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La maison de la reine Marau (Hiro’a n° 13 - Septembre 2008)

La maison de la reine Marau

Vous la connaissez tous, cette magnifique demeure en face de l’Assemblée de Polynésie, à Papeete. Elle appartenait autrefois à la reine Marau, qui l’avait faite bâtir en 1899. Prenez le temps de lire sa petite histoire et découvrez autrement l’une des plus vieilles bâtisses de Papeete.

- « Témoignage d’un passé que l’on pourrait qualifier de « colonial », la maison de la reine Marau est très intéressante d’un point vue historique », explique Joany Hapaitahaa, historienne au Service de la Culture et du Patrimoine.

« En 1844, Ariitaimai et son époux Alexandre Salmon s’installent sur cette terre dite « Papeete », donnée par la reine Pomare IV à sa cousine. Une première maison y est construite. En 1899, elle est dans un tel état que la reine Marau, fille des époux Salmon, se décide à en faire construire une nouvelle. Un charpentier tahitien réalise une maison similaire à la première avec deux vérandas, un grand salon et des chambres ».

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La maison de la reine Marau © Fonds Daniel Palacz

Bien que vieille de 109 ans, cette demeure, située en plein cœur de Papeete face à la grande poste et à l’Assemblée de Polynésie, est en relativement bon état. Elle appartient toujours à la famille Daunassans, descendante directe de la reine Marau. Cette maison n’est protégée par aucune loi de sauvegarde du patrimoine, bien qu’il semble plus que nécessaire de protéger et valoriser ce précieux témoignage de l’histoire pour les générations à venir.

- Qui était la reine Marau ?

La reine Marau, jeune belle-fille de la reine Pomare, est un des personnages les plus importants du Tahiti de la fin du 19ème siècle. En voici une courte description par sa fille, la princesse Takau, que vous pourrez lire dans Mémoires de Marau Taaroa, dernière reine de Tahiti*.
« Ma mère naquit le 20 avril 1860. Elle était la troisième fille de la princesse Ariioehau, la princesse de la Paix, et d’Alexandre Salmon, dont le mariage n’avait pu avoir lieu que grâce à l’appui de la Reine Pomare IV, cousine et sœur d’adoption de ma mère. Pomare suspendit à cet effet pendant trois jours une loi édictée par les missionnaires en 1835, loi qui interdisait toute union entre étrangers et indigènes dans le but d’empêcher quiconque de prendre influence dans le pays au détriment des missionnaires. Suivant la coutume, ils reçurent pour nom de mariage celui d’Ariitaimai, prince venu de la mer, Alexandre Salmon, anglais, étant venu par la mer. »

- La maison de la reine Marau décrite par sa fille, la princesse Takau, nous plonge dans le Papeete d’antan. Ce récit nous permet d’imaginer l’écrin de tranquillité que pouvait être cette maison à l’époque…

« Ma mère vivait à Papeete, dans une grande maison de bois qu’elle avait fait bâtir, d’après ses propres plans, par un charpentier tahitien. On avait dû la couvrir avec des tôles ondulées. Les toits de pandanus n’étaient plus alors autorisés à Papeete, par suite du danger d’incendie. C’est bien dommage car ces feuilles de Pandanus entretenaient la fraîcheur à l’intérieur des habitations. Cette maison, sise sur l’ancien ’’Broom road’’, entre le Palais Pomare et la mer, remplaçait la demeure bâtie à la chaux et couverte de feuillage qu’avait longtemps habitée Ariitaimai (ndlr : la mère de la reine Marau). La maison était très spacieuse, avec deux larges vérandas à ses extrémités, l’une en face de l’ancien palais, l’autre face à la mer. Elle était entourée d’arbustes aux couleurs chaudes, de plans de tiare et de jasmin qui l’enveloppaient de leur doux parfum. Ces vérandas vous mettaient à l’abri de la réverbération et de la chaleur, de sorte que l’on vivait très peu dans les chambres. C’est face à la mer que ma mère se tenait le plus souvent ; c’est là qu’elle recevait ses intimes, tandis que le grand salon aux murs couverts de portraits de famille et meublé avec ce qu’elle avait pu sauver en rachetant une partie du mobilier du palais lorsqu’il fut vendu aux enchères, ne servait que pour recevoir les visiteurs de marque. Face au salon, il y avait la grande salle à manger en continuation de la véranda, à droite de laquelle se trouvait une autre salle à manger plus petite ; ouverte sur le jardin ; de l’autre côté une petite véranda qui donnait accès au jardin et par laquelle on pénétrait là où se tenait le plus souvent ma mère. »

* Traduits et préfacés par sa fille, la princesse Takau Ariimanihinihi Takau Pomare, Paris : Société des Océanistes, n°27, 1971

* En consultation aux documentations du Musée de Tahiti et des Iles et du Service de la Culture et du Patrimoine et à la bibliothèque de la Maison de la Culture.

- La maison de la reine Marau