’édifices catholiques.

- Notre Dame de Paix de Tautira, construite sur un terrain historique

En 1858, l’église Notre Dame de Paix est érigée dans un lieu historique où l’on trouve la mission catholique ainsi qu’une grande croix, installés par les prêtres franciscains sur une parcelle de terrain cédée gracieusement par le grand chef Vehiatua. Le corps de l’Espagnol Francisco Boenechea a aussi été enterré sur ce bout de terre.

- Les églises, patrimoine en danger

Protéger les églises, les mettre en valeur c’est donner aux générations à venir une histoire. Les détruire à l’instar de l’église du Sacré-Cœur de Hitia’a pour en reconstruire une nouvelle n’est pas signe de préservation ! Cette jolie petite église dont le clocher est en corail a récemment été détruite bien qu’un projet d’écomusée avait été envisagé afin de la valoriser.
Parler de patrimoine religieux en Polynésie, c’est non seulement évoquer une période où le christianisme a mis à mal la religion ancestrale de nos ancêtres mais aussi présenter ceux qui ont participé à leur construction, nos ancêtres, à travers ces réalisations remarquables faisant partie intégrale du patrimoine polynésien d’antan.

- Noël dans les églises polynésiennes (à télécharger)