Accueil > Français > Articles parus dans le magazine culturel Hiro’a > Articles parus dans le Hiro’a > Les ingénieurs du son, ces hommes de l’ombre (Hiro’a n° 3 - Novembre 2007)

Les ingénieurs du son, ces hommes de l’ombre (Hiro’a n° 3 - Novembre 2007)



RENCONTRE AVEC JEAN-LUC CASULA, RWANN ARIINUI LEQUERRE, COCO URARI VAIMOANA, ARIIMOANA TEFAATAU, INGÉNIEURS DU SON À LA MAISON DE LA CULTURE, FRANCIS TEAI, CHEF DE LA CELLULE SONORISATION ET ÉCLAIRAGE POUR LE SERVICE DE LA CULTURE ET DU PATRIMOINE CHARGÉ DES STRUCTURES DE LA PLACE TO’ATA ET PAEA TEAI, INGÉNIEUR DANS LA MÊME CELLULE.

C’est un métier dont on parle peu. Forcément, ceux qui l’exercent sont habillés de noir, se cachent en coulisses ou à l’intérieur de la régie, dans le dos des spectateurs. Mieux ils feront leur métier, plus ils passeront inaperçus, mais s’il y a un problème, ce sera forcément de leur faute…Un rôle ingrat ? Non, une véritable passion aux dires de Jean-Luc, Rwann, Coco, Ariimoana, Francis et Paea, les hommes de l’ombre des grands et petits théâtres de la Maison de la Culture et de la Place To’ata. Un métier que chacun nous explique avec ses mots, sa sensibilité.

Jean-Luc Casula : « transmettre sa passion »

« Dans notre métier, aucun jour ne ressemble à un autre », explique Jean-Luc Casula, ingénieur du son indépendant. « Chaque spectacle, chaque artiste, chaque salle, chaque public est différent. Notre challenge c’est d’arriver à nous adapter à toutes ces contraintes, en ayant anticipé au maximum. » Jean-Luc pourrait parler durant des heures du bonheur que lui procure son métier, passion d’une vie jusque dans sa famille, avec une épouse chanteuse professionnelle et deux enfants “accros” également. A la demande de Heremoana, « un directeur qui pense à la relève », il travaille depuis 5 ans à la Maison de la Culture pour transmettre à de jeunes Polynésiens ses 30 ans de « tas » - comme on dit dans le jargon des « ingé son » -. En studio (il travaille notamment avec Tapuarii Laughlin), live, du jazz au classique, de la danse au théâtre en passant par les bruitages de films, en France ou ailleurs… « Tu sais », explique-t-il à Ariimoana, dernière recrue de la Maison de la Culture, « il n’y a pas que l’aspect technique, il faut aussi comprendre le langage des artistes, savoir les recevoir, être totalement dévoué au spectacle. Ce métier, c’est un tout. Il faut être hyper sensible, passionné, psychologue, pédagogue ».

Ariimoana Tefaatau : après le studio, le live

Titulaire d’un BTS audiovisuel à Studio M, à Montpellier, Ariimoana est le dernier ingénieur du son arrivé à la Maison de la Culture. Après un an de travail dans des studios locaux où il était chargé de mixage et de prise de son, il a eu envie de « voir autre chose ». Une bonne chose d’après Jean Luc Cazula qui estime que « pour être un bon ingénieur du son, il faut avoir l’oreille du studio et l’expérience du live »

Rwann Ariinui Lequerre : en Polynésie, il faut être polyvalent

Après un bac électrotechnique au Taaone et une expérience dans une entreprise d’électricité de la place, Rwann passe le concours de la Fonction Publique pour travailler à la Maison de la Culture. Il a été formé sur le tas. « Dans notre métier, il faut être polyvalent car on n’est pas nombreux, on doit même parfois faire de la lumière. Il faut aussi s’adapter à différents types de spectacles du one man show à la musique. En France il y a des « ingé son » spécialisés : studio, live, télévision, post production, mais en Polynésie, c’est mieux d’être polyvalent. »

Urari Vaimoana dit Coco : musicien et ingénieur du son

Coco a commencé comme manœuvre à la Maison de la Culture avant de devenir ingénieur du son. Mais surtout, c’est un excellent musicien qui a joué dans de nombreuses formations à l’étranger notamment. « J’ai eu la chance de découvrir les percu japonaises ou arabes… ». Aujourd’hui, il met son expérience éclectique au service de Toa Reva dont il est chef d’orchestre. « Pour un ingénieur du son, c’est important d’être musicien. Inversement, c’est important de connaître le son pour être musicien. Coco a une oreille et une mémoire musicale exceptionnelles », dit de lui Jean-Luc Cazula.

Francis Teai « à chaque nouveau spectacle, on se remet en question »

Avant d’être responsable de la cellule sonorisation et éclairage du Pays, Francis Teai a travaillé 17 ans comme technicien du son à l’OTAC. Tombé dans la marmite de la musique lorsqu’il était petit, il a été musicien dans plusieurs formations et s’est penché sur la technique pour sonoriser son groupe lors de concerts. Il est passionné par son métier, « car on ne fait jamais la même chose, on se remet toujours en question. Mais il faut aussi préciser qu’un spectacle c’est un tout, avec l’éclairage, les décors, la maintenance, l’électricité nécessitant un matériel extrêmement coûteux dont nous devons prendre soin. »

Paea Teai « à 100 % dans la musique »

Paea fait partie des rares jeunes Polynésiens diplômés d’une école de son, la SAE Institute à Paris, avec des stages dans des structures prestigieuses comme l’IRCAM*. Sa passion pour les métiers du son est venue très tôt, en suivant son oncle Francis, alors à l’OTAC. Depuis il travaille toujours à ses côtés en tant qu’ingénieur du son dans la cellule sonorisation et éclairage du Pays. « Paea vit à 100 % dans la musique. Il s’est installé un home studio à domicile, est régulièrement sollicité pour enregistrer les albums d’artistes locaux », explique Francis, fier de son neveu

L’INGÉNIEUR DU SON EN TROIS POINTS :

Ses missions :
- Jauger les besoins techniques du spectacle
- Les traduire en besoins matériels
- Mettre en place les infrastructures techniques du son
- Gérer le matériel, procéder aux réglages
- Assimiler le contenu du spectacle
- S’immerger totalement dans le spectacle
- Ressentir les vibrations du public (standing ovation = lever le son, etc.)
- Lorsque le spectacle est terminé, « si l’artiste a la banane, c’est gagné » !
Son jargon :
Régie technique (petite cabine d’où l’on dirige et contrôle l’éclairage et le son), plateau, console numérique, micro, retours, amplis, « systèmes » de sons, tas (expérience), « baby sitting » (assister un ingénieur du son venu avec son groupe) etc.
Sa formation :
BTS audiovisuel option son, BTS électronique, brevet de technicien des métiers de la musique. Ces diplômes en 2 ans après le bac vous permettront d’accéder directement à la vie professionnelle ou de préparer les concours d’entrée des écoles supérieures : la FEMIS (spécialisation son), l’ENSLL. Si vous êtes d’un tempérament chercheur, un DEA acoustique peut être intéressant. Il n’existe pas en France de diplôme d’ingénieur du son homologué par l’Etat. Seule l’expérience permet d’accéder à ce niveau de compétences et de responsabilité du métier. La formation « sur le tas » reste donc encore à ce jour la meilleure.

- Les ingénieurs du son, ces hommes de l’ombre